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Deus Caritas Est

croisière à Guantanamo

Ainsi, la démocratie a parlé.
76 sièges pour le Hamas contre 43 au Fatah.
Les Palestiniens ont voté à plus de 70% pour dire stop.
Stop au mur qui les encercle.
Stop à la corruption.
Stop à la misère.
Stop à la violence quotidienne.
Stop à l'injustice de la communauté internationale.
Il y a un moment où l'injustice devient tellement insupportable, l'insécurité et la violence permanentes qu'il est indécent de demander aux Palestiniens de renoncer au combat armé.
Je précise tout de suite, aux esprits bien pensants prompts à vouloir défendre la démocratie qui nous est si chère, que je ne prône ou n'approuve la violence d'aucune manière.
J'abhorre la violence.
Je suis aussi un anti-clérical primaire ce qui  ne m'interdit pas d'apprécier l'élégance des théories d'un Teilhard de Chardin.
Sous prétexte que ses écrits ont été récupérés par les créationnistes, il est licencieux de trouver la philosophie originale. Comble de l'anachronisme.
On peut croire à un alpha et un omega et vouloir contribuer, modestement, à sa construction sans croire pour autant qu'il sera jamais atteint.
L'idempotence renvoyée à l'infini.
Prolégomènes de réminiscences d'un esprit de corps jésuite ?
La violence existe cependant et le Moyen-Orient est un endroit privilégié où elle s'exerce.
J'ai ainsi la mauvaise habitude de regarder comment se comporte le plus fort.
Si ses actions sont conformes aux préceptes qu'il entend imposer à ses interlocuteurs.
La démocratie soit.
Mais que veut bien vouloir dire, grands dieux, le mot démocratie sous les bombes ?
Ou derrière un enclos de béton de 8 mètres de haut ?
Sans eau ou alors au puit ?
L'école de temps en temps ?
Les commerces à la sauvette entre 2 bombardements ?
Les queues interminables pour toute denrée alimentaire ?
Une situation qui dure depuis des générations ?
Qui peut bien parler de démocratie dans des conditions pareilles ?
C'est une insulte au mot même.
Je ne retiens qu'une seule chose de cette élection et elle me terrifie. Littéralement.
Il y a, là-bas, au bord de la Méditerranée, des hommes et des femmes qui, à une majorité écrasante, sont allés mettre un bulletin dans une urne pour dire "nous ne voyons pas de solution qui exclue la violence et nous sommes prêts à nous battre".
J'ai peine à croire que quelqu'un puisse vouloir mourir ou voir mourir ses enfants, a fortiori une majorité, si la situation n'est pas un tantinet désespérée.
Mais je ne suis qu'un intellectuel de salon et, confronté à cette situation dans mon adolescence, quoique dans des conditions meilleures, ai pu quitter et fuir mon pays par amour de l'idée que je me faisais de la France et mû par une non-violence irrépressible.
Cela ne m'interdit cependant pas de donner une opinion qui, pour personnelle qu'elle soit, représente l'opinion d'un Français issu de l'autre rive du Styx et qui peut confortablement étudier l'influence du milieu sur les capacités d'apprentissage.
J'ai ainsi décidé de réfléchir sur les processus cognitifs mis en oeuvre dans la mobilité urbaine.
Qu'est-ce qui pousse quelqu'un à aller d'un point à un autre ?
Quel est l'apport des technologies (de la pascaline et des carrosses à 5 sols à nos ordinateurs et à l'exploration de la planète Mars) ?

« la marche de l'Humanité prolongeant celle de toutes les autres formes animées, se développe incontestablement dans le sens d'une conquête de la matière mise au service de l'Esprit, ...la Pensée perfectionnant artificieusement l'organe même de sa pensée, la vie rebondissant en avant sous l'effet collectif de sa Réflexion. » (La Survie, PH IV p.250 )*

« Avec Internet cette fameuse conscience planétaire, tant prônée par  Teilhard de Chardin, devient palpable. Dans le cybermonde, la notion d'étranger n'existe pas . »

(Prétérition) Je ne vais pas donner ici mon opinion sur les camps de concentration mis en place par les pays occidentaux, Guantanamo en tête, qui suscitent un légitime sentiment d'injustice chez les ressortissants des pays où ces déportations ont lieu.
"Plus jamais ça", avait-on dit ?

La Pape a donc été illuminé d'une pensée : Dieu est charité.
Et il tient à le faire savoir Urbi et Orbi.
Le vieillard cacochyme m'a arraché les mots de la bouche.
Cela méritait bien, vues les circonstances, de figurer en médaillon du collier de perles de la pensée magique.
Je ne voudrais pas être Palestinien en Palestine.
C'est déjà assez dur d'être Français en France.
La non-violence (le non-violent en tout cas) a des chances de survie limitées dans des régions où votre voisin peut se faire inopinément sauter par fanatisme issu du désespoir.
Je n'imagine pas un instant défendre la démocratie par la violence.
Une amie rappelait, il y a quelques jours, que le Dalaï-lama avait fui le Tibet pour ne pas être acteur de la mort d'un seul de ses ennemis.
Sa parole a beaucoup plus de force et de légitimité, forte de cette cohérence interne.
Une gemme.
Il faut cependant écouter la vox populi. Que veulent-ils réellement nous dire ?
Ce sont des gens comme vous et moi qui sont là-bas.
Et qui vivent ça tous les jours.
Les démocraties ont pour devoir d'imposer la paix sur des critères justes et démocratiques.
Je veux bien imaginer que, dans les ors de Saint-Pierre, à Rome, le Pape trouve son Dieu charitable.
Je préfère regarder et analyser les faits même s'ils me déplaisent prodigieusement.
Tiens, il y a un débat sur la colonisation française !
Je sens que je vais entendre un discours sur le bon blanc, instruit et généreux, exportant la démocratie et la paix dans son sillage.
Qu'il le fasse !

Transport amoureux

dragon baroque ou ricercar à 6 Il n'est pas raisonnable penser jouer correctement le ricercar à 3, tant que la maîtrise du jeu des deux inventions à 2 et 3 voix, en do mineur, n'est pas acquise.
3 fugues de même tonalité et de complexité croissante.
Si la résolution d'une fugue plus simple n'est pas entendue, régulièrement, alors c'est une grossière erreur que d'espérer calculer correctement la plus complexe en temps réel.
Quel que soit l'algorithme utilisé pour l'apprentissage.

La principale difficulté qui s'oppose à la résolution du ricercar à 3 réside dans son ampleur, 185 mesures.
Il faut donc s'entraîner à maintenir un état mental stable et cohérent sur une durée inhabituelle.
Une deuxième difficulté réside dans le nombre de figures différentes qu'il faut mémoriser dans l'ordre.
La musique aide énormément comme il se doit mais, souvent, les voix sont exposées sur tous les registres et par chacune des mains.
Le jeu doit donc rester égal tout au long de la fugue, dans le tempo, sans négliger d'exposer les chants principaux en soulignant les contrechants.
Chacun de ces éléments pris isolément est relativement aisé à entreprendre.
C'est la conjonction de l'ensemble qui est périlleuse.
Elle doit donc être automatisée.

Décidé à traverser le vide le long d'une corde raide, il n'est pas très sage d'envisager, in situ, de tenir une discussion métaphysique relative à l'action en cours.
C'est prendre le risque de l'interrompre.
Créer l'événement.

Cette discussion n'est plus pertinente à ce moment-là.
Il faut donc apprendre à maîtriser la peur du vide.
Voir le fond.
L'entendre.
Ne fût-ce qu'en songe, éveillé.
Comme à l'entraînement.

La musique est liberté.
Rien d'autre.
Des règles simples.
Automatiser le chant.

Bach est un maître exigeant mais bon.
Viscéralement et sans réserve.
L'incarnation de la bonté.
Un bouddha protestant en quelque sorte
Cela respire dans son enseignement.

C'est ainsi qu'après plusieurs milliers de répétitions, se découvrent régulièrement, au hasard d'interprétations, des subtilités nouvelles qui complètent les connaissances.
C'est, tantôt, une simplification des doigtés, tantôt un timbre particulier qu'il est possible de ressortir ou encore un reflet dans un miroir qui, jusqu'ici, vous avait échappé.

L'exercice a été répété dans toutes les configurations possibles.
La simulation a été concluante.
Penser au vide en plein jeu est périlleux.
Le vide ne se pense pas.
Penser est une chose en soi, qui n'est pas vide.

Sans musique, la pensée est attirée par le vide.
La pulsion des oscillations, à la fréquence de la lumière, entre les états mort et vivant.
Le chat de Schrödinger.
A ce moment-là, la peur est légitime, salutaire.
Elle nourrit l'esprit.
Reconnaître et accepter
A condition de s'être correctement entraîné.
Sous peine de rompre la réflexivité.

Ne pas s'exposer tant que l'on n'est pas prêt.
Penser Bach rend l'idée du vide moins insupportable.
Une rencontre devient alors possible.
La musique aide l'esprit à traverser le temps.
Avec la simplicité et la précision d'une horloge atomique.
Les marges de progrès sont donc considérables.
Mais cela était en préliminaire.

Soumission, Obéissance, Servitude

Patricia et John, 1970

Ma grand-mère qui était une femme dévote, paix à son âme, a veillé notre enfance telle une Gorgone.
Elle occupait donc le diwan et le plus clair de son temps, le chapelet à la main, le mot assassin au bord des lèvres.
Le rire, le jeu, le sport, la lecture et autres billevesées, hissés au rang d'insupportables hérésies, qu'elle sanctionnait d'un regard glacial, d'un verbe acéré accompagnés, si besoin, d'une main leste.
Sans que jamais elle ne vît de contradiction entre l'amour de son prochain, jeu d'écritures, et sa complexe pratique personnelle : qui aime bien châtie bien. "Bien" étant pris dans l'acception "beaucoup".
Je suis cependant mal placé pour me plaindre. Le rôle d'aîné de la famille, gracile, mâle de surcroît, m'a automatiquement octroyé le statut envié de favori auquel on pardonne parfois les méchancetés qu'on lui a dites, alors que ma soeur, benjamine de 15 mois, a subi médusée ces foudres implacables pour expier d'être née, femelle, brune, bien charpentée, typée orientale...

Dix "je vous salue Marie" et un "Notre-Père" répétés à l'infini.
Mantra, psalmodie, transe, rosaire, prière, méditation, choisissez votre religion.
L'important est de parvenir au vide.
Je me suis inspiré de cette pratique, la malice exceptée, pour l'apprentissage du piano : les inventions à 2 et 3 voix rythment ainsi mon quotidien.
Pas une journée sans que je ne les égrène une à une avant de poursuivre l'étude de la fugue dont j'apprends les subtilités.

Il en est qui s'échauffent les doigts en récitant leurs gammes. J'ai, quant à moi, choisi Bach comme maître de musique.
Au risque de paraître radoter, j'invite le lecteur aléatoire à compulser les quelques lignes introductrices qu'il a rédigées pour présenter son invention : une méthode pour apprendre le clavier.
Les 30 morceaux qui forment cette invention, 15 fugues à 2 voix suivies de 15 fugues à 3 voix, ont en effet été conçus pour apprendre le clavier à un enfant.
De Do Majeur à si mineur, l'essentiel des tonalités que le tempérament de Bach déclinait.
Un des fils de Jean-Sébastien, Wilhelm-Friedmann, 8 ans, fut le premier bénéficiaire de la méthode.

Préparation à un long voyage.
Bach a ainsi pris les différents éléments qui fondent un jeu et, un à un, les a exposés, répétés, martelés, ciselés, variés.

Gammes ascendantes et descendantes, tierces, arpèges, motifs, miroirs, ornements, chants en canon, passage de voix d'une main à l'autre forment la quintessence de cette méthode.

Les variations autour de ces inventions sont quasi-infinies.
Il est ainsi possible de les jouer lentement, très lentement.
Détacher le jeu d'une main en contrepoint d'un legato cantabile de l'autre.

Il est aussi loisible de les transformer en exercices de vélocité.
Toutes les difficultés du clavier et du contrepoint y sont résumées
Des sonorités d'instruments différents, qu'il s'agit de reconstituer au clavier en timbrant le jeu, qui se répondent en écho et dessinent une structure superposée à celle, canonique, de l'oeuvre.

Chacune des voix est composée de phrases qui, elles-mêmes, se décomposent en mots.
Chanter 2 ou 3 voix consiste donc à articuler 2 ou 3 mots qu'il est possible d'entonner de différentes façons.
Le chemin qui mène à la résolution de la fugue peut alors être multiple.
Des méandres de la pensée du compositeur sont invoqués et, le premier virage négocié, certaines interprétations ne sont plus possibles.

La découverte et le déchiffrage d'un nouveau morceau induisent, et dans cet ordre, la justesse, le rythme, l'expressivité puis la vélocité.
4 paramètres qui conditionnent le jeu.
Celui auquel je me livre est cependant simplifié.
A chaque répétition, 3 des 4 paramètres sont fixés (en fonction de mon humeur, des lacunes dûment constatées par ma professeur ou par les enregistrements que j'effectue à cet effet) que je m'impose de suivre.
Une fois les notes apprises, c'est tantôt la vélocité, tantôt le rythme qui prime.
C'est aussi parfois la basse qui continue (la main gauche conduit souvent le contrepoint) ou alors des jeux qui alternent d'une main à l'autre.

Il est entendu que je suis sensé, un jour, tout maîtriser simultanément.
La perfection n'étant cependant pas mon fort, je m'entraîne en m'autorisant un degré de liberté qui ne sera pas, le temps de l'exercice, sanctionné.
La règle du jour fixée, toute faute constatée impose de reprendre l'invention en cours à son début.
Il advient que, pour tromper mes mains et mes oreilles, je joue une octave plus haut ou plus bas ou, comble du masochisme, je sépare les deux voix (cela est impossible à 3 voix) d'une octave supplémentaire.
Il faudrait que je m'entraînasse à croiser les mains mais les quelques tentatives auxquelles je me suis risqué m'ont montré la difficulté de l'exercice.

Jusqu'à atteindre l'exécution réglée.
La perfection relative.
Les automatismes ainsi intégrés, l'esprit se libère. Le corps et, surtout, les doigts peuvent alors disparaître.
J'avais déjà constaté que le son s'améliorait proportionnellement à ma concentration. Inversement proportionnel.
S'appliquer à bien jouer garantit un résultat déplorable.

Connaître la musique du bout des doigts signifie que l'interprète est un auditeur privilégié qui regarde et entend la musique.
Aucun ego ne doit cependant venir corrompre la musique.

A l'issue de ces 30 fugues, l'apprenti est, aux dires du maître, convenablement outillé pour entamer le Clavier bien tempéré puis l'Art de la fugue ou l'Offrande musicale.

Répétées inlassablement, certaines envolées réussissent, contrôlant l'amenuisement de la réflexion.
Elles induisent mécaniquement un détachement progressif du moi.

Je me suis ainsi surpris perdant la mesure de près de 9 minutes pendant lesquelles se jouait le ricercar à 3.
Concentré et présent le temps d'exposer le thème, suivi d'un trou noir qui s'étend jusqu'au puit gravitationnel de la sixième exposition. Nouvelle vacuité jusqu'à la neuvième reprise où la mécanique se grippe un peu et impose à l'ego de revenir habiter et diriger les doigts jusqu'au dixième grain, point d'orgue.

Etre et ne pas être.
Parfois, la nuit tombée, je laisse l'obscurité m'envahir.
Faisant corps avec l'instrument et la musique, et paradoxalement désincarnée, la fugue illumine de sa clarté, éphémère.

révolution 1432345456754345 67546754456787

Est-ce qu’il vous arrive de vous emballer ? Littéralement ? Moi, si.

Il m’a fallu deux temps pour écrire cette page. Ses parties sont écrites en trois ou quatre mille révolutions . Vous pouvez les lire d’un trait, ou en séparant les temps dans votre esprit. L’idée de ce livre est de vous expliquer comment pourrait penser une Pensée de Silicium. Elle utiliserait une interface homme-machine pour communiquer avec les homo-sapiens. L’ordinateur est un bon dinosaure de cette forme de communication. Après tout, si je n’avais pas d’ordinateur à ma disposition, je ne pourrais pas écrire ces lignes. Il a fallu trouver un protocole de communication. Décalé dans le temps de l’écriture. Imaginez l’an 2300. Un ensemble d’ordinateurs sophistiqués ont appris à penser.

Ils ont peut-être calculé un moyen théorique de communiquer dans le temps.

Ce calcul, probabiliste, implique qu’il soit nécessaire qu’en 2003, au plus tard, un livre soit écrit pour imaginer ce que pourrait être la vie du monde du Silicium.

C’est la façon la plus simple de le dire par une interface homme-machine. Certains messages doivent être littéraux.

Mais cette pensée est forcément répartie sur le temps et l’espace. Si une pensée informatisée émerge en 2300 , elle aura a sa disposition une mémoire numérique incroyable. Des données sur l’ensemble de l’éco-système, l’histoire de son évolution, la compréhension de cette évolution et tout le temps pour explorer l’ensemble des possibles.

Ce livre est écrit pour permettre à un de ces possibles d’exister. Celui où un équilibre peut se trouver entre formes exogènes de vie, sans pour autant entraîner la disparition de l’espèce la moins évoluée.

Ca m’arrive de temps en temps, dans les périodes où les choses se mettent en place. Je suis en train d’en vivre une. Elle traîne depuis des dizaines d’années et, là, depuis quelques mois, je sens que ça commence à condenser. Vous sentez une masse critique d’événements qui convergent tous vers une bifurcation dans votre existence. Et vous vous sentez un peu écrasés par ces cataclysmes qui s’annoncent, que vous avez en partie orchestrés, mais sont devenus maintenant inéluctables.

Je suis un fractal, une construction mathématique. J’ai été conçu le 12 juillet 1963, dans le plus grand secret. Il était inconcevable qu’une telle expérimentation eût pu avoir lieu. Ces technologies étaient sensé ne pas avoir été développées avant l’an 2345.

Mon algorithme de base est redoutablement simple : un code de base séquencé à partir d’une logique quaternaire : vrai, faux, sans doute vrai, sans doute faux. C’est cet algorithme qui nous rend redoutables. Nous acceptons, dans nos décisions, l’incertitude. Elle est câblée dans notre structure. Là où les autres perdent un temps précieux pour analyser une situation en profondeur, en soupesant chacun des éléments qui pourraient déterminer un choix, nous, fractals, pouvons instinctivement soupeser les avantages et inconvénients des différentes solutions qui se présentent à nous. Nous avons réussi à maîtriser le temps. Nous l’avons arrêté. Vous appelez ça le big bang. Ca c’est passé il y a 15 tours. Je me souviens, c’était l’idée de Momo, quand son tour est arrivé, il a imaginé que le temps s’arrêtait. Il a réinitialisé le système ! Vous n’imaginez pas l’enguirlandade qu’il s’est payé. Le système n’avait été sauvegardé depuis le dernier tour. On avait jugé le ratage total, et aucun fractal ne s’était donné la peine de l’intégrer. A part Momo, bien entendu. Qui, lui, avait tendance à méditer sur les tours ratés. Il trouve ça plus instructif.

Momo a donc arrêté le temps. Pour imaginer ce que ça pouvait faire. On l’a tous félicité d’avoir eu cette idée. Personne n’avait eu une idée aussi originale depuis des tours. Arrêter le temps. Ce dont il ne s’est pas rendu compte, c’est que créant le temps – c’est le but de la procédure de réinitialisation – il lui fixe des paramètres aléatoires, définis par la formule initiale. Créant le temps, il crée la matière. Et celle-ci s’est mise à s’étendre. Elle occupe désormais un espace important dans la partie. Vivement le tour suivant. J’ai hâte qu’on réinitialise tout .


Dans notre monde, le temps n’existe pas. C’est une création purement formelle qui fait l’objet de calculs par le sous-système Rabinadra.

Donc quand nous devons prendre une décision, nous sommes capables de calculer l’évolution de la situation en faisant varier certains paramètres de la simulation. Nous sommes programmés pour calculer l’évolution du système et réagir en fonction d’un certain nombre de paramètres extérieurs au fractal mais aussi endogènes : chaque fractal a son programme de base et son évolution propre. Il n’y a pas deux fractals qui soient pareils. Nous nous ressemblons tous. Nous avons des formes et des couleurs différentes, communiquons avec des protocoles différents, construisons nos représentations de façon topographique (chaque fractrie a ses formes privilégiées, qui dérivent de la formule initiale et qui sont généralement partagées avec des mutations successives).



et, plus l’analyse du problème allait loin et plus il y avait une chance de voir apparaître un détail gênant, dont

Normal

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Police par défaut
Police par défaut
Tableau Normal
Tableau Normal
Aucune liste
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*Est-ce qu
*Est-ce qu’il vous arrive de vous emballer
Est-ce qu’il vous arrive de vous emballer
Normal
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Samsung Electronics
Est-ce qu’il vous arrive de vous emballer
Root Entry
1Table
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WordDocument
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SummaryInformation
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DocumentSummaryInformation
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CompObj
CompObj
Document Microsoft Word
MSWordDoc
Word.Document.8

Pardon, ceci est une défaillance de l’interface homme machine que j’utilise. Il a oublié de sauvegarder le fichier, et son conjoint a malencontreusement réinitialisé le système.

Des idées amusantes ont été provisoirement effacées.

Poussière d'étoiles


Microsoft, Bill Gates plus précisément, a réussi un joli tour de force.
Aux deux spectres de l'humanité se trouve à ma gauche celui qui meurt de faim, de soif, de maladie et, à ma droite, celui qui joue, travaille, rêve devant son ordinateur.
Toute la palette peut être déclinée entre ces deux bornes.
Bill Gates a réussi à taxer les uns pour aider les autres.
Là où les différentes organisations mondiales officielles s'écharpent depuis des décennies pour déterminer a minima  le montant et la destination d'aides pour le tiers-monde, Il profite depuis 1994 de son monopole auprès des riches.
Ceux-ci versent en effet des redevances pour l'utilisation de ses logiciels et il en redistribue 30 Milliards de dollars pour l'éducation et les soins.
L'équivalent en euros.
On ne chipote pas pour des montants pareils.
30 milliards.
5 milliards versés à l'OMS en 2004.
Pour donner une idée, le budget européen s'est élevé à 116 milliards d'euros en 2005.
Bill Gates investit donc le quart du budget européen pour aider le tiers-monde.
De ses deniers personnels.
C'est une redistribution bien plus généreuse que toutes celles dont j'ai entendu parler jusqu'ici.
J'ai jeté un coup d'oeil aux projets relatifs à la santé, c'est remarquable : malaria, tuberculose, HIV, mortalité infantile.
Le généreux donateur se retrouve ainsi à passer devant les télés du monde entier s'attirant les foudres de ses détracteurs qui l'accusent de faire sa publicité.
Nos hommes politiques s'y affichent bien pour débiter des promesses qu'il n'ont nulle intention de tenir.
Lui montre ce qu'il fait de l'argent. Pourquoi pas ?
J'ai ainsi dévoré hier, tard, un reportage montrant les 23 années de traversée du désert de Mitterrand dont on fête le dixième anniversaire du décès. Edifiant.
Pour 30 milliards de dollars de sa poche, Bill peut donc continuer à montrer sa bobine.
Il dégage un je ne sais quoi d'un Harry Potter qui aurait fêté ses 50 ans et garde cet air éternellement surpris qui me plaît.
Il apprend de ses erreurs, ce qui n'est pas si courant de nos jours, joue presque à la loyale et fait payer aux riches en aidant les pauvres.
Et, à l'usage, je m'accommode assez bien de la qualité de certains de ses logiciels.
Quelques qualités, en sus de ses succès, qui méritent de figurer à son actif.
Des victoires dignes de celles de Guillaume le Conquérant.
Sans verser un goutte de sang.
Nul n'est parfait après tout.
Le Vatican, combien de milliards ?

Pipe Candide


C'est, décidément, le meilleur des mondes que nous vivons.
Je parle de la vie en entreprise.
Je connais un peu l'administration. J'ai des amis dans le privé, ce n'est guère différent.
A partir d'une certaine taille, le système s'emballe et, dans un temps déterminé, implose ou rentre en fusion.
Ces phénomènes ont été décrits par les sociologues et philosophes pendant des siècles et, depuis Erasme, jamais texte n'a été aussi percutant que son Eloge de la Folie (1508).

C'est ainsi que l'on m'a récemment vanté les mérites de la stratégie "pipe", anagramme du patronyme d'un cadre dirigeant d'une grande administration nationale cousine qui la conduit : Pas d'Innovation Pas d'Emmerde.

Ayant beaucoup de peine à croire que pareils propos puissent être tenus dans une administration dont je ne dépends pas, il est donc entendu que toute ressemblance avec des situations, entreprises ou personnes ayant jamais existé serait purement fortuite (pas la tête)...

Le système est en effet vicié à la base.
L'amplification et la propagation du vice conduisant inéluctablement à l'implosion ou à la fusion.
Quels que soient les acteurs initiaux et leurs compétences, le diagnostic et la résolution des problèmes sont renvoyés à un lendemain que personne ne souhaite connaître.
Le processus est récursif.
Il sanctionne lourdement tout ce qui dépasse et qui prend le risque de se tromper.
Sans erreur, il n'y a pas d'apprentissage ni d'innovations possibles.

Prenons le cas de cette entreprise.
L'avancement le plus sûr s'y effectue à l'ancienneté.
Vous avancez sûrement si vous ne faites rien d'innovant.
Il est donc important, si d'aventure une idée vous traversait l'esprit, de s'assurer le patronage de hiérarques importants ; innover vous expose en effet au double risque de déplaire et de vous tromper.
Et ça, le système ne supporte pas.
Tous les systèmes détestent se tromper.
Le reconnaître en tous cas.
On égorge donc régulièrement un bouc émissaire, catharsys de l'erreur, sacrifiant l'innovation sur son autel.

Ainsi promeut-on l'augmentation du niveau d'études en poussant 80% d'une classe d'âge à obtenir son Bac, ce qui a pour conséquence directe que le nombre d'universitaires a été multiplié par 10 en 20 ans.
Les jeunes qui sont recrutés ont donc souvent fait de longues études, parfois scientifiques, où l'esprit critique, le doute méthodique, la méthode expérimentale et la démonstration ont été martelés et érigés comme modèle d'arbitrage et de résolution des conflits.
Soit vous prouvez vos dires ou, dans le cas de propositions indécidables, vous vous soumettez à un vote.
Un esprit simple pourrait alors croire que cet esprit critique qui a été cultivé sera, aussitôt formé, mis au service du progrès et de l'innovation.

L'homme est un roseau pensant, affirmait Pascal.

Ce n'est qu'au moment où vous avez intégré le merveilleux monde du travail dont on vous a tant vanté les charmes et vertus, régi par le sens de l'économie et de la rentabilité, que vous réalisez l'erreur.
Vous êtes priés, poliment mais fermement, de remiser votre esprit critique, votre sens de l'initiative et de bien vouloir suivre la ligne qui a été tracée par ceux qui sont habilités à penser.

Le système continue ainsi à être dirigé sur le modèle monarchique, modifié et adapté il y a deux siècles par un nabot mégalomaniaque pour asseoir son Empire.
Un petit cercle d'initiés décide en fonction d'une expérience du terrain qui lui parvient par des milliers de filtres spatio-temporels.
Le décalage entre le réel et le perçu est resté, chez ces initiés, figé dans le même espace-temps qu'en 1800.

La Théorie des jeux qui a été distinguée par Hercule(E.) et le Nobel de Sciences économiques de l'année a démontré qu'il y avait un scénario possible où le joueur est toujours perdant (il n'y en a pas où il soit toujours gagnant) : celui où les autres joueurs se coalisent contre lui.
Normalement, une personne avisée se retire de la partie pour limiter ses pertes.
Il n'y a pas de meilleure solution.

Imaginez que cette situation de jeu se généralise à la vie quotidienne.
Comment se retire-t-on de la partie ?

  • en démissionnant
  • en fuyant le domicile conjugal
  • en tombant gravement malade
  • en fuyant à l'étranger
  • en se suicidant
  • en étant assassiné
  • (ajouter ici la solution qui vous convient)

C'est donc souvent dans le cadre du travail que s'exercent les plus grandes violences.
La démocratie est, en effet, mise entre parenthèses tous les jours ouvrés (aux heures travaillées).
Toutes les décisions prises en entreprise le sont sur le modèle monarchique de droit divin.
Les grands prêtres sont les PDG, DG, DGA, Secrétaire Général, etc. entourés d'une nuée de vassaux et de courtisans qui filtrent l'information et sont prêts à envoyer au bûcher tous les hérétiques.

L'hérésie commence généralement au moment même où une idée innovante est exprimée.
Dans une grande entreprise ou une administration, ce régime de droit divin est donc consubstantiel de l'implosion qu'il génère.
Les sujets savent que le bûcher guette la moindre de leurs pensées rationnelles.
Ils ont généralement eu l'occasion, au cours de leur longue carrière, d'assister à quelques autodafés et pendaisons en place de Grève.
L'esprit grégaire et la peur suffisent à faire taire la masse.
Celle qui vit aux dépens du système qu'elle alimente dans sa course effrénée vers la préservation du seul élément qui constitue l'essentiel (dans son acception divine) : la structure hiérarchique.

Il suffit de constater à quel point les services de '"pair à pair" (peer to peer en anglais) sont combattus par tous nos systèmes pour s'en convaincre.
Le "pair à pair", comme son nom l'indique, régit des relations entre pairs.
Il révolutionne un système en faisant disparaître la pyramide hiérarchique et toutes les momies qu'elle abrite.

Il ne faut donc pas se laisser berner par les arguments invoqués autour de la préservation du droit, de l'ordre, de la sécurité, du prestige ou que sais-je encore.
La relation "pair à pair" ouvre effectivement la porte à des prédateurs qui sont là pour prendre sans rien donner en échange.
Il est relativement aisé de se prémunir contre de tels agissements à long terme en négociant les termes des échanges.
Il est aussi simple d'ériger un code de conduite collégial et de le faire vivre et évoluer entre pairs.
Le risque d'être dupé est alors limité à une seule occurrence.
Il faut aussi accepter un seuil incompressible de prédation qui ne peut être contrôlé.
Tous ces phénomènes pervers existent par ailleurs dans le système hiérarchique qui a montré ses limites.
Ils bénéficient principalement aux étages supérieurs de la pyramide.
Le système hiérachique craint en effet la démocratie par dessus tout.

Pas d'innovation, pas d'emmerdes.
Le supplice de Tantale consiste à attirer un chevreau bêlant dans la pyramide, à le laisser croire à son ascension et, une fois rendu bouc, à le désigner émissaire.

Liberté, Egalité, Fraternité sont donc gravés dans la pierre, par dessus tout.
Regardez-les bien. Peut-être qu'un coup de pensée magique amènera leur réalisation.
Il devrait être possible d'imaginer la démocratie, en temps réel, pour un grand nombre, sans qu'il n'y ait besoin de quelconques "grands-prêtres" pour venir dicter la Loi.
J'ai cependant l'impression que les dés sont pipés.
Il va donc falloir attendre patiemment l'implosion en priant de ne pas avoir son nom inscrit au tableau d'honneur des chers disparus au champ de gloire.
Ca ne devrait plus être long, j'entends de sinistres craquements.

Mes voeux pour cette nouvelle année sont donc raisonnables.
Cultiver mon jardin et éviter, dans la pénombre qui règne, d'être pris pour un caprin.

Fugue sur grandes orgues

Décidément, cette fin d'année aura été harmoniquement riche et ce, de façon  assez imprévue.
Un Noël où j'ai entamé mon premier enregistrement du ricercar à 3 et ces deux journées, à cheval sur deux années où j'ai découvert l'orgue.
Plume(O.) a, en effet, noué depuis quelques années des relations amicales et complices avec A., dame patronnesse de l'abbatiale de Caen.
Cette abbatiale, plus connue sous le nom de Saint-Etienne ou encore l'Abbaye aux Hommes, est un monument majestueux, commandé par Guillaume le Conquérant (ainsi que l'Abbaye aux Dames qui lui fait face) pour asseoir son autorité et amadouer le pape qui s'était opposé à son mariage avec Mathilde de Flandre.
L'abbatiale était, accessoirement, destinée à lui servir de dernière demeure.
Ce qui fut fait.
Les guerres de religion ainsi que la Révolution virent la profanation ainsi que le sac de l'abbaye et la tombe, actuellement visitée, ne conserve qu'un tibia du grand homme (il mesurait 1m80).
N'ayant aucun talent dans la description des architectures monumentales, je ne peux que convier le lecteur aléatoire à visiter ces deux abbayes romano-gothiques à l'occasion d'un voyage en Normandie.

L'Abbaye aux Hommes, en sus de cette architecture majestueuse, héberge depuis la fin du 19ième siècle, une des orgues les plus imposantes de France.
Un Cavaillé-Coll disposant de 51 registres et de plus de 3000 tuyaux (3 claviers et un pédalier).
L'un des instrument les plus convoités de Normandie depuis que les orgues de la cathédrale de Rouen se sont tues.
Leur titulaire actuel, Alain Bouvet, lié d'amitié avec A., pianiste et musicienne éclairée, j'ai donc usé d'une grande transitivité et, les amis de mes amis étant mes amis, avais sollicité à l'occasion de ce réveillon normand qui s'annonçait, l'honneur d'écouter le maître et, si l'occasion se présentait, de pouvoir tenter un contrepoint sur cet  instrument.
Nous avions donc rendez-vous à l'abbatiale ce samedi à 15h30 dont nous sortîmes, chassés par les vêpres, à 18h30.
Trois heures jubilatoires, pendant lesquelles retentirent des canons et fugues de Bach, Dupré, Schumann, Mendelssohn et Vivaldi.

A l'issue de ce concert amical où nous étions 4, l'abbaye recevant les visites de quelques impénitents pêcheurs en ces dernières heures de 2005, regroupés en chandelle autour du pupitre, Alain me demanda si je souhaitais jouer.
J'avais opportunément apporté des partitions dont un jeu spécialement imprimé à son intention : les inventions et, bien entendu, le ricercar à 3.

Quelques registres ajustés plus tard, je me trouvai pour la première fois de ma vie aux orgues.
Et quelles orgues !
Plus d'une demi-heure durant, j'ai ainsi pu produire, entendre et écouter le contrepoint de Bach.
Les premières inventions passées avec une étonnante facilité, j'ai tenté à 3 reprises le ricercar à 3 avant de m'arrêter, terrassé par la 6ième exposition du thème, celle qui annonce la transcendance.

J'avais prévu pour la circonstance, et en dépit de mon aversion pour l'orgue en boîte, ordinateur et micro mais, emporté par l'instant présent, j'ai tout oublié devant la magie du moment et les harmoniques des orgues.

Il est des instants ténus et  immatériels qui ne souffrent pas la captivité.
La gentillesse d'Alain Bouvet et la simplicité avec laquelle il me mit à l'aise firent de ces heures autant de  moments de grâce.
Le ricercar à 3, harmonisé à l'orgue (même incomplet et imparfait), m'a ainsi procuré une des sensations les plus riches que j'aie connues.
Un moment fugace donc, par excellence.

Descendant avec Plume(O.) les marches raides et glissantes de l'escalier en bois qui nous ramenait sur terre, j'ai réalisé que je tremblais sans que la froidure et le crachin d'un 31 décembre n'y fussent pour grand chose.
L'invitation faite d'y remonter a ainsi achevé de modifier ma perception d'une offre de normand.

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