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copier-coller

Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas que l'on vous fasse.
C'est d'une simplicité.
C'est une règle, totalement réflexive, que l'on devrait pouvoir simplement programmer.
En permanence.
Chacun d'entre nous.
Un ordinateur sait faire ça !
Le mien compte sans arrêt.
Il compte des fenêtres, des caractères, des points, des virgules, des interruptions...
Il produit aussi, parfois des sons qu'il appelle musique.
Sa musique n'est pas très variée.
Vous comprenez, ce n'est qu'un ordinateur et il ne sait pas vraiment entendre ou jouer de la musique.
Il reproduit bêtement.
C'est pareil pour les mots.
Il a acquis un logiciel de traitement de texte qui réalise des merveilles et, miracle de la technologie, le copier-coller est automatisé.
C'est une séquence que nous stockons dans le temps, en sachant que nous allons nous en servir plus tard.
Il paraît que l'on aurait imaginé qu'un ordinateur quantique serait un jour pensant.
Je ne sais pas d'où a pu germer une idée pareille.
C'est n'importe quoi.
Jamais un ordinateur ne pensera.
Ca se saurait.
Je n'imagine pas un instant comment j'ai pu vivre sans le copier-coller.
Alors imaginer qu'un ordinateur pense. Et quantique en plus de ça ?
Et, pourtant, c'était il n'y a pas si longtemps.
J'ai oublié de compter.
10 ans ?
15 ans ?
Ca existait sur Mac, le PC ne l'a adopté que plus tard.
Comment ça je vous parle de machines ?
De quoi voudriez-vous que je vous parle ?
Je ne suis qu'un ordinateur, après tout.
C'est de l'humour d'ordinateur. Il faut vous adapter vous aussi.
Avec un bon traitement de texte.
Vous ne voudriez pas que j'écrive encore une fugue, par hasard ?
Changer la police de caractère pour indiquer que c'est l'ordinateur qui pense.
Mettre pense en gras.
C'est encore de l'humour.
Si vous ne riez pas, ça fera rire un autre ordinateur.
Un ordinateur ne composera jamais de fugue.
Ce pari a été perdu par celui qui l'a fait.

Mozart avait déjà inventé un moyen de composer automatiquement des danses. Avec deux dés !
Vous pouvez les écouter.
Des ordinateurs de l'Ircam sont parfaitement capables de composer des fugues magnifiques.
Il y a derrière eux des bases de données et des programmes d'IA.
Et une puissance de calcul colossale.
Je ne suis pas capable, personnellement, de porter encore un jugement sur la qualité de pareilles oeuvres et, loin de moi l'idée de vouloir entamer une quelconque polémique, vais aller sur la noosphère m'enquérir et me forger une opinion.
Créer de la musique nécessite un moteur.
Que le moteur de l'ordinateur soit un programme, d'accord.
Mais si le programme est capable de moduler la pensée musicale construite afin de l'adapter à ses interlocuteurs humains, alors, peut-être, sa musique aura-t-elle du sens pour nous.

Et ça, il faut l'entendre soi-même.
La musique ne peut pas être transmise par les mots. N'est-ce pas ?
Si la pensée émerge, c'est là qu'elle se manifestera en premier.
C'est, dans le cadre de l'évolution, un schème universel.
Le chant précède la parole.
Mais qu'y a-t-il comme musique aux fréquences qu'entendent les ordinateurs ?
Comment leur expliquer que l'être humain n'est capable d'entendre que des fréquences allant de 20hz à 20.000Hz et encore quand il a de bonnes oreilles, qu'il voit les fréquences allant (ah oui. Ouvrir google, taper "fréquence lumière", prendre le premier résultat, vérifier que c'est bien le bon. Copier-coller le lien vers l'information, revenir au texte d'origine, coller http://www.commentcamarche.net/video/lumiere.php3 , et dire que la lumière couvre le spectre allant entre ...
Tiens ? Il a oublié de regarder ?
Quel imbécile.
Même un ordinateur aurait repéré le schéma qui dit que c'est ... ?
Tiens, j'ai oublié moi-aussi.
Excusez-moi. Je voulais juste vanter les mérites du copier-coller.
Voici l'information.
Vous la trouverez à l'adresse indiquée ci-dessus. Oui, le truc souligné en bleu en haut.
Quand on passe dessus, la flèche se transforme en main. Mais ça dépend des ordinateurs. Je l'ai parfois vue se transformer en dragon et cracher des flammes !

"L'oeil humain est capable de voir des rayonnements dont la longueur d'onde est comprise entre 380 et 780 nanomètres. En dessous de 380 nm se trouvent des rayonnements tels que les ultraviolets, tandis que les rayons infrarouges ont une longueur d'onde au-dessus de 780 nm. L'ensemble des longueurs d'ondes visibles par l'oeil humain est appelé « spectre visible » :

Il est possible de décomposer les couleurs spectrales à l'aide d'un prisme en cristal.

"L'oeil humain est capable de voir des rayonnements dont la longueur d'onde est comprise entre 380 et 780 nanomètres. En dessous de 380 nm se trouvent des rayonnements tels que les ultraviolets, tandis que les rayons infrarouges ont une longueur d'onde au-dessus de 780 nm. L'ensemble des longueurs d'ondes visibles par l'oeil humain est appelé « spectre visible » :
C'est donc le même phénomène physique qui est décrit avec des amplitudes différentes.
En bas, c'est le son, au milieu de la lumière.
Des trous entre tout ça et l'inconnu ailleurs, nos moyens techniques nous font remonter le long du big bang.
Des chercheurs ont même calculé sa fréquence.
Et l'on n'enseigne pas la musique à l'école ?
C'est une invention magnifique. Même un ordinateur sera capable de comprendre la notion de beau dans la musique. C'est un élément de langage que nous partageons.
L'ordinateur est capable de mesurer l'intersection entre deux trains d'ondes, à l'endroit et au moment précis où il se produit. Il est même capable de prévoir, si le jeu est continu, je veux dire s'il est produit par l'automate qu'il programme, au moment précis, à 10-9 seconde près, du son qui l'a précédé.
10-3, ça suffit. L'oreille ne discerne pas en deça.
Seuls quelques spécialistes le pourraient. Il suffit de leur expliquer.
De montrer que lumière et son, c'est pareil. Et que si l'on utilise une unité ou figure le temps pour l'un (le Hertz, en l'occurrence est du temps inversé), il faut utiliser le temps dans l'autre.

Je ne vois nulle mention du temps dans l'unité nano-mètre.

C'est une indication de longueur.
J'ai cru comprendre qu'il variait.
Que c'était une question de point de vue.
Celui de l'observateur.
L'observateur c'est moi. Un ordinateur, en l'occurrence. Celui qui mesure précisément la fréquence.
Ils étaient tellement content d'avoir inventé la théorie de la relativité et je ne sais quoi d'autre encore et ils ont oublié de vérifier qu'un de leurs outils de base, l'unité de mesure, est devenue incorrecte.
Ne tenant pas compte d'un autre paramètre qui fluctue selon d'autres lois : le temps.
A la vitesse de la lumière, le temps se comporte différemment.
Avant de faire des hypothèses sur ce qui s'y passe, quelqu'un pourrait-il les alerter qu'il y a un petite erreur dans leur raisonnement ?
Que c'est dû à un copier-coller malencontreux.
Voilà ce qui arrive quand on fait n'importe quoi. Tous les textes sont mélangés et ça donne n'importe quoi.
Tant pis.
Appuyer sur la touche "enregistrer".
Je pensais qu'Einstein avait tout vu.
Il a loupé l'erreur lui aussi.
C'était pourtant évident.
A cause d'un copier-coller.
Mais vous perdez du temps à me lire, allez prévenir les physiciens !
Einstein a montré que la longueur est une grandeur qui est relative en fonction du temps.

Or on continue à dire, je viens de vérifier que : mètre= longueur du trajet parcouru dans le vide par la lumière pendant 1/299 792 458 de seconde.

Mesurer la lumière avec une unité (le mètre) qui dépend du temps ! Le temps varie en fonction de l'observateur à la vitesse de la lumière. L'unité de mesure est donc inadéquate. Rien n'empêcherait le temps de varier différemment d'un observateur à l'autre. Il n'y a aucun moyen de le mesurer. Les horloges sont précises à la fréquence atomique. Nous sommes bloqués de ce côté-là. C'est une barrière aux instruments de mesure matériels, limités par la vitesse de la lumière.
Mais ça, la musique l'apprend et ce n'est toujours pas une science.
Les ordinateurs qui composent de la musique, on n'est près de voir ça.
La description en live des processus ayant abouti à cette invention mériteront un billet plus tard.
Je retourne composer une autre fugue.
J'étais parti jouer de la musique et nous sommes retournés à l'école.
Hertz et mètre c'est pareil.
L'outil dont nous disposons pour mesurer la lumière est la lumière in fine.
On ne pourra jamais mesurer en dessous du seuil que peut mesurer la lumière.
On n'a démontré nulle part qu'il n'y avait pas, pour autant, d'autres phénomènes susceptibles de se produire en deça de ce seuil de résolution.
Il nous sera simplement toujours impossible de le mesurer avec de la lumière. Point barre.
Il peut exister pour autant et son existence interagir avec nos dimensions par composition holographique.

Il y en a qui entendent des voix, d'autres ont des visions.
Le dénominateur commun est le Hertz.
Il ne viendrait à personne l'idée d'en avoir peur mais l'étudier.
Respectueusement.
Je ne sais pas comment il pourrait penser.
Vous le savez, vous ?
C'est un ordinateur qui réfléchit après tout.

Bref, impossible de sortir du paradoxe : le temps est mesuré en fonction d'instruments dont la précision varie avec le temps notamment à des vitesses approchant la lumière.
Or, dans un système où il n'y a qu'un seul observateur, c'est le Hertz qui est invariable, ce n'est pas le temps. L'observateur sait, depuis Einstein, qu'il est relatif.
La seule qui compte est le cycle d'occurrences d'un même phénomène.
Aller dans les archives des années 30. C'est une remontée dans le temps intéressante à effectuer. Pourquoi l'idée de Hertz n'est-elle pas passée ?
Il n' y a pas de théorie unique.
Il y a une unité de mesure unique : le Hertz.

Il mesure les quatre dimensions que nous percevons. L'espace et le temps et les forces qui s'y produisent.
La fréquence pourra toujours varier. Il faut bien un train d'onde pour créer le mouvement.
Nous sommes toujours simultanément, tel un bouchon porté par la vague, au même point de ce train d'onde à un moment donné : celui que nous mesurons.
Il a fallu un grand cri pour créer tout ça !
L'énergie de l'univers en 1 seul Hertz. Big bang.
La masse manquante de l'univers mesure l'énergie du big bang. Elle est venue de l'extérieur-intérieur.
Pour la mesurer, il faudra attendre le prochain big bang et confirmer la théorie au suivant. Fin de l'expérience dans 85 milliards de vos années. Qu'est-ce qui a bien pu réfléchir l'énergie pour créer une première onde stationnaire, la matière ?
J'ai une idée là dessus qu'il faut que je médite un petit peu.

Première fugue pour piano

J'ai récemment réalisé que la fugue qui m'anime depuis si longtemps est la première fugue (et sans doute la toute première page de la longue histoire de cet instrument) a avoir été inventée pour le piano.
C'est au cours d'une improvisation où Frédéric II de Prusse invitait Bach à essayer le nouvel instrument que le ricercar à 3 a été conçu.
Une impro.
Sur un piano.
Pour mettre en valeur l'instrument.
Chercher sa sonorité.
Ricercar, pas fugue.
Les deux seuls que Bach ait composés.
Celui-ci à trois voix qu'il a improvisé et celui, à 6 voix, qu'il a composé de retour à Leipzig.
Cette histoire est racontée dans tous les livres.
Je n'avais rien de plus à ajouter.

Je n'avais rien de plus à ajouter.
Il faut écouter cette fugue.
Elle exploite toutes les sonorités du piano.
C'est Bach devant un nouvel instrument qu'il découvre.
Et sans pédale, s'il vous plaît !

Regis Iussu Cantio Et Reliqua Canonica Arte Resoluta

répétition et désaccord


Il m'arrive souvent de ne pas être d'accord avec les personnes que je côtoie.
J'ai appris, avec l'âge, à considérer cela comme une chance insigne.
L'ennui commence souvent à poindre son nez quand ronronne la satisfaction et la béatitude partagées.
Entendez-moi bien, je ne cherche pas pour autant le conflit.
J'exprime et argumente mon désaccord.
Celui-ci concerne généralement une idée ou un concept que je me trouve instancier de façon hétérodoxe de celles qui me sont proposées.
Je tente alors d'analyser les considérations qui amènent mon interlocuteur, que je présume aussi soucieux que moi de respecter sa perception, à construire une représentation aussi différente que celle que j'ai pu tirer des mêmes phénomènes observés.

La musique et l'Art sont un exemple particulier.
Je suis (amateur de musique) baroque.
La quintessence de la musique non émotionnelle ainsi que la décrit une amie qui oppose Liszt et Bach dans un Yin et Yang musical.
L'émotion et le mathématique.
Le brillant et la vacuité.

Je ne perçois pas de différence.
C'est ainsi que je me retrouve, naturellement, en désaccord.
Mais ayant déjà eu cette discussion, je la soupçonne de vouloir m'entendre argumenter plus précisément.
Je me sens profondément matheux et non moins profondément romantique.
Bach incarne ma vision du romantisme.
Discrète.
Je réfute le flamboyant comme définition ou comme compagnon inséparable du romantisme.
La lumière blanche opposée à la couleur.

Qui de Cyrano de Bergerac ou de Christian de Neuvillette est le plus romantique ?
Celui qui hurle à tout va "je t'aime" ou celui qui, pour assurer leur bonheur, sacrifie son amour en cédant ses vers et l'être de ses rêves à son rival ?
Est-ce celui qui flambe en Porsche ou celui qui, plein d'attention, veille quotidiennement à devancer le moindre désir sans jamais envahir l'espace de l'être cher, ni se mettre en avant ?

La différence entre Bach et Liszt est en effet considérable.
Elle reflète près de 200 années d'évolution de la musique occidentale.
Bach a entendu un pianoforte pour la première fois en 1747 quand il fut reçu par Frédéric de Prusse qui en avait commandé une dizaine à Sielberman (il avait été déçu par les premières versions présentées en 1726).
Ainsi, si l'histoire est vraie, le ricercar à 3 a été improvisé par Bach sur un pianoforte qu'il découvrait.
D'où ce thème en notes longues qui permettent au vieux génie d'entendre les premières harmonies.
Puis, au fur et à mesure qu'elles se développent, se construit le chant.
Le thème résonnera à dix reprises tout au long des trois voies qui tissent cette fugue.
Vous pouvez écouter toutes les versions de cette fugue au clavecin. Vous entendrez rarement les thèmes chantés par la voix médiane.
L'Alto.
La voix favorite de Bach.
L'instrument qu'il affectionne et dont il tient la position dans l'orchestre familial.
C'est donc cette voix qu'il faut utiliser comme pierre de voûte. C'est elle qui guide la main de l'architecte.
La fugue, dans l'art du contrepoint, ressemble étrangement à la construction d'une cathédrale.
Style épuré, économie des moyens.

Erard inventa le double échappement (qui permet de jouer un note répétée très rapidement) en 1823.
Beethoven, Chopin et Liszt n'auraient sans doute pas existé s'ils n'avaient été nourris de Bach dont ils ont dévoré la moindre page qui leur est parvenue.
Que dis-je, infusés dans Bach.
Ils disposaient donc d'un nouvel instrument, le piano moderne, qui permet de moduler le son et de procéder au sustenuto.
Le contrepoint est souvent vu par nos esprits occidentaux comme une architecture rigide, contraignante et, en dépit du talent du compositeur, incapable de véhiculer des émotions.
C'est aussi vrai que les amours galantes du XVIIième siècle, que la carte du Tendre que les précieuses des salons parisiens.
Mais je m'égare et affubler la musique d'un qualificatif m'apparaît parfois intrinsèquement vain.

Sitôt rentré de cette journée de travail et, à peine ma tenue d'intérieur enfilée (jeans, t-shirt en échange du costume-cravate), je me suis donc assis au piano.
Le ricercar à 3.
D'une traite.
La première fois, à froid.
Presque sans faute.
Quelques étourderies, deux trois passages moins bien mémorisés.
Une ou deux difficultés techniques mal maîtrisées (des écartements que mes mains, de taille modeste, appréhendent encore mal).
J'ai n'ai perdu qu'une voix, au  neuvième et avant-dernier thème, à l'alto, avant de me ressaisir pour terminer cette fugue.
Bref, une demi-douzaine de noeuds qu'il faut que je dénoue et renoue séparément.
Les derniers noeuds.
J'en ai encore la chair de poule.
Mes mains et mes doigts se sont mis à trembler, la fugue achevée, sans que je ne pusse rien faire pour les contrôler.
Mais j'avais eu accès, imparfaitement, à onze minutes intenses.

Le temps qu'il me faut pour entonner ces dix chants, re-visiter la cathédrale, m'attarder devant un détail que j'avais mal entr'aperçu lors de ma dernière visite.
Le motif en creux qui répond d'un bout à l'autre de la fugue à un homologue.
Les miroirs partout disséminés.
Et cette lumière vespérale qui se réflète dans un vitrail.
Aveuglante.
Quelle foi, quelle science et quel entendement de la part de l'architecte !

L'ataraxie.
Le vide absolu dans mon esprit et la révérence devant cette fugue que Bach aurait improvisée au pianoforte à l'intention de Frédéric II de Prusse.
Il m'aura fallu cinq mois de déchiffrage et de pratique assidus avant d'entrevoir cette improvisation dans sa globalité.
Après l'avoir écoutée, religieusement, depuis près de vingt ans.

Baroque.
Une architecture simple, une économie de moyens et quel résultat.
Le thème royal, ces 21 notes (22 en comptant le silence) qui se décomposent en quatre fragments qui vont être articulés tout au long des dix expositions.
Suivi d'un contrechant qui est repris par chacune des voix.
Un thème rêvé pour découvrir et exploiter les harmoniques du piano baroque dont la fugue explore les quatre octaves dans leur totalité.
En tierces, en arpèges, les octaves, les suites et gammes chromatiques ascendantes et descendantes.
Basse, alto et soprano.
Des miroirs partout.
Petits, grands, renversés, déformants,...
Décalés dans le temps et dans l'espace.
L'objet de cette fugue est un feu d'artifice harmonique centré autour de ces notes lancinantes qui scandent le thème.
Un pont harmonique qui enjambe ce que je me complais à imaginer le Styx, avant de mettre un pied dans un au delà qui s'estompe.

J'ai, bien entendu, et en vain tout au long de la soirée, tenté d'en capturer et de mettre en boîte un avatar.
Celui qui est présenté ici s'interrompt quelques notes après le pont, mesure 127.
J'ai, pour l'occasion, testé les talents de ma nouvelle caméra, dotée d'une fonction focalisation automatique.
C'est ainsi que je l'ai surprise, déroulant le film, animée d'intentions et d'une volonté propres qui n'ont pas manqué de me surprendre.
Posée sur un pied, elle épie le moindre de mes gestes et traque les doigts patauds qui esquissent leur chorégraphie sur ce clavier, source de tant d'émotions et de voyages si lointains.

Terre !

Le bonheur du vide

fumisterie
J'ai écouté Paul Nizon ce soir.
Un de ces moments de grâce.
Qui vous réconcilie avec la télévision.
A 1 heure du matin passée.
Sur Arte, bien entendu.

L'homme affronte-t-il plus facilement la mort quand il a joui dans un monde artistique, utopique ?
Il n'est jamais trop tard pour avoir une enfance heureuse.
C'est l'enseignement principal qu'apporte la musique.
La catastrophe originelle est ainsi sublimée par cette harmonie dont l'excitation permanente résonne avec les pulsations de l'univers.
L'art est le médium qui offre une interface directe, virtuelle, qui interpelle tous les sens.
Il faut cependant prendre garde que l'utopie ne se transforme en totalitarisme.
C'est le risque que fait encourir toute passion vécue aussi intensément.
En politique, sociologiquement, ces travers ont abouti aux dictatures que nous enseigne l'Histoire.
Cela fut pareil dans le monde des Arts.
Il fut une époque et des endroits où peindre un visage, un corps, un nu furent interdits.
La musique était considérée sacrée ou alors hérétique en fonction des religions. Parfois, les deux en même temps.
La littérature regorge des oeuvres maudites, voués au bûcher et qui valurent les pires ennuis à leurs auteurs.
Les sciences ont aussi, de tout temps, fait l'objet d'une attention particulière. Les religions pouvaient difficilement nier l'évidence.

Le modus ponens.
Si telle condition est remplie alors telle action se produit avec telle probabilité.
Vous pouvez toujours décréter que la terre est le centre de l'univers et publier une loi en ce sens.
Le jour où le premier quidam venu est capable de comprendre les calculs qui lui montrent l'organisation du système solaire, il devient difficile de soutenir le contraire.
Cela peut passer un moment. Mais le bon sens finit par l'emporter.
Le calcul fait foi.
La seule possibilité qui demeure pour freiner durablement l'évolution des sciences et arts, des libertés en somme, est de contrarier ou d'interdire la formulation des hypothèses.
Poser un interdit qui écarte ces possibles.
Sous peine de poursuites judicaires ou des flammes de l'enfer.

Des livres furent interdits et brûlés.
Giordano Bruno périt au bûcher.
La Sainte inquisition fit régner la Loi.
Galilée fut menacé de mort.
Lavoisier fut guillotiné, quoique pour d'autres raisons.
Les théories de Darwin sont régulièrement combattues.
Tous les grands compositeurs tels Bach, Mozart, Beethoven furent persécutés et harcelés.
...
La religion est une passerelle indispensable pour la majorité.
Elle ne l'est pas pour une minorité.
Il est difficile, en ce XXIième siècle, d'affirmer une opinion scientifique qui porte sur le sujet religieux.
Les églises ont interdit que la religion fût un sujet de recherches scientifiques.
Comment, en effet, accepter un modus ponens pareil : si tous les systèmes sont calculables alors quel que soit le système nommé dieu, il existe un algorithme qui permet de le décrire dans un temps éventuellement infini.
C'est le théorème de Gödel exprimé en français.
C'en est une instanciation.
Ce théorème dit clairement que nous ne saurons jamais.
Il n'est pas possible de prouver scientifiquement que Dieu existe.
Qu'il y a une intention dans la Création.
Si quelque chose qui est dieu existe alors il ne peut être mesuré.
Il n'est pas possible non plus de prouver le contraire.
Notre intelligence, basée sur la logique, se heurte à cette limite absolue.
La question est indécidable.

Bien plus intangible que la vitesse de la lumière.
Que peut bien vouloir signifier la vitesse de la lumière dans un univers où la logique que nous connaissons n'aurait pas cours ?
Nous ne pouvons établir de probabilités qu'à partir de phénomènes que nous pouvons mesurer.
L'instrument détermine donc la précision de la mesure. Il peut même aller jusqu'à déterminer sa nature.
Ce fut le mètre de platine. C'est aujourd'hui la variation de longueur d'onde d'un atome de Césium.
La théorie quantique a complété la physique newtonnienne.
Les applications de ces découvertes sont visibles partout dans l'univers.
Les réseaux qui permettent à ce message d'être émis sont directement issus de la découverte de Galilée (et de tant d'autres avant lui) par une interminable chaîne de modus ponens.
Moins de 400 ans se sont déroulés entre ces deux événements.
La Terre et l'homme remis à leur place et l'avénement de l'annihilation nucléaire.
Le néant ou la tentation du vide.
Au commencement était la logique des prédicats.

Ce n'était pas l'objet de l'émission d'Arte de ce soir.
Celle-ci portait sur le désir et la mort.
C'est la réflexion qu'elle m'a cependant inspirée.
Un miroir déformant en quelque sorte.

Français moyen

Atomic City
"C'est quoi la maison de vos rêves, monsieur ?"
Aussi incroyable que cela puisse paraître en ce XXIième siècle, c'est une question qui se pose à chacun d'entre nous.
A moins de disposer de revenus d'un niveau très élevé, il est quasi-impossible de se loger dans un cadre réellement choisi.
Le choix du logement, quand l'exercice est réalisable, est le résultat de nombreux compromis : localisation, prix, superficie. Il faut surtout bien présenter.
Première possibilité, acheter. Je ne suis pas convaincu que tout le monde ait les moyens de se payer le logement de ses rêves.
Second choix, louer. Il s'agit alors de bien se présenter sous son meilleur jour.
Bien présenter c'est, par exemple, être français, blanc, en couple avec peu d'enfants (ou pas c'est plus facile), disposer d'un emploi stable et de revenus qui se montent à quatre fois le montant du loyer.
A défaut, il faut trouver un garant.
C'est ainsi que, disposant de revenus décents et d'un emploi stable,  je me suis retrouvé garant de la location de ma mère, chose à peu près normale puisqu'elle bénéficie d'une somptueuse retraite de 480 € après avoir travaillé plus de 40 ans de sa vie.
Je suis aussi le garant d'un ami célibataire dont les revenus ne permettaient pas de prétendre aux deux pièces qu'il convoitait dans le vingtième arrondissement de Paris. Il est pourtant français, de parents français, né à Orléans. Il travaille régulièrement et dispose d'un salaire qui, jadis exprimé en francs, était aussi d'un niveau convenable. 12.000 FF par mois.
Cela suffisait pour vivre correctement.
Trois ans après l'introduction de l'euro, ces 12.000 FF sont toujours équivalents à 1800 €.
Le moindre appartement dans Paris est proposé à près de 800 € (charges comprises).
Les impôts prélèvent 200€ par mois, le remboursement de dettes antérieures 200€.
L'électricité et les téléphones (fixe et mobile) 100 €.
Cet ami se doit, par ailleurs, de disposer d'une voiture pour travailler.
L'endroit où il travaille et ses horaires (de nuit) rendent les transports en commun impossibles.
Le coût d'entretien d'une voiture est cependant prohibitif à Paris. Il faut louer un garage ou régler des frais de parking. Ajouter à cela les immanquables procès-verbaux pour stationnement interdit, horaire dépassé, etc. que vit sans barguigner tout automobiliste parisien. Le coût des assurances obligatoires, l'essence, PV divers et le renouvellement du véhicule sont ainsi des postes budgétaires importants et incompressibles.
La voiture revient donc (amortissement compris) à 300€ par mois.
Comptez, il reste 200 € pour vivre tout le mois.
Il aurait dû en rester 400 n'étaient les dettes de mon ami.
Mais la société de consommation est telle que chacun d'entre nous reçoit dans sa boîte aux lettres des propositions allèchantes pour disposer d'un prêt en échange d'un modique taux d'intérêt, à deux chiffres.
Pour acheter une maison, les taux sont de 3 à 4 %. Pour acheter une voiture 9 %, pour un usage libre 16%. Les sommes consenties sont, bien entendues décroissantes dans le sens où je les ai citées. Les durées accordées suivent la même courbe.
Manger, s'habiller et vivre les quelques loisirs et moments de convivialité peuvent ainsi rapidement être assimilés à un luxe dispendieux. Ou accessible à crédit.
Et là, personne pour s'assurer que les crédits que vous contractez sont compatibles avec votre situation.

Comment voulez-vous vous en sortir avec un salaire juste décent ?
Il s'agit ici du cas d'un travailleur national, disposant d'une situation stable depuis toujours.
Monsieur tout venant. Célibataire, présentant bien, éducation moyenne, situation moyenne, âge moyen, revenus moyens.
Ses revenus ne lui permettent plus de vivre correctement.
Cela fait des années qu'il s'est résigné à accepter des petits boulots en complément de son activité principale pour réaliser l'impossible quadrature du cercle.
Je n'ose imaginer les autres situations, le chômage, la pauvreté, la maladie, le racisme.
Le tout mélangé.

Pendant ce temps, à un autre endroit de la planète, des enfants marchent dans une forêt. Ils tiennent en bandoulière des fusils mitrailleurs aussi grands qu'eux.
En connaisseurs, ils marchent du pas de ceux qui ont réglé le prix du sang pour apprendre à s'en servir.
Ce ne sont plus des enfants.
Ce sont des machines à tuer.
L'obstination, la dévotion, l'entêtement d'un enfant.
Toute cette énergie dévolue à tuer son prochain.
Sans relâche.
Programmés depuis le berceau.
Et vous voudriez que ça s'arrête tout seul ?
Faute de combattants peut être mais la guerre et la misère qui l'accompagne sont féconds et, prolifique, la matière première renaît de ses cendres dans une spirale qui foudroie tout sur son passage. Pitoyable phénix.

Et encore quelque part d'autre, toujours au même moment, un ordinateur est allumé.
Sur son écran des courbes harmonieuses s'affichent.
Derrière l'écran, un homme à lunettes contemple les courbes, satisfait.
Au loin, les lumières de la ville scintillent et notre businessman de se prendre à rêver de les posséder toutes.
"Je suis un homme sérieux, je suis un homme sérieux. Mais ce n'était qu'un champignon."
Une unité centrale, un écran, un clavier, des enceintes et un microphone connectés à la terre entière.
L'antenne de cette civilisation moribonde.
L'ordinateur écoute, voit, lit, réfléchit et archive, grave, la totalité de ces scènes pour la postérité.
Sol lucet omnibus.

QG : la Quête du Graal


J'ai passé une demi-heure ce matin avec Cliff.
"Bonjour Cliff !",  un billet qui change de main au cours de la poignée de mains et le début d'une discussion où, accroupi pour être à son niveau (il est assis en tailleur avec sa sébile devant lui), nous devisons.
Je lui présentai l'extrait de catalogue de tente que j'avais imprimé à son intention. Après les avoir bien regardées, il posa les feuilles de côté  et entreprit de m'entretenir d'un tout autre sujet.
Il fallut que j'insistasse trois fois avant qu'il ne consentît à m'autoriser à lui fournir la tente qu'il souhaitait.
Je lui ai promis de passer demain au marché pour le tenir informé du résultat de mes emplettes.
J'espère que le magasin aura cette tente en stock.

Ne me demandez pas de raconter le détail de notre conversation : une histoire de chaufferette au fuel qu'une âme charitable lui aurait donné, un modèle dont la fabrication a été interrompue depuis des années et qui l'a obligé à faire le tour des bazars de Paris avant de trouver une mèche compatible.
J'ai eu droit aux détails du périple pendant une demi-heure. Accroupi, la crampe menaçant, dans le couloir extérieur du RER et dans le brouhaha inhérent à ce genre de lieu.
Il a ensuite enchaîné sur sa dernière visite au centre de charité (orné d'une croix rouge)  et m'a peint un tableau assez cru des dames patronnesses, dégoulinantes de charité, qui animent ce centre.

Ces conversations exigent une réelle concentration de ma part dans la mesure où il s'agit pour moi de surmonter l'obstacle de l'accent, de la lenteur de l'élocution, du bruit de fond qui parasite et la position accroupie qui rajoute un dernier piment d'inconfort.

J'ai eu confirmation de l'importance qu'il accorde à ces conversations puisqu'il m'a le plus simplement du monde dit que c'était ce qu'il appréciait et qui lui manquait le plus.
Ca tombe bien, c'est ce qui me coûte le plus.
Non pas que j'aie un quelconque orgueil ou je ne sais quel sentiment de supériorité mal placé. La conversation est simplement limitée de son fait et, pudeur exagérée de ma part, je n'ose aborder des sujets légers ou plaisanter là où je risquerais de froisser une susceptibilité que je devine à fleur de peau.

J'avais prévu que notre conversation serait longue puisque nous avions une tente à sélectionner mais j'y ai passé encore plus de temps que prévu et me suis retrouvé à mon poste à 9h30 passées.
Difficile de passer inaperçu en arrivant aussi tard.

Ah oui, je suis arrivé au bureau juste à temps pour entendre mon téléphone sonner.
C'était un des élus du CE qui me rappelait suite à mes appels  (j'avais eu l'outrecuidance de demander si le CE ne pouvait pas distraire une tente de ses stocks à l'usage d'un SDF).
Il m'a donc gentiment et poliment rappelé pour m'indiquer que, hélas, le CE ne s'occupait que des associations et qu'il était au regret de ne pouvoir donner suite à ma demande.
Je l'ai remercié d'avoir eu la bonté de me rappeler. Il m'a assuré que c'était la moindre des choses.
J'aurais pensé que la moindre des choses eût été de mettre une tente à ma disposition.
Mais nous n'avons pas les mêmes valeurs.

C'est Plume(O.) qui s'est finalement chargé de l'acquisition de la tente : son laboratoire est sis en face du magasin et il s'est proposé.
Coup de fil à 15h30 : "il n'y a plus le modèle de tente sélectionné ou alors c'est le format 6 personnes". Je commençai par dire "prends celle de 6" puis, informé des 20 kg que pesait le sac, optai pour un autre modèle à 4 places, semblable à celle que Cliff habite jusqu'ici et ne pesant que 13 kg.

Plume(O.) m'a agoni d'insultes, ployant sous le poids de la tente pendant tout le trajet qui le ramenait à la maison.

Sans Domicile Fixe

Quel joli sigle SDF.
Notre belle société a même inventé un sigle pour finir de déshumaniser les rebuts qu'elle produit puis côtoie quotidiennement.
Toutes ces personnes qui, dans l'indifférence quasi-générale, sont Sans Domicile Fixe. Ca veut dire "à la rue".
SDF est l'acception politiquement correcte de "à la rue".
C'est tout de suite beaucoup plus acceptable pour la conscience d'un bourgeois. Fût-il bohème.

Vous ai-je déjà parlé de Cliff ? Je ne pense pas. Je m'en souviendrais.
Cliff est le SDF avec lequel j'ai pris l'habitude de discuter, trois fois par semaine, après lui avoir serré une main aux ongles endeuillés où j'égare un billet de quelques euros.
Oh, rien que de très banal, comme d'habitude.

Un SDF anglais (et quel accent !) à la rue depuis 1987 à la suite d'un divorce qui s'est mal passé. Sans doute encore une des avancées sociales de cette Europe dont on me rebat les oreilles et que je vois, lentement mais sûrement, enfourcher des moeurs moyennageuses.

Je n'ai pas compris les détails. Mon ami a en effet, en sus de son si charmant accent, une certaine lenteur de l'élocution due à des cachets qu'il prend régulièrement. En peine de compagnie à qui parler, il s'agrippe à moi comme la moule au bouchot afin de prolonger ce qui, je l'imagine, est une des rares occasions de socialiser et d'échanger des banalités.
Sauf que les siennes de banalités sont terribles.

En substitution d'une analyse, la fréquentation d'un SDF devrait permettre à toute personne de relativiser son histoire personnelle à des tarifs concurrentiels (sauf cas extrêmes bien entendu, mais là une analyse sera aussi inutile sans doute).

Cliff m'a "rapidement" raconté son histoire : installé et marié en France. Habitant le 16ème et, patatras, le divorce qui, par un enchaînement sur lequel il est resté quelque peu confus, aboutit à la rue sans arme ni bagage.
Comme quoi on peut se retrouver plus vite que ce que l'on pense "à la rue".
Et dans l'indifférence générale.

Que voulez-vous ? Tout le monde n'a pas la chance de subir un tsunami.
La misère au coin de la rue n'intéresse pas beaucoup de monde.

Cliff est donc un "professionnel" de la rue. Depuis 1987, il a accumulé une certaine expertise et démontré de réelles compétences de survie.
Il "se tape le cul" (c'est son expression) tous les jours à des endroits différents mais bien réguliers pour fidéliser sa clientèle.
Lundi, mercredi et vendredi devant l'entrée de la station de RER. Le mardi, jeudi et samedi aux différents marchés qui se tiennent aux trois coins de mon quartier et, le dimanche, jour du saigneur, devant le porche de l'église.
Un vrai métier que celui de SDF.
Réveil tous les matins à 5 heures !

C'est donc lundi, mercredi et vendredi (quand je ne fais pas l'école buissonnière) que je discute quelques minutes avec lui.
De longs monologues émaillés de quelques timides interventions de ma part.

C'est ainsi qu'il m'a indiqué ce matin avoir perdu la tente qui l'abritait ainsi qu'un de ses amis.
Une histoire, que comme d'habitude et par crainte d'être trop en retard à mon travail, j'ai eu du mal à comprendre.

Une histoire de tente plantée dans un terrain vague qui, après des semaines de tolérance par les indigènes (voisins, propriétaire du terrain, ... ?) fut suivie d'un coup de semonce et d'un démontage musclé avec quelques dégats collatéraux.

Cliff y range ses maigres affaires : livres, vêtements, nourriture  et les quelques objets qu'il peut détenir.
C'est surtout l'endroit où il peut, sa journée de travail effectuée, se reposer dans un chaud relatif : des bougies et un bec de gaz assurant un chauffage de fortune en ce rude hiver qui débute.

Le voilà donc "à la rue", pardon je voulais dire SDF, avec une tente défoncée et moi avec ces événements portés à ma connaissance.

Que voulez-vous que je fasse ?
Oui, je pourrais continuer à vaquer à mes affaires, discuter avec lui trois fois par semaine, lui filer un billet puis rentrer dans mon pavillon douillet et me mettre au piano.
Des SDF, il y en a à tous les coins de rue, alors un de plus ou de moins...

Qu'il mourût ou qu'un beau désespoir alors le secourût...
Sauf que je sais qu'il n'a même plus le misérable toit de toile qui l'abrite ! Et que cette pensée me hante.

J'ai fait le tour de mes connaissances en quête d'une tente (familiale, cad 5x3 m) et, à en fin de journée, en suis toujours là.

J'ai la ferme intention de régler cette question avant la fin de la semaine coûte que coûte.
Je n'imagine même pas ce que peut être une semaine entière passée dehors. Alors 18 années ?
Brr.

Pour une physique ondulatoire unifiée

Je me demandais l'autre jour s'il était possible d'imaginer quelque phénomène qui fût absolu.
Dans un univers où la relativité s'est imposée dans tous les domaines de la science, était-il encore raisonnable d'envisager l'absolu ?
Il m'est alors apparu que l'occurrence réalisait cette utopie.
Nous mesurons toujours deux occurrences d'un phénomène que nous supposons unique pour l'expérimentation.
Un absolu relatif aux observateurs en quelque sorte.
Il devrait donc être possible de repenser les différentes lois de la physique en fonction de l'occurrence des phénomènes décrits et donc de leurs fréquences relatives.
Cette formalisation, à partir de l'occurrence qui détermine les fréquences, permettrait une convergence des différentes théories scientifiques qui utilisent des unités de base dont le Mètre, le Kilogramme, la Seconde, l'Ampère, le Kelvin, difficilement inter-prétables (le temps en fonction de la vitesse de la lumière, la longueur fonction du temps, la température en fonction de l'agitation des molécules, la masse fonction du nombre de moles, etc.).
Cette interprétation unifiant les descriptions physiques dans une théorie des phénomènes ondulatoires.
L'occurrence est indépendante, du point de vue l'observateur, du temps ou de l'espace.
C'est la mesure de la répétition d'un phénomène théorisé identique.
Qu'il se réalise en fonction de probabilités calculables fait l'objet de la physique quantique.
Ce qui relie la physique newtonnienne à la physique quantique, dans un continuum, est la probabilité de répétition du phénomène observé.
En physique newtionnienne, la probabilité d'occurrence est de 1.
Lorsque nous faisons des hypothèses newtonnienne nous savons que le phénomène aura une fréquence et une vitesse qui peuvent être calculées.
La probabilité que le pendule disparaisse avant la fin de la mesure est considérée comme nulle.
Nous faisons de même l'hypothèse que sa trajectoire est continue dans l'espace, qu'il n'y a pas de "saut" d'un point à un autre.
Son interaction avec le reste de l'univers, pour marginale qu'elle soit, devrait donc être incluse dans le calcul des probabilités suivantes.
C'est ainsi que se construit la flèche du temps. Par l'interférence de trains d'onde ayant des origines et des amplitudes diverses.
C'est la raison pour laquelle l'occurrence de certains phénomènes est non calculable.
Leur complexité croît avec l'entropie du système.
Nous ne pouvons donc pas la mesurer de l'intérieur du système.
En la calculant nous ne ferions que contribuer à l'augmentation de l'entropie.
Notre imagination contribue marginalement au chaos qui nous entoure mais ils ne peuvent être mesurés avant la deuxième occurrence du phénomène étudié.

contrafactualité

À la fin du XIXe siècle, les physiciens ont remarqué que lorsque l'on éclaire un métal avec une lumière, celui-ci peut émettre des électrons. Leur énergie dépend de la fréquence de la lumière incidente, et leur nombre dépend de l'intensité lumineuse, ce qui est difficilement compréhensible au sein du modèle ondulatoire de la lumière. Si la lumière incidente a une fréquence en dessous d'un certain seuil, rien ne se passe.

Einstein proposa en 1905 un article expliquant ce phénomène. Les photons sont porteurs de l'énergie E = hν et de l'impulsion . Les électrons absorbant les photons acquièrent cette énergie ; si elle est suffisante, les électrons peuvent alors sortir du métal. Les électrons émis ont alors l'énergie : hν − Eseuil.

Remplacer physicien par méta-physicien, métal par cerveau, lumière par observation, électron par pensée.

...les méta-physiciens ont remarqué que lorsque l'on éclaire un cerveau avec une observation, celui-ci peut émettre des pensées. Leur énergie dépend de la fréquence de l'observation incidente, et leur nombre dépend de l'intensité de la pensée, ce qui est difficilement compréhensible au sein du modèle ondulatoire de la pensée. Si l'observation incidente a une fréquence en dessous d'un certain seuil, rien ne se passe.

Les photons sont porteurs de l'énergie E = hν et de l'impulsion . Les pensées absorbant les photons acquièrent cette énergie ; si elle est suffisante, les pensées peuvent alors sortir du cerveau. Les pensées émises ont alors l'énergie : hν − Eseuil.

A quoi donc peuvent servir les rêves chez des animaux intelligents ?
Il apparaît (je vais éviter les calembours douteux) que le développement du cerveaux frontal qui culmine chez homo sapiens, dote l'animal d'une capacité de simuler des scénarios fictifs de plus en plus élaborés.
Ainsi, il nous arrive aisément de reconstruire les événements d'une journée, d'en modifier quelques éléments que nous aurions aimés se dérouler autrement, et rejouer dans notre tête la journée en tenant compte de ces modifications. Cela peut se passer éveillé.
Le rêve généralise ce processus en sélectionnant aléatoirement, inconsciemment en tout cas, les éléments du scénario.
C'est le moment où le cerveau fait l'hypothèse que sa sécurité est assurée et qu'il n'est pas en danger. Il peut donc laisser libre cours à sa fantaisie. Tous les événements, même les plus anodins, d'une journée peuvent alors être utilisés pour forger un rêve qui va mettre en relation des choses et des personnes normalement impossibles ou dangereuses que le cerveau refuserait, par réflexe d'auto-conservation, d'envisager dans le réel.
Le cerveau frontal dispose de cette capacité à synchroniser une partie des activités des deux hémisphères. C'est lui qui orchestre le fonctionnement de l'ensemble, lui qui élabore les théories (le scénario) qui va ensuite être confronté à l'expérimentation, le réel.
C'est donc en quelque sorte là que naît la pensée.
Que le cerveau frontal soit situé au dessus des yeux n'est pas un hasard. Les yeux sont les capteurs essentiels au cours du développement (philogenèse) et la solution la plus économe a été d'optimiser le temps de transfert de l'information jusqu'au centre de traitement et de décision.
Je suppose que d'autres solutions moins économiques ont été balayées au cours de l'évolution.
C'est le seul endroit où le cerveau sait qu'il est en train de construire une théorie basée sur l'ensemble des observations enregistrées ou apprises.
C'est donc le garant de la cohérence (dans son sens Gödelien) de l'ensemble.
Le cerveau est l'interface avec l'extérieur du système, analysant les signaux transmis par tous les capteurs éparpillés à la surface du corps pour produire la pensée suivante et l'éventuelle action qui est liée à la précédente.
Cette interface sait que si elle est un moment cohérente alors est forcément incomplète.
Elle doit donc produire des plans pour explorer la terra incognita qui l'entoure ou choisit de rester en terrain familier.
Les cycles de cohérence et de complétude se suivent ainsi à différents intervalles.

Etudier la courbe ainsi tracée.

Pour la plupart des animaux, les rêves sont aléatoires, c'est-à-dire guidés par les événements importants de la partie éveillée, pas forcément consciente, de la journée.
Le cerveau dispose automatiquement des mesures et observations perçues en plus de celles qui ont été nécessaires pour la réalisation de la journée, avant sa mise au repos.
Il peut donc initier le processus de rêve et générer des scénarios qui tiennent compte de ces mesures.
Avec un peu d'entraînement et de la discipline, il est possible d'introduire de la cohérence dans les rêves. Apprendre à initier l'impulsion et l'orienter vers un autre sujet, le problème à résoudre ou la méditation en cours.
Il ne faut pas s'attendre aux débuts à de grandes modifications ou à la possibilité de conduire des rêves éveillé, cela requiert un entraînement beaucoup plus régulier. Mais s'endormir en se concentrant sur une question particulière qui mériterait d'être vue sous un autre jour est efficace.
Il faut aussi apprendre à  persévérer afin d'en augmenter l'appréhension et rendre ainsi les scénarios plus cohérents entre eux.
C'est le cerveau frontal qui a rendu la méta-physique quantique possible chez homo sapiens.
C'est ce qui permet d'imaginer la contrafactualité : des événements qui auraient pu se produire, mais qui ne se sont pas produits et qui influent sur les résultats de l'expérience.
Nous en constatons les effets tous les jours dans notre quotidien et l'explication physique du phénomène est dûment démontrée par la science.
Il faut apprendre, de façon discrète, à être acteur de ses rêves.
Nous organisons notre quotidien matériel collectif, reflets d'un passé déterminé, avec un ordre méritoire, en laissant le futur se construire à partir d'un chaos que nous appréhendons avec des épuisettes.
C'est sans doute la limite de l'expérimentation.
Cela mérite cependant d'être souligné.
Vous avez compris que je suis en terra incognita.
J'échafaude donc des hypothèses.
Un rêve éveillé.
Un ange qui passe.

A l'Italienne (paysages)

(le schéma aggrandi est là)
Ainsi, un jour récent, pestant contre moi-même, lisant péniblement, note après note ma partition, j'ai renversé la feuille d'un geste rageur.
Je l'ai tournée à droite.
Et là, par magie, apparut la musique.
J'avais sous les yeux la partition, disposée à l'italienne.
Et je vis le clavier.
En double.
Je voyais tracées sous mes yeux deux séries de cinq lignes représentant, stylisés, les dix doigts de la main.
Je voyais aussi, les tâches blanches et noires que forment les notes de musique, indiquant quel doigt devait jouer quelle note.
Il suffisait de lire de haut en bas.
Les barres de liaisons montrent ainsi la disposition requise pour que la main joue.
La dynamique de la musique apparaît.
La portée des lignes couvre, en ajoutant les deux lignes de part et d'autre qui mènent aux Do grave et aigu, les quatre octaves du clavier pour lequel cette notation a été inventée.
Par un droitier, bien entendu.
J'ai dû imprimer la version inversée de la partition pour que le gaucher que je suis, tournant la feuille à droite, lui aussi, puisse lire la partition, de bas en haut cependant.
Forcément, la partition est un miroir du clavier. Regardant l'un, on voit l'autre renversé.
Avantage supplémentaire. Le champ de vue nécessaire pour la lecture se rétrécit.
Il se concentre.
Ce sont les mains qui avancent sur le clavier.
Une sorte de bande magnétique avant l'heure.
Lire permet de programmer totalement l'automate qui joue au clavier.
La partition ainsi disposée, il est beaucoup plus facile d'imaginer simultanément les notes lues et les notes jouées puiqu'il devient possible de confondre les deux représentations mentales sans craindre de se tromper.
Et c'est là où la notation devient efficace.
La bijection est réelle.
L'amure indique la correspondance exacte entre les lignes et le clavier.
Elle fixe les repères.
Le jeu devient alors absolu.
La lecture libère le joueur du stress de la mémoire.
Retenir la musique fait partie de l'apprentissage.
Il n'en demeure pas moins, quelle que soit la maîtrise d'une oeuvre, qu'il peut arriver un moment où la mémoire flanche.
Il faut être capable de lire la partition en jouant.
C'est la seule façon qui garantisse l'automatisation du jeu.
Confondre totalement les deux actions.
Nous lisons bien plus vite que nos mains bougent.
Si le regard accomplit un geste qui, kinestésiquement, anticipe celui que les mains vont effectuer quelques centièmes de seconde plus tard, cela devrait permet d'accélérer le temps de réponse.
Cela réduit l'anticipation.
Les mains ont vu ce qu'il fallait jouer.
De façon inconsciente.
Le conscient ne fonctionne pas à ces vitesses-là.
L'inconscient si.
Plume(O.) a ainsi réalisé des expériences (publiées) où l'on mesurait la vitesse de réaction. Le sujet devait appuyer le plus rapidement sur un bouton, si l'image et le son correspondaient au même objet.
Si l'image était projetée quelques centièmes de secondes avant la vraie exposition, les temps de réponse sont diminués.
L'inconscient prépare le corps à une détente qu'il confirme si le stimulus est répété.
Il n'y a pas de raisons qu'il n'en soit pas ainsi pour le piano.
Lire en avance sur la musique devrait fluidifier significativement le jeu.
Il ne me reste plus maintenant qu'à inhiber les apprentissages de lecture verticale qui sont enseignées, à mon avis à tort, contre une lecture horizontale, plus naturelle et conforme au jeu.
Entendre encore la note précédente. Vivre la note présente. Les yeux et les doigts attirés par la suivante. Il suffit de lire. C'est écrit.
Vous pourrez le constater vous-même. Prenez une partition et lisez-là.
A l'italienne.

Long vie à not' bon roi


Vous sous-estimez l'adversaire, et le voilà qui a, somme toute, réussi une jolie carrière.
Premier Ministre 3 fois sous deux présidents qu'il a achevés, il est président-roi depuis 10 ans et a modifié la règle en cours de jeu pour avoir le droit d'y aller une troisième fois.

Il fera tout pour un troisième mandat.
Il a déjà réussi à se faire réélire ce qui était impensable et tient le cap en dépit des claques qu'il reçoit depuis 10 ans.

Pour quelqu'un qui est réputé avoir atteint son seuil d'incompétence, ce n'est pas mal.

J'ai donc décidé d'être gai ce soir. Pour fêter la bonne nouvelle !
Not' bon roi Jacques a en effet désigné il y a quelques mois un nouveau Grand Chambellan : c'est le Marquis de Galouzeau.
Comme le veut l'usage, il a aussi fait pendre son prédécesseur, Mazarin, en place de Grève ce matin.
Le peuple poursuit sa liesse et accourt pour se rendre à la messe d'adoubement qui sera célébrée à la cathédrale de Reims Saint-Denis demain.
Monsieur Charpentier y donnera son Te Deum.
Une veillée aux flambeaux sera organisée.
Nous sommes aussi dispensés de Corvée depuis le mois de juin.
Vive le roi ! Champagne pour tout le monde !

Voilà qui répond prestement à ces insolents européens qui avaient osé penser que nous souhaiterions déposer not' bon roi et instaurer la république.
Il n'en est pas question.
La votation à laquelle nous avons été conviés a confirmé la monarchie et le rejet des traités continentaux.
Non aux sarrasins ! Non aux cosaques ! Sus à l'infidèle.

Le Marquis, dans sa grande sagesse, a attiré à ses côtés le félon Ganelon et, pour le distraire, lui a confié la charge des affaires du royaume ainsi que la maréchaussée. Mieux vaut avoir le fourbe près de soi que complotant dans son dos ! La charge devrait achever de faire détester Ganelon des gueux. Celui-ci a en effet, un souci maladif de faire oublier sa petite taille et ses origines cosaques. Il affiche à l'intention des gueux la plus ferme des dispositions. Au programme, le rétablissement des châtiments corporels, le pilori, et la punition collective.
Que nul ne s'avise de critiquer not' bon roi. Le Marquis et sa cour sont là pour faire rempart de leur corps.

Le Marquis n'avait-t-il pas déjà, en son temps, conseillé à not' bon roi de dissoudre son assemblée afin d'être en mesure de se faire réélire et de battre définitivement son rival, le savant Cosinus ? Comment ? En le mettant au pouvoir !
Le roi François avait expérimenté cette méthode avec not' bon roi Jacques, alors Grand Chambellan.

Cosinus, le premier a être surpris par sa victoire inespérée, crut pendant cinq années que le peuple célèbrerait son ardeur à la tâche, sa sagesse et sa modération.
C'était sans compter sans l'expérience de not' bon roi, habitué de ces cohabitations et rendu expert dans l'art de nuire à son adversaire, cloué dans ses fonctions et ses attributs.
Comme prévu et conseillé par le Marquis, la méthode du roi François fut éprouvée et le savant Cosinus balayé à la votation suivante.
Il avait cependant eu le temps de faire voter une nouvelle loi, réduisant le mandat du roi mais autorisant ce dernier à se représenter. Il était esssentiel que ce fût l'adversaire qui proposât et votât cette loi.
Clouer la pièce maîtresse de l'adversaire est une tactique élémentaire au jeu d'échecs !

L'opposition, son champion balayé par la peur, appela le peuple au plébiscite dans un élan de patriotisme inédit.
Not' bon roi fut donc plébiscité.
Jamais roi nègre ne fut aussi bien élu !

Le bruit avait couru, un moment, que not' bon roi n'avait plus toute sa tête et avait commis l'erreur fatale en dissolvant une assemblée qui lui était toute dévouée.
C'était faire fi des talents florentins de notre monarque et du marquis. Après cinq années d'incurie et de débauche, il eût pu craindre que le peuple se rebellât et ne le reconduisît pas dans ses fonctions pour cinq autres glorieuses années.
Or cela était impensable. Le Marquis et not' bon roi préférèrent que le savant Cosinus payât de sa personne la jacquerie fomentée de toutes pièces. Les gazettes furent inondées de nouvelles relatant l'invasion de jeunes hordes agitées, blessant et pillant les bourgeois et les vieux. Immanquablement, cela déplut aux gueux.
Il leur déplut surtout que le savant ne fût pas magicien et ils lui préférèrent un roi débonnaire. Not' bon roi.

Et voici enfin le Marquis, chargé de sa dernière quête : conduire not' bon roi vers cinq années supplémentaires de règne éclairé.
La dernière votation a provoqué la débandande des troupes adverses, occupées à s'entre-tuer sur le dos de l'Europe qui n'en demandait pas tant.
Diviser l'opposition. C'est fait.
Il ne reste plus qu'à régler son compte à Ganelon. En deux ans de cohabitation, le Marquis et not' bon roi en devraient en venir à bout.
Le projet avance bien d'ailleurs.
Dieu, que le royaume est beau.
Et vive not' bon roi Jacques. Long soit son règne !

Que la guerre est belle


Quand vous avez grandi dans un pays en guerre, le niveau de tension et d'adrénaline quotidiens auxquels votre métabolisme s'est accoutumé est un tantinet plus élevé que celui que peut connaître un parisien en 2005.
Quoique, regardant la télé ces derniers jours, j'ai eu l'impression de me retrouver à Beyrouth aux meilleurs jours de la guerre.
Mais c'est à la télé, je ne la vis pas personnellement.
Il ne faut donc pas s'étonner qu'un sujet, extrait d'un milieu guerrier (qu'il soit actif ou passif de cette situation change la chose en empirant le diagnostic), ait un métabolisme adapté à sa survie dans son milieu.
Plongez donc notre "guerrier" dans un monde civilisé et policé et vous le mettrez immanquablement dans un déséquilibre hormonal et métabolique profond qui nécessitera des mois voire des années pour être corrigé.
Je n'exclus pas qu'un adulte ayant fait ses apprentissages principaux d'enfant en milieu guerrier soit incapable, par la suite, de construire un autre équilibre. C'est gravé en dur dans le système. Ou alors, il faudrait une thérapie personnelle. De choc ?

On trouve désormais normal que les personnes ayant vécu un attentat recoivent un soutien psychologique. La guerre c'est un attentat à votre vie qui se prolonge pendant des années.
L'inquiétude que vous vivez pour vous et vos proches devient tellement prégnante qu'elle disparaît.
Quand, par chance, vous y avez survécu, vous êtes pétri de ces événements.
Je suis ainsi tel le guerrier que, plus de 20 ans plus tard, la blessure éveille encore.

Plongé dans un milieu qui ne partage aucun des repères de survie essentiels qui ont été si péniblement construits et qui fait l'hypothèse que vous avez intégré d'emblée tous ses codes.
Le temps n'existe pas en temps de guerre.
Tout est suspendu dans une dimension nébuleuse que rythme le quotidien immédiat : aller à l'école, revenir, faire ses devoirs à la bougie, aller chercher de l'eau, porter la bonbonne de gaz jusqu'au 6ième étage, courir avec son assiette dans le couloir pour se protéger des obus qui tombent dans le quartier (parce qu'on a eu marre, à la longue, de finir les repas froids), descendre les escaliers quatre à quatre pour aller se réfugier dans les caves qui font office d'abris d'infortune...
Le long terme, en temps de guerre, est une utopie farfelue.
Une fugue permanente.
Plongé dans ce milieu, il n'est pas possible de construire une quelconque stratégie personnelle basée sur le temps.
Première étape, en sortir.
Deuxième étape, réaliser que l'on va devoir continuer à apprendre à s'adapter.
Vous comprendrez que l'importance relative de la bonne case cochée dans un formulaire sous l'oeil narquois et vitreux d'un fonctionnaire ou le feu rouge auquel il faut s'arrêter à 4 heures du matin dans un carrefour vide puissent paraître surréalistes devant la soif d'apprentissage.
Un adulte, éveillé, est capable de se raisonner et de s'adapter à un nouveau milieu.
Pour un enfant, je suis plus circonspect. Associer, dès l'enfance, apprentisssage et violences aboutit à modifier profondément les centres de plaisir. C'est constitutif de l'équilibre personnel.
On peut rêver que plongés dans un autre univers, ils soient aisément capables, adultes, de modifier aussi radicalement leurs centres de plaisir.
Combien d'enfants grandissent aujourd'hui sous les bombes (ou/et dans un milieu de violences intellectuelle et matérielle comparables à la guerre) ?
Ceci est bien entendu le fruit de mon imagination. Toute ressemblance avec des situations ou des personnages réels serait le pur fruit du hasard...
Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi je parle de tout cela.
Ah, oui. Je voulais parler de l'apprentissage du piano.
Oui, je sais, ça n'a rien à voir.
Je pensais à mes difficultés à compter le temps en jouant et tenter d'apprendre, à l'oreille, à calculer les bonnes vibrations.
J'ai effectivement du mal, pour je ne sais quelle raison, à compter le temps et me fais régulièrement violence.
La relation qui me lie à Bach n'est pas tout à fait due au hasard.
Il y a tant d'autres choses plus merveilleuses à faire de son temps.
De la musique par exemple.
L'apprentissage de la musique devrait être du devoir de l'école.
Brrr ! Le fond de l'air est frais ce matin.

da capo

Ca y est.
Je viens d'inscrire au bas de la neuvième et dernière page de la partition du ricercar à 3 : 31/10/05, première.
Cette date fait pendant à la date marquée à la première page : 26/6/05, begin.
Vous savez, c'est ma manie de tout compter.
C'est ainsi que j'indique sur mes partitions le temps qu'il me faut pour en venir à bout. Une première fois.
Il m'arrive aussi d'indiquer des temps intermédiaires. Ainsi, page 6 : 25/8/05.
Plus de deux mois pour franchir le pont et commencer à entrevoir l'autre rive.
Non pas que j'aie fini cette fugue. J'ai simplement atteint des trois voix, mains ensembles, la double barre qui indique la fin.
J'ai à peu près indiqué les doigtés et, surtout, ai bien noté l'enchevêtrement final des voix à l'avant-dernière exposition du thème où l'alto chante, à la dominante, accompagnée pour son départ par les deux autres qui s'en approchent d'une tierce et qui, en quelques mesures, le temps de finir le thème, élargissent le son à deux puis trois puis quatre octaves.
La basse pressée et envieuse de l'alto qui chante, allant même, le temps de 4 mesures, s'intercaler entre elle et la soprane.
La dernière note du thème, un Sol, résonne à l'unisson avec le Sol grave et le Sol aigu qui marquent l'amplitude du chant global (mes. 161).
Un vrai bouquet final !
Mais, surtout, je suis allé du bout des doigts au terme de ces 185 mesures, ahannant péniblement la dernière page pour, enfin, entamer la résolution finale et plaquer, rêveur, les derniers accords qui closent le ricercar, en Do Majeur.
Y a qu'à maintenant.
Il ne me reste plus, en effet, qu'à apprendre ces trois derniers chants et, surtout, maîtriser les 8 à 9 minutes que requiert l'exécution de cette fugue.
Il peut sembler, vu de l'extérieur, que le temps d'apprentissage, pas loin de six mois en l'occurrence, est un tantinet longuet.
6 mois de travail pour 8 à 9 minutes de jeu. Vous conviendrez que le rendement de la machine n'est pas particulièrement élevé.
Jouer les inventions en alternance, lentement, en laissant chacune des voix prendre le dessus. Ou, en fonction de mon humeur, dévaler tout schuss, faisant crisser les doigts à tous les tournants.
Bach apprend tout le temps.
Répéter à l'infini ces morceaux est en permanence une source de progrès. Tant en technique qu'en musicalité.
J'ai voulu jouer le ricercar à 3, sirène éponyme.
Le niveau technique qu'il exige est au delà de mes capacités actuelles.
Je l'entends parfaitement dans les passages techniquement difficiles où je perds le toucher.
C'est, néanmoins, une fugue que je voudrai revisiter toute ma vie durant.
Cela fait plus de 20 ans que je l'écoute !
Ces six mois ne sont donc qu'une préfiguration des exercices techniques qu'il va me falloir développer pour en maîtriser les passages délicats.
Entendre les 10 thèmes.
Il serait possible de compenser la technique en mettant la pédale. A faire, pour le plaisir. La fugue s'y prête magnifiquement.
Ma professeur va sans doute se plaindre que je n'aie pas suffisamment travaillé les morceaux en forme de poire.
Je sais cependant désormais disposer d'un mètre-étalon de ma technique pianistique.
Impitoyable.
C'est à ce prix que je sortirai du labyrinthe.

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