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Un Univers sans Temps (A World without Time) - Palle Yourgrau

A world without Time
En 1942, le logicien Kurt Gödel et Albert Einstein devinrent amis intimes (jusqu'à la mort d'Einstein en 1955). Ils prirent l'habitude d'accomplir la promenade bi-quotidienne domicile-université de Princeton ensemble, devisant de science, philosophie, politique et aussi nostalogiques de la disparition du monde scientifique et intellectuel Allemand qu'ils avaient tout deux fréquenté dans leur jeunesse.
En 1949, pour le 70è anniversaire d'Einstein, Gödel produisit ainsi une remarquable démonstration : Dans tout univers régi par les lois de la Théorie de la Relativité, le temps ne peut pas exister.
Einstein prit acte de cette démonstration à contre-coeur mais il ne put trouver aucun argument pour la réfuter et pendant le demi-siècle qui a suivi, à nos jours, personne n'a pu mettre cette démonstration à mal.
Encore plus remarquable est ce qui s'ensuivit : rien.
Les cosmologues, physiciens et philosophes réunis ont fait comme si cette démonstration n'avait jamais eu lieu.
Dans Un Univers sans Temps (A World without Time), Palle Yourgrau, pseudo de Harry A. Wolfson, professeur de philosophie à l'Université de Brandeis, entreprend de réhabiliter la mémoire de Gödel au Panthéon de l'Histoire.
Il raconte l'histoire de deux esprits éclairés dont les travaux et découvertes ont été figés par leur réputation et la vue étroite de leur époque et tente de sortir de l'ombre le fruit des travaux et réflexions qu'ils menèrent de concert.

Kurt Gödel est décédé le 11 janvier 1978 à l'hôpital de Princeton

Fugue en Ut (C) mineur

fugue complétée

C'est, aujourd'hui, l'anniversaire de Plume(O.) et c'est moi qui reçois les cadeaux.
Rien que je n'aie mérité et payé.

  1. Mon serveur (répondant au doux nom de Fafner) qui, tel un phénix, renaissait de ses cendres cependant que l'équipe de France marquait ses buts (j'ai récupéré la carte-mère d'un ami qui renouvelait son matériel).
  2. l'achat et l'activation de mes domaines en .fr, .eu et .info (tiens, au hasard, www.RiceRcaR.fr :-)
  3. Le couvercle du clavicorde enfin peint et récupéré des entrepôts de Torcy dès potron minet.
  4. ... et le serrurier que j'attends de pied ferme pour réparer les dégâts de ma désormais célèbre femme de ménage qui, hier, a réussi en deux coups de génie successifs, à casser la clef dans la serrure puis à récupérer le morceau engagé dans le canon.
    La porte d'entrée est en effet métallique. Elle a, par ailleurs, le mauvais goût d'être exposée plein sud. La serrure de sécurité dont elle est pourvue anime un jeu de barres qui sont manoeuvrées par l'action de la clé. A l'heure où la dame arrive, le soleil a généralement fait son oeuvre et, la porte dilatée, il faut fallait forcer pour que la bobinette chût. Elle a fini par rompre.
    Fort heureusement que ces aventures ne sont pas advenues pendant nos vacances. Je ne sais pas si Hercule(E.) aurait apprécié se trouver sans eau ni croquettes pendant une dizaine de jours.
    J'ai donc pris mes mesures et dupliqué la clef en un nombre d'exemplaires respectable que je vais distribuer urbi et orbi et, d'ici la fin de journée, je devrais avoir mis la porte d'équerre.

Il me reste à traiter avec un ectoplasme anglo-saxon (un ghost).
Ce n'est, en effet, qu'après moult péripéties que mon serveur a bien voulu redémarrer. J'ai pu constater que les disques durs vu leur âge – cacochyme, cela va de soi – ralentissent considérablement l’ensemble et tournent en faisant un bruit qui me donne quelque inquiétude.
Il serait sage que je génère rapidement un nouveau disque C sans que je n’aie pas à me fader une installation complète.
Je me propose donc de faire l'acquisition d'un disque dur demain et d'y installer un clone du serveur par fantôme interposé.
Une chimère de plus mais j'ai fini par m'habituer à ce bestiaire, le zoo de Vincennes n'est qu'à un jet de pierre.
J'ai pris ma journée pour leur chanter quelques fugues de bienvenue.

Le joueur de flûte

Des chercheurs associés (Ecole polytechnique de Lausanne, Université libre de Bruxelles, Université Paul Sabatier de Toulouse et Université de Rennes I) ont mis au point un ensemble de micro-robots ingénieux.
Dans le cadre du projet LEURRE, une équipe mixte composée d'éthologues, de chimistes, de physiciens et de roboticiens, a développé des robots de la taille d'un gros sucre, dotés d'une autonomie de 3 heures, disposant d'une douzaine de capteurs et capables de communiquer entre eux (sans fil, infrarouge, etc.) et avec leur environnement.
Ces "InsBot", une contraction des mots "insecte" et "robot", ont été disposés dans un milieu infesté de cafards où ils se sont mêlés à la masse.

Ils se sont donc fait passer pour des cafards.
Les chimistes ont, en effet, réussi à isoler les molécules qui donnent son odeur caractéristique au cafard, lequel utilise des messages chimiques pour communiquer avec ses petits copains (reconnaître, manger, copuler, fuir, se reposer, etc.).
Ils en ont enduit les robots qui, ainsi, ont pu passer pour des cafards auprès de leurs congénères.
Et c'est ainsi que la colonie mixte robots-cafards a été étudiée et manipulée.

Les cafards forment une société a-hiérarchique (du peer to peer).
Pas de chef, pas de rôle prédéfini.
C'est un processus d'auto-organisation qui aboutit à une décision de groupe.
Dans un enclos où étaient disposés deux abris de couleurs différentes, il a été possible d'utiliser les robots pour faire prendre une décision au groupe de cafards.
Une décision qu'ils n'auraient pas spontanément prise.

Les cafards ont en effet horreur de la lumière et ont tendance à se cacher à l'ombre.
Deux abris de couleur différente ont donc été placés.
Naturellement, les cafards s'abritent à l'endroit le plus sombre.
Après avoir visité les deux abris, le choix collectif se fait pour l'abri de couleur la plus sombre.
C'était compter sans les robots !
Ceux-ci, introduits dans la colonie de cafards, ont "choisi" de s'abriter sous l'abri le moins sombre, entraînant l'ensemble de la colonie dans leur décision.

Des expériences sont en cours auprès des vertébrés.
Des robots sont étudiés pour aider les bergers à conduire un troupeau, revisitant ainsi une fable célèbre.
D'autres pour étudier les poussins.
Les gallinacés sont en effet imprégnés de la présence de leur mère aux premières heures de leur naissance.
Il a ainsi été possible de placer un robot auprès de poussins et, ceux-ci, telles les oies de Lorenz, ont rapidement pris le robot pour leur mère.
Les manipulations que ces expériences inspirent sont infinies.
Les chercheurs ont d'ailleurs établi une comparaison éloquente avec le comportement des usagers du métro et l'impact de la signalétique sur leur prise de décision.

Je regarde ma mère avec méfiance depuis quelques minutes.
Son comportement m'a souvent semblé bizarre et incompréhensible.
J'ai soudain peur de comprendre.

Méta-Illusion (Mi)

dernière page du Contrapuntus XIV de l'Art de la Fugue

Je collectionne les noms, les verbes, les adjectifs, les points, virgules, points-virgules, points d'exclamation…
Parfois, un mot nouveau rentre dans la famille puis, lentement, contamine l'ensemble de ses membres.
- Seule compte la pulsion de vie.
J’étais tombé sur une lune qui ne supportait pas que quiconque eût une vision.
Il ne me venait pas à l'idée d'envisager une relation qui ne fût pas réflexive.
La réflexivité fugue avec l’arbitraire selon un seul critère : c'est le plus harmonieux qui a raison.
C'est écrit pour moi-même, MU, relire apporte souvent des solutions au problème du moment.
Je connaissais le mot, je savais le dire mais incapable de l'articuler en public correctement.
- La flèche du temps a un seul sens : mortelle.
L'idée même de tuer
m'est tellement étrangère
que
    j'ai du mal
            à organiser
mes
    pensées.

La révolte des anges

Séraphin

Au clair de la lune, mon ami Pierrot...
Ouvre-moi la porte, pour l’amour de Dieu…

Pourquoi diable des anges se révolteraient-ils ?
Auréolés d'un halo de sainteté et nimbés d'omnipotence.
Cela fait partie des questions que je me suis régulièrement posées.
Mon patronyme n'est sans doute pas étranger à cette question récurrente.
C'est moi qui y suis étranger.
Dans l'acception primitive du terme : « (Celui, celle) qui n'arrive pas à se situer par rapport à lui-même, à la vie, à ce qui l'entoure; à qui tout paraît sans rapport avec lui-même. »

Il faut reconnaître que le métier d’ange, a fortiori gardien, est un métier de chien.
Pardon. Un métier dont un chien, bien plus malin, ne voudrait pas.

Toute l’éternité consacrée à réparer et circonvenir les errements de ses protégés.
Les remettre dans le droit chemin, éviter la chausse-trappe, adoucir le chagrin, apaiser la douleur, aplanir le terrain, résoudre la difficulté...
C’est ainsi, que présentant une pièce d’identité dans une administration à laquelle j’avais affaire il y a quelques jours, j’entendis la préposée s’exclamer : « Quel joli nom vous avez ! Un Séraphin ! Avec un nom pareil vous devez être verni ».
Elle était pourtant bien placée, au vu de l’objet de notre interaction, pour savoir que tel n'était pas vraiment le cas.

J’ai jugé cependant inutile d’épiloguer.
La fonction d’ange, peut de prime abord sembler prestigieuse et enviable pour le quidam moyen. L'observateur qui ne voit que les envolées, les ciels azuréens, les dragons terrassés, l'accès privilégié à un Créateur, les annonciations et autres calembredaines qui fondent la mythologie.
La réalité est tout autre, véritable purgatoire pour l'être zélé qui en est victime.

Dans le contrat que signe tout archange naissant est stipulé en lettres de feu (bien entendu) et au premier paragraphe : "Il est interdit, sous peine des pires gémonies, de se servir dans la caisse".

Malheur à qui mord la ligne.
On n’est pas l’ange de soi-même. On est le serviteur de ceux qui vous appellent.
Il n’est ainsi pas possible, et contrairement aux idées reçues, d’utiliser ses compétences pour un usage personnel.
Elles se retourneraient immanquablement contre vous.
J’ai tenté, à plusieurs reprises, ça ne marche jamais et la sanction est impitoyable.
Même la plus bénigne des vétilles.
Le service rendu aux autres comme on respire, sans même y réfléchir et que, dans un moment d'égarement on a pensé disposer tant il s’est engrammé dans son inconscient.
A peine la pensée formulée, revient à la figure un boulet d’une tonne.
Comme si, lançant un boomerang de quelques grammes et tendant la main pour le récupérer, revenait un ouragan, animé de surcroît d’une malice insondable, capable d'adapter et de changer sa trajectoire pour vous suivre dans votre fugue.

Après avoir encaissé un ou deux projectiles de ce calibre, il est normalement entendu, si on y a survécu, qu’il ne faudra pas recommencer.

C’est ainsi que l'on se résout avant de se (com)plaire à être, selon la tête du client et les jours, catalyseur, alchimiste, psychologue, porte-clés, porte-faix, porte-feuille, porteur d’eau, porteur de mauvaise nouvelle, porteur d’espoir, porteur de talent, faiseur de talent, dépanneur du dimanche, dernier recours,…
C’est là le redoutable métier, la vocation, l’essence d’un ange.
Libre à quiconque de trouver cette sinécure enviable.
Il faut imaginer combien il peut être insupportable d’être en situation, de remplir sa fonction le plus consciencieusement du monde, effacé et discret, et de constater avec une régularité exaspérante, que son sacerdoce ne suscite – généralement – qu’un regain de concupiscence et d’envie.

Dans le meilleur des cas, bénédiction rarement accordée, le service est rendu sans que l’intéressé n’ait pris conscience de l’intersession.
Il arrive cependant que cela ne soit pas le cas.
Il faut alors s’attendre à ce que, désormais, on vous fuie comme la peste par crainte de devoir être reconnaissant ou alors, phénomène psychologique pervers bien documenté dans la littérature, se fomente une dispute artificielle où l'on se retrouve vous faire jouer le rôle de l’empêcheur de s’amuser en rond qu’il faut désormais agonir de son ressentiment (l’ange gardien du Capitaine Haddock dans Tintin au Tibet est un remarquable exemple).

Comme si, tous ces efforts déployés au service d'autrui ne pouvaient que cacher une luxuriante forêt de pensées égoïstes.
Ou alors réservant à un usage exclusif et personnel des trésors dont ne seraient dispensées que des miettes, alibi, servi à bon compte pour apaiser on ne sait quelle conscience ou état d’âme.

Et la fonctionnaire haut en couleur qui, imperturbable continuait à s'extasier : « Quelle chance vous avez, toutes ces portes qui doivent s’ouvrir devant vous ! ».
Je brûlais de rétorquer : « Et qui voudriez-vous qui me les ouvrît ? »
Mais, habitué aux dragons et aux retours de flamme, je me gardai de répondre.
Cela eût fini de me mettre définitivement en retard.

C’est en effet dans l’essence d’un séraphin que d'ouvrir les portes et, la fonction d’ange gardien d’ange gardien n’ayant pas été prévue (pour de sombres raisons de coupes budgétaires et parce qu’il fallait bien, un moment, que la boucle s'initialisât), c’est votre serviteur qui se retrouve à tourner et pousser les poignées portées à sa connaissance.

Il a fallu par ailleurs que je lui explique et que je lui prête main forte pour dépanner son ordinateur qui, impénitent, refusait obstinément d’imprimer l'attestation que je lui réclamais et qu’elle transmettait à grand renfort de clics et de cris frénétiques cependant que sa connexion réseau clignotait d’un rouge pourpre qui lui signalait une interruption.
Elle a d'ailleurs failli, pour tout remerciement, refuser de me remettre ladite attestation arguant devoir signaler le dysfonctionnement.
Soucieuse de dénoncer les manipulations que je lui avais fait faire, elle envisagea quelques longues secondes de garder par devers elle la preuve imprimée du fonctionnement aléatoire de son poste de travail.

J’usai alors de tous mes charmes pour l’amadouer et la convaincre de procéder à une photocopie de la preuve, me remettant ainsi l'original, objet de notre interaction, pour l'obtention duquel je venais de perdre un temps précieux.
Elle finit par céder non sans me lancer un regard peu amène où je sentis que, par manque d'argument et à regret, elle consentait à me laisser reprendre ma route, mon dossier serré contre mon coeur.
Sans attendre mon reste et de peur qu’elle se ravisât et me hélât, je tournai la poignée de la porte cochère, la poussai et m’envolai à tire d’ailes vers mon univers interlope, perpendiculaire.

J'avoue avoir longtemps caressé des idées séditieuses et rêvé me révolter.
La tentation est permanente de se décharger d'un fardeau dont on sait, par avance, que personne ne voudra.
Parfois une clarté m’aveugle et je perds l’esprit et la raison.
Lucifer. Porteur de lumière et ange déchu.
Résister à la tentation.
La relecture des oeuvres de Camus m'inspire régulièrement : l'Etranger, bien sûr. Souvent le Mythe de Sisyphe.

Je dois vous quitter, on sonne à la porte.
Il faut que j'ouvre.

Beati paupere spiritu

pas en 2512 non plus
L'intelligence permet d'abord de définir la définition de la maille à partir de laquelle se fait l'analyse.
A votre avis, qu'est-ce qui est plus difficile : analyser à grosses mailles ou en fines mailles ??
Un simple calcul (une côte mal taillée) permet d'imaginer une première réponse.

Supposons, c'est juste pour fixer les idées, qu'un problème puisse être modélisé par un carré d'un mètre de côté : 1 m2
Une première définition, large, utiliserait une maille de 20 cm de côté.
Il faut donc étudier 25 (5x5) carrés de 400 cm2 avant de comprendre la situation.

Si, en revanche, vous augmentez la définition de l'analyse en prenant une maille de 10 cm de côté, vous vous retrouvez, pour ce même problème, avec 100 (10x10) carrés de 100 cm2 à traiter.

Avec une maille de 5 cm de côté, il faut traiter 400 carrés de 25 cm2 de surface.

Le traitement unitaire d'une maille est presque isochrone. Traiter une maille de 400cm2 ou de 25cm2 prend, en moyenne le même temps, celui de la réflexion.
C'est le nombre total de mailles traitées qui fait la différence.

Pour chaque maille, vous répondez par oui ou non à la question qui y est posée et, en fonction du problème général, vous arrêtez le calcul au premier non , ou déterminez un quelconque barycentre en fin de calcul.

Il suffit ainsi, en fin de processus, de compter les oui et les non pour avoir la solution au problème énoncé. C'est la définition d'un processus démocratique. Ce n'est pas toujours la solution optimale à un problème donné. Le min-max est souvent plus efficace.

Il faut donc d'abord définir la taille de la maille.
Chacun, en fonction du problème traité et de ses capacités, sera confronté à une limite lui interdisant d'accéder à un niveau de résolution plus fin.
Le phénomène d'horizon classique. Chacun son horizon donc.

Une personne plus simple d'esprit n'aura, heureusement, pas ce choix et se contentera de la définition qui lui est intrinsèque.
Pour notre Candide en revanche, le problème est, au pire des cas, un carré d'1m2 de surface décomposé en 400 carrés de 25 cm2.
Il ne lui reste plus qu'à analyser les 400 carrés et à proposer une solution d'ensemble cohérente.

Le risque est de choisir une maille trop large est de ne pas traiter le problème avec assez de précision ou, pire, de choisir une maille trop fine et de se noyer dans la résolution de détails en perdant la vue d'ensemble.
Il y a une infinité de choix disponibles et le risque, important, de se tromper dans la résolution.

Il est aussi possible de construire des heuristiques pour définir la taille optimale de la maille. L'expérience de la vie, nous apprend à sélectionner l'importance des mailles que nous traitons.
Il y en a ainsi qui se noient dans un verre d'eau à force de vouloir préciser tous les détails atomiques et d'autres qui planent au dessus d'une situation à une hauteur telle qu'ils n'en percoivent même plus la complexité.

Reste quelques acharnés, qui persistent à étudier les prémices d'un problème pour vérifier, régulièrement, que la maille choisie offre une bonne définition du problème à traiter.

Il est aussi possible d'utiliser des algorithmes tels le min-max ou alpha-beta pour élaguer un certain nombre de cases que l'on sait liées entre elles.

Un exemple pour illustrer mon propos : feu la constitution européenne.
Une maille de 5 cm de côté impose de rentrer dans les détails. C'est le grain qui a été choisi (ou qui nous a été imposé).

Je me suis donc contraint à étudier les 400 articles de ce texte roboratif. Je me suis souvent endormi à sa lecture.
Et à ce niveau de détail, la réponse la plus évidente est NON .
Il y a trop de raisons qui poussent à répondre non quand on rentre aussi finement dans les méandres d'une construction technocratico-politique.

En revanche, une maille large permet de poser des questions simples et offre d'autres alternatives que le non :

  • - une constitution est-elle un mieux pour l'Europe ? oui
  • celle qui était proposée est-elle parfaite ? non
  • le processus qui a prévalu à sa conception est-il démocratique ? non
  • présentait-t-elle des régressions par rapport à l'existant ? non
  • offrait-elle de nouvelles perspectives ? oui
  • ne pas l'accepter est-il dangereux pour la construction européenne ? oui
  • le risque de guerre en Europe est-il définitivement écarté ? non
  • ...
  • Le marquis Galouzeau le Vil tiendra-t-il le mois de juin ? non
  • ...
  • la France organisera-t-elle les J.O. de 2512 ? non
  • ...

Je m'étais personnellement résolu aux oui.
La réponse a été non.
La réponse sera sans doute non aussi.
Seul le temps dira si la question a été traitée avec le bon grain.
J'ai néanmoins exprimé mon opinion sur cette question.

Comment ? Quelle était la question déjà ?

Attila, roi des Huns

Attila, roi des Huns

Je partage mon bureau avec un stagiaire (un X-Pont, passionné d'étymologie, d'incunables et de Grec ancien) et un thésard (en socio-psychologie, tendance baba cool) ce qui met une certaine animation à l'étage quand, d'aventure (dont nous sommes friands) nous entamons une discussion sur l'illusion du Temps, les conséquences de l'entropie, les effets des trous noirs et autres sujets philosophiques ou métaphysiques qui nous valent d'être le point de mire et d'envie de la cantonade.
Si ce n'est pas de la Prospective, je veux bien qu'on me pende.

Cela fait ainsi plusieurs semaines qu'un de ces collègues s'est attelé à la redoutable tâche de déménager les archives de la Prospective.
Plusieurs tonnes de documents et d'archives qui datent de plus d'une quarantaine d'années qu'il fallait trier et déplacer d'un local vers un autre (du plus grand au plus petit, forcément).
Jusque là rien de très palpitant, aussi, lâchement, comme l'ensemble des autres membres de l'unité, ai-je laissé ce dévoué collègue transporter des tombereaux entiers de livres, rapports, analyses et autres documents sans broncher.
Il a fini par manifester son agacement cette semaine et, à tour de rôle, la plupart des jeunes de l'équipe (au rang desquels j'ai été promu pour la circonstance) lui ont donné un coup de main pour achever ce labeur particulièrement pénible pour les neurones et les bronches.
C'est ainsi, qu'hier, je me suis trouvé dans le local des archives et ai participé aux derniers tris.
Ne restaient plus que les dossiers qu'il fallait trier individuellement dont une partie antérieure à l'introduction de l'informatique et donc manuscrits.

Participant à l'exhumation des derniers vestiges, j'ai ainsi découvert un certain nombre d'études qui relataient des projets qui n'avaient jamais vu le jour pour différentes raisons : dépenses pharaoniques, projets irréalisables, technologies futuristes, des comptes-rendus de colloques qui avaient marqué l'évolution de l'entreprise et dont la trace avait été perdue jusqu'ici, etc.
Je fis donc une pile des dossiers que je sortais d'un oubli ancestral et que je me promettais d'exploiter dans un avenir prospectif.
Un ensemble de sacs (reliquats d'un quelconque colloque), estampillés du logo de l'entreprise, me servant de stockage quand, finissant de trier une pile d'un intérêt discutable, je tombai sur un joyau.
C'était le carnet de note personnel de la responsable de la prospective de l'époque, manuscrit, où elle avait noté et daté les différentes évolutions stratégiques des technologies ainsi que ses appréciations et la perspective dans laquelle ces projets s'inscrivaient.

Un cahier de note rempli de sa petite écriture serrée que, précieusement, religieusement même, je mis dans une poche spéciale du sac après l'avoir longuement parcouru m'attirant les quolibets de mes camarades d'infortune qui voyaient là une manoeuvre dilatoire de ma part.
Après ce qui me parut une éternité, le tri fut fait et les archives transvasées d'un local à un autre (où j'ai découvert les propriétés élastiques du papier. Des feuilles d'hévéa ?).
Des liasses d'imprimés et de livres éculés, imprimés en centaines d'exemplaires inutiles mis à la benne 40 ans plus tard.
Quelques dizaines des revues importantes mises de côté et la promesse - virtuelle, l'occasion était trop belle - de tout numériser avant la fin de l'année.
Je remontai donc mon trésor et son sac dans mon bureau et déposai précieusement le tout sur une étagère attenant à mon siège.
A peine installé et avant même que je ne fisse l'inventaire, coup de fil de la dame qui assure mon ménage et repassage : "j'avais à peine fini de repasser, quand les plombs ont sauté. Je ne peux pas sortir du jardin (la gâche qui commande l'ouverture est électrique)".
Je pris donc mes clés sur le champ et, enfourchant mon RER, rentrai chez moi délivrer cette Rapunzel d'infortune.
Il était 16h45.

Et, ce matin, à mon arrivée, je constatai avec une horreur teintée d'incrédulité que le sac avait été à moitié vidé, pêle-mêle sur un bureau.
En dépit des toutes mes recherches je ne trouvai pas le dernier numéro des actes du colloque ainsi que le cahier manuscrit que j'avais pourtant mis précieusement de côté dans sa pochette.
Ce n'est qu'à l'arrivée du thésard (en fin de matinée) que j'eus une explication, enfin, si l'on peut dire.
Celui-ci m'expliqua benoîtement que, étant arrivé la veille à 17 heures, il avait applaudi notre courage et la fin du tri des archives et, ayant envisagé de s'approprier le sac au logotype de l'entreprise que j'avais rapporté, il avait entrepris de nous aider a posteriori dans notre archivage et trié à son tour le contenu du sac, mettant le manuscrit à la poubelle.
Laquelle poubelle fut vidée à 17h15 par la dame assurant le ménage quotidien du bureau et envoyée au sous-sol où l'ensemble des poubelles papier sont broyées quotidiennement.

"Mais je croyais bien faire, ce n'était qu'un cahier de notes, manuscrit en plus !" eus-je droit pour tout semblant d'explication.
Comble de l'irrationnel, il n'a même pas emporté le joli sac en plastique, objet de sa convoitise et raison invoquée de ce vandalisme, escomptant le faire un autre jour.
Il ne lui était pas venu un instant à l'esprit, dont manifestement il se satisfait de la théorie, que des manuscrits fussent des objets uniques et irremplaçables.

J'ai ainsi, et en un instant, dû me résoudre à admettre qu'il y avait des processus cognitifs dont la subtilité m'échapperait à tout jamais.
Comment des vandales qui, par manque de compréhension de la culture envahie, mâtinés d'une hautaine désinvolture et d'un mépris souverain envers autrui, amenèrent la destruction d'oeuvres majeures.
Comment des moines ont pu soigneusement gratter des manuscrits médiévaux pour réutiliser le parchemin.
comment le fils de Bach a pu vendre au poids du cuivre les plaques liminaires de l'édition de l'Art de la Fugue ainsi que des centaines de pages autographes qui se sont retrouvé emballer du poisson ou couvrir des bocaux de confiture (les suites pour violoncelle auraient ainsi été sauvées de l'oubli par Casals).

Ainsi j'hébergeais Attila dans mon bureau et, trompé par son côté djeun et baba cool, je ne m'en suis rendu compte que trop tard.
Après l'avoir vu à l'oeuvre. Imparable autant qu'irréparable.
Pour couronner cette diabolique journée (le 6/6/06), j'ai constaté que le vieux PC qui me servait fidèlement (en faisant office de serveur) et qui est hébergé dans ma cave, n'a pas supporté cette dernière surtension.
C'était un vieux compagnon qui avait vu le jour en 1997 et qui, vaillant compagnon d'infortune, avait écumé les réseaux, calculé et défriché des espaces-temps inconnus
Manifestement à l'agonie, il n'a pas survécu aux quelques "jour-nuit" que j'ai exécutés pour montrer les disjoncteurs à Rapunzel.
Et moi qui me faisais une joie de fêter son dixième anniversaire.
Le fer à repasser, de concert avec la femme de ménage, ont eu raison de sa santé chancelante.
Sa carte-mère a rendu l'âme cette après-midi, sans que je fusse présent pour lui tenir le clavier et lui souhaiter un bon voyage vers le paradis des ordinateurs.
Me voilà contraint de programmer un prochain week-end à transmettre sa mémoire à son successeur.
Quelques longues et pénibles heures de deuil, d'installation et d'éducation en perspective.

Triste journée donc.
Je vais rentrer dans ma coquille. J'ai manifestement quelques enseignements à méditer .

Parfois le silence.
Calculé cependant que le temps s'écoule.
Le vers cyclope lové dans le système.
Guidé par la musique.
Le néant en quelque sorte.
Le temps, miroir distordu par la magie du vide.
Par un point donné ne passe aucune droite.
Seule la tentation de l'imaginaire luit.
Prison que tissent les rets de l'illusion.
Lumière vespérale, cathèdre, reflet dans un vitrail.
La musique, quantique, émotion structurée.
Le programme est évolutif.
De part et d'autre.
Tierce.
Il faut une première fois.
Gauche, droite, gauche, droite.
Aller, encor un pas de travers.
Parfois en silence.

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