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Mohamed El jerroudi

Celuis qui reste accroché aux racines de l'arbre, et qui refuse de monter juqu'à la cime, ne regardera jamais ce qui se passe derrière la montagne.....

LANGUE Berbère.

Etrangeté. L’amazigh est essentiellement oral et quotidien. De cette langue séculaire, il restait un alphabet : quelques traces écrites sur des épitaphes… Mohamed Ouagrar a souvent été face à l’absence de mots. Il a été les collecter chez les anciens. « Auprès de ceux qui n’ont qu’une seule langue, un berbère très pur, et qui ne connaissent pas un mot d’arabe » , dit-il . Une démarche qu’avaient suivie Chadia Derkaoui, linguiste, et Zohra Makach, professeure de théâtre à l’université d’Agadir, quand ­elles avaient traduit les Justes en 2004. « La justice, la révolution, sont des concepts que nous avons eu du mal à faire passer en amazigh. Nous étions confrontées à l’étrangeté de notre langue maternelle que nous n’avons jamais apprise… »

La parution prochaine d’ En attendant Godot témoigne du renouveau de la culture amazigh. La langue avait résisté au phénicien, au latin… mais le XXe siècle a bien failli avoir ses mots. « Le cloisonnement géographique des Berbères l’a longtemps sauvée, explique Chadia Derkaoui . Mais avec l’alphabétisation et le développement des moyens de communication, elle est devenue très fragile. Après le protectorat français, le royaume avait une obsession : l’unité. Pas question de permettre l’apprentissage des langues maternelles. » Hassan II étouffe la langue et la culture berbère .

Mais en 2001, Mohamed VI - qui assume une berbérité venue de sa mère - déclare que la langue amazigh est un élément fondamental de l’identité nationale marocaine. L’Institut royal pour la culture amazigh (Ircam) codifie alors la langue à reconstruire. L’amazigh est désormais enseigné dans plusieurs écoles et en septembre dernier, l’université d’Agadir a ouvert un master en langue et culture amazigh. Sur une feuille blanche, Mohamed Ouagrar trace des symboles. Des bâtons, des fourches et des croix. Après 2001, il a bien fallu coucher cette langue sur le papier… et choisir un alphabet. Lettres arabes, solution supportée par les panarabistes et les islamistes, ou latines, option préconisée par les ­chercheurs berbères qui ont souvent fait leurs études en France ? « Pour sortir de l’impasse, l’Ircam a choisi l’alphabet d’origine de la langue amazigh, l’alphabet tifinagh, proche du phénicien », rap­porte Chadia Derkaoui.

« Agenda ». A l’origine, l’ama­zigh pouvait s’écrire de droite à gauche, de bas en haut… L’Ircam a tranché : il se lira de gauche à droite. Depuis, l’amazigh reprend vie peu à peu. Les Fleurs du mal, le Petit prince ou Roberto Zucco de Koltès ont été traduits. Et l’attente de Godot, donc, dans une langue où pourtant, le mot « agenda » n’existe pas. « Dans une langue orale, que faire d’un objet où écrire des rendez-vous ? ».

.Mohamed El jerroudi

"Les empires durent environ 120 ans"

Ibn Khaldoun (1331-1406), historien maghrébin, a été l'un des premiers théoriciens de l'histoire des civilisations. Arnold Toynbee dit de lui qu'il a "conçu et formulé une philosophie de l'Histoire qui est sans doute le plus grand travail qui ait jamais été créé par aucun esprit dans aucun temps et dans aucun pays."

Vérifier les faits

investiguer les causes"

Dans la Muqadimma, introduction en trois volumes de son Kitab al-'Ibar (Histoire des Arabes, des Persans et des Berbères), Ibn Khaldoun écrit: "J'ai suivi un plan original pour écrire l'Histoire et choisi une voie qui surprendra le lecteur, une marche et un système tout à fait à moi en traitant de ce qui est relatif aux civilisations et à l'établissement des villes". Il est conscient que sa démarche novatrice qui rompt avec l'interprétation religieuse de l'histoire: "Les discours dans lesquels nous allons traiter de cette matière formeront une science nouvelle . C'est une science sui generis car elle a d'abord un objet spécial: la civilisation et la société humaine, puis elle traite de plusieurs questions qui servent à expliquer successivement les faits qui se rattachent à l'essence même de la société. Tel est le caractère de toutes les sciences, tant celles qui s'appuient sur l'autorité que celles qui sont fondées sur la raison." Tout au long de son oeuvre, il souligne la discipline à laquelle doivent s'astreindre ceux qui exercent le métier d'historien: l'examen et la vérification des faits, l'investigation attentive des causes qui les ont produits, la connaissance profonde de la manière dont les événements se sont passés et dont ils ont pris naissance."

"Les empires

durent environ 120 ans"

Ibn Khaldoun n'a le loisir d'étudier que le monde arabo-musulman (l'Andalousie, le Maghreb, le Machreq). C'est donc dans ce cadre limité qu'il élabore sa théorie cyclique des civilisations rurales ou bédouines ('umran badawi) et urbaines ('umran hadari). Pour lui, les civilisations sont portées par des tribus qui fondent dynasties et empires." Les empires ainsi que les hommes ont leur vie propre , Ils grandissent, ils arrivent à l'âge de maturité, puis ils commencent à décliner ...En général, la durée de vie des empires , ne dépasse pas trois générations (120 ans environ)."

Ibn Khaldoun, conseiller auprès de deux sultans maghrébins, grand juge (cadi) au Caire, put observer de l'intérieur l'émergence du pouvoir politique et sa confrontation à la durée historique. Ibn Khaldoun est considéré comme l'un des fondateurs de la sociologie politique.

.Mohamed El jerroudi

Mensonge.

Pour être un "bon menteur", il faut jouir de trois facultés :Une bonne mémoire pour se souvenir des mensonges que l'on fait ; De l'imagination ;

Des dons de comédien . Mais alors que l'adulte menteur se sert généralement de ces trois facultés par fourberie, pour abuser autrui - et ne développe que des récits vraisemblables, ayant l'air ou les accents de la vérité -, l'enfant les utilise ordinairement plutôt dans le but de s'arracher au monde donné, afin d'en créer un autre, plus conforme à son désir, et qu'il ne songe même pas à faire passer pour réel. Il éprouve alors ce que Nicolas Grimaldi appelle admirablement "la griserie d'entrer en dissidence par rapport au réel" . Faut-il le lui reprocher ?

Oui, disait Platon, qui haïssait en tout le "pseudos" - terme qui, chez lui, désignait le mensonge, la fausseté, l'erreur, mais aussi la fiction poétique -, et aurait voulu chasser les poètes de sa cité idéale. Non, répondait La Fontaine : "Qui mentirait comme Esope et comme Homère, un vrai menteur ne serait : le doux charme de maint songe par leur bel art inventé, sous les habits du mensonge nous offre la vérité" .

Le mot mensonge viendrait du latin "mens", qui veut dire esprit, et de "songe", rêve. Le mensonge comme songe de l'esprit... Mais ne s'agit-il pas là d'une étymologie... mensongère et fausse ? Qu'importe au fond, et ce pour deux raisons. La première est que ce jeu de mots donne au fabuliste l'occasion de rimes riches et d'une fable admirable. La seconde est qu'il nous est murmuré ici que l'enfant et l'adulte, qui ne gaspillerait pas tout de la grâce à laquelle il était promis, ont besoin de rêveries : que vivent le père Noël et la petite souris! Nous admirons l'héroïsme d'un homme qui comme Socrate tente de se tenir debout en refusant toute forme d'illusion. Mais nous pensons, aussi, que la pratique de la vie ne va pas sans une certaine "théâtralisation" de notre destin,, et qu'il faut parfois "jouer" pour trouver en soi le personnage capable d'assumer la complexité du réel...

Ainsi, il nous semble qu'aux rationalismes purs, mais durs, d'un Kant ou d'un Platon - qui après avoir emprunté des chemins différents arrivent à la même conclusion : une condamnation sans appel du mensonge -, pourrait s'opposer une éthique plus prudente. Qu'il y ait dans tout mensonge laideur et mesquine contradiction est vrai, mais que tout mensonge soit immoral ne l'est pas. Que mentir à autrui, ce soit le mépriser, nous semble peu contestable, mais qu'il y ait quelque chose comme un droit de garder pour soi, de dissimuler, de résister à la demande de vérité, d'aveu ou de transparence publique, quelque chose comme un droit au for intérieur, au silence, au secret, et même à la fiction, nous paraît tout aussi incontestable... Toutefois il nous faudrait trouver un moyen qui fasse que le mensonge, c'est-à-dire l'exception, demeure exceptionnel...

Lorsque l'on ne sait plus que faire, agissons comme la "Madeleine à la veilleuse" de Georges de La Tour : la fragile lumière d'une chandelle peut révéler ce qui se cachait dans l'obscurité. La philosophie est cette lumière fragile, elle se trouve dans l'oeil de tout homme de bonne volonté, car dans nos yeux, où tristesse, remords, incertitude et mensonge ont leur gîte, luit aussi la lumière de la conscience.

Mohamed El jerroudi

Rachid Benzine

Géant débonnaire, Rachid Benzine cache bien son jeu. La simplicité de sa mise et son sourire désarmant lui donnent l'air d'un jeune prof de gym, un de ces enseignants de collège de banlieue - ce qu'il a d'ailleurs été - qui luttent pour des idéaux d'éducation. Grave méprise. Il faut l'entendre parler pour comprendre. La limpidité de sa pensée frappe, la rigueur de son raisonnement subjugue, on a envie de dévorer son dernier livre, Les Nouveaux Penseurs de l'islam, paru en février dernier chez Albin Michel.

Rachid Benzine est un islamologue d'une érudition confondante. Ce natif du Maroc, arrivé en France à l'âge de 7 ans, en a aujourd'hui 33. Mais ce n'est pas hier qu'il a découvert la théologie. Dans ce domaine, il ferait plutôt figure de jeune prodige. « J'avais 16 ans et j'étais en vacances. Je suis tombé sur Le Cas Eugen Drewermann, un livre passionnant sur ce prêtre catholique allemand devenu psychothérapeute. Je me suis demandé pourquoi il y avait tant de tapage autour de lui. Il parlait de la naissance virginale de Jésus et montrait comment cette idée avait traversé non seulement l'islam mais aussi toutes les religions. »

Cette lecture ouvre à Benzine de nouveaux horizons. Certes, son milieu familial le prédestinait à la spiritualité. Un père érudit, très pieux, une mère douce et attentive. « On n'a jamais eu l'occasion de parler religion avec mon père. Mais sa pratique m'impressionnait, notamment quand il priait, à 4 h 30 du matin, avant de partir au travail... »

Le jeune Rachid s'oriente d'abord vers l'économie. Un livre de Samir Amin sur le développement inégal entre pays du Nord et du Sud, la rencontre avec un professeur ancien coopérant, et voilà sa vocation toute trouvée - du moins le croit-il. Il s'interroge sur son identité profonde. « Je sentais que j'appartenais à la marocanité, à la maghrébinité, à l'arabité enfin, explique-t-il, soucieux de démontrer la progression de l'idée en lui. Puis l'islamité s'est imposée. »

Séduit par les exégètes chrétiens, il cherche à savoir s'il existe des équivalents dans le monde musulman, découvre les travaux de l'Égyptien Nasr Hamid Abou Zaïd et du Sud-Africain Farid Esack. Très impliqué dans le milieu associatif, notamment dans le dialogue islamo-chrétien, il se lie d'amitié avec un prêtre, Jean-Michel Degorce, puis avec le père Christian Delorme, avec qui il écrit un premier livre, publié chez Albin Michel dans la collection « Espaces libres » : Nous avons tant de choses à nous dire, pour un vrai dialogue entre chrétiens et musulmans. Il y rédige un chapitre très intéressant sur la façon dont lui, musulman, lit les Évangiles et découvre Jésus. Il n'a que 26 ans, mais retient déjà toute l'attention de son éditeur. Il convainc même ce dernier de publier, à l'instar des études bibliques, les exégèses musulmanes du Coran. Rachid Benzine devient directeur de la collection « Islam des lumières » aux éditions Albin Michel.

Musulman scrutateur de l'islam, sa critique, si elle est radicale, n'exclut pas le respect de la croyance.

Ses ambitions ne se limitent pas à l'édition. Il rêve de créer une fondation dotée d'une importante bibliothèque, qui serait à la fois lieu de recherche et de production intellectuelle, animée par des islamologues du monde entier.

« J'ai envie de vulgariser le savoir universitaire et de le rendre accessible à tous, y compris aux acteurs politiques qui souhaitent réfléchir à la place de l'islam dans la société contemporaine. » Dans la foulée, il aimerait créer une université populaire s'adressant à des auditeurs plus jeunes. « Les meilleurs spécialistes de la pensée musulmane viendraient enseigner, puis leurs cours seraient disponibles sur Internet. »

La devise de Benzine ? L'élitisme pour tous. Et si, devant les journalistes de J.A.I., il parle en spécialiste, il sait adapter son langage au grand public, celui qu'il a rencontré au début de sa carrière à Trappes, dans la banlieue parisienne, où il enseignait au lycée professionnel Gagarine, au sein de l'association Les penseurs dans la cité. « Le savoir ne doit pas rester dans le milieu fermé de l'université, sinon il est inutile. » Rachid Benzine a su joindre l'acte à la parole.

Mohamed El jerroudi

Coexistence.

La coexistence est l’une des formes de la coopération qui doit se fonder sur les principes de la confiance et du respect mutuels. L’intérêt de cette coexistence est de réussir à atteindre les objectifs communs aux parties désireuses de coexister. Comment faire pour la concrétiser ? Quels canaux ? Quels objectifs ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il importe de préciser que la coexistence ne veut pas dire, dans notre conception, la banalisation des prises de position, l’amalgame des convictions, ou l’aliénation des religions à un modèle unique, fût-il à vocation humaine. Et pour cause, les vrais croyants ne peuvent s’accommoder de ces confusions qui tendent à escamoter les spécificités, les valeurs et l’identité de chaque religion, même s’ils encourent le risque d’être taxés d’extrémisme ou la chance d’être qualifiés d’esprits libres. Loin de revêtir son sens pelin, la notion de tolérance serait, dans le cas de concessions, synonyme de perfidie et de pervertissement.

En revanche, si l’acception de la tolérance garantit à chaque religion la possibilité de conserver ses principes et ses particularités, elle aura rencontré le vrai dessein qui conditionne toute action de coopération avec le non musulmans.

Pour arrêter les modalités de mise en oeuvre de l’idéal de coexistence avec les adeptes d’autres religions, les musulmans doivent s’appuyer sur les principes de confiance et de respect mutuels et partir de la volonté d’oeuvrer pour le bien de toute l’humanité, notamment dans les secteurs d’intérêt commun. En revanche, la tolérance ne doit pas concerner les autres volets qui ne seront d’aucun profit pour l’homme.

A notre avis, le modèle de coexistence proposé par Cheikh Mohammed Al Ghazali, qu’Allah l’ait en sa sainte miséricorde, est exemplaire car très représentatif de l’image de coexistence qui doit lier le musulman au non-musulman. Trois principes ont ainsi été avancés par l’Imam, pour illustrer les valeurs de la coexistence et du dialogue :

1- Se mettre d’accord pour exclure tout vocable attentatoire à la grandeur d’Allah, les parties concernées convenant de l’omniscience d’Allah, de son omnipotence, de sa miséricorde incommensurable et de sa pureté, etc.

2- S’accorder sur le fait qu’Allah élit ses prophètes parmi les hommes communs pour leur honnêteté et leur sagesse.

3- Trancher les questions litigieuses sur la base des principes de jugement communs et adopter ces principes comme plate-forme propre à toutes les religions(42).

En convenant de cette plate-forme, il est possible de concevoir une recherche scientifique plus approfondie qui engage des efforts communs, le but étant de consacrer les bases de la coexistence, ce qui reste, en premier et dernier lieux, la voie de coopération entre les croyants sur terre. Une telle démarche, qui se départ de l’influence religieuse, est très avantageuse pour la paix mondiale et la fraternité humaine, nobles idéaux de toute religion. Ce sont là les rêves bercés par la pensée philosophique depuis l’aube de la vie intellectuelle. Ce genre de quête élargit l’horizon des croyants, les incitant à s’attacher à la valeur la plus relevée de la religion. Il est, en outre, une des tâches que doivent remplir les spécialistes de l’histoire et des études comparées des religions(43).

Participer à cette oeuvre scientifique est d’un intérêt certain pour l’ensemble des Croyants. Celle-ci tend effectivement à consolider l’entente entre les croyants, à diffuser les valeurs humaines entre eux et à mettre en place les passerelles du rapprochement humain qui outrepasse le cadre du rapprochement intellectuel et culturel.

La coopération entre les religions en matière de préservation de l’environnement, de lutte contre les maladies graves, de lutte contre les formes de ségrégation, de dissipation de l’oppression excercée sur les peuples, les doctrines et les catégories brimées, c’est là un cadre assez large pour la coexistence entre les croyants.

Cette même coexistence doit envisager l’action commune, visant à lutter contre l’athéisme, la dépravation morale, la désagrégation de la cellule familiale, la délinquance infantile et les épidémies qui menacent la sécurité de l’individu et de la communauté et portent atteinte à la vie de l’homme.

Le cadre de la coexistence religieuse doit s’élargir davantage pour juguler les foyers de tension qui mettent en péril la paix, la sécurité et la stabilité dans différentes régions du globe comme la Palestine, la Bosnie-Herzégovine, la Province du Kossovo, le Cachemire, les Philippines et différentes régions d’Afrique et d’Asie. Cette action concertée sera profitable pour la communauté des hommes. En procédant de la sorte, la coexistence religieuse devient un moyen pour renforcer les efforts de la société visant à mettre en place la paix, le droit international, le respect des droits de l’homme et l’affirmation des libertés stipulées dans les conventions et les accords internationaux.

D’autre part, la coexistence entre les religions doit tendre à rendre justice aux opprimés de la terre, en contraignant les oppresseurs, qu’ils soient de l’Etat, de la société ou de simples individus, à se plier aux dispositions du droit international et prescriptions des religions révélées. C’est, ainsi, que la coexistence religieuse doit intégrer, dans ses préoccupations, la lutte contre la tyrannie et la spoliation de terres par l’usage de la violence, pour quelque raison que ce soit. Tout compromis avec les responsables de tels actes infâmes doit être exclu, même s’il s’agit de contourner les considérations politiques car il est dans l’essence de la coexistence religieuse un objectif primordial portant sur l’affirmation des valeurs de la justice et du respect de la dignité humaine. Ce sont là les communs dénominateurs à toutes les religions.

De plus, la coexistence religieuse doit tenir lieu de valeur auxiliaire servant à renforcer les efforts déployés par la communauté internationale dans le sens de la création d’un climat pour la coexistence civilisationnelle et culturelle entre les peuples et les nations. Ce sera ainsi le moteur qui devra promouvoir et enrichir ces efforts pour servir les fins de la paix juste, les parties engagées dans le processus de coexistence devant se défaire des contraintes et des entraves pouvant entrer en contradiction avec les valeurs de la coexistence.

Le mouvement judaïque et sioniste exerce des influences évidentes sur certaines catégories de chrétiens. Ainsi ont émergé des positions qui tendent à altérer certaines vérités de l’histoire. A titre d’exemple, la Grande Bretagne et les Etats-Unis d’Amérique ont vu naître des courants évangéliques, dont le plus important reste le mouvement dispensationaliste, qui soutient que la Sainte Bible, notamment les Chapitres d’Ezéchiel, de la Révalation et de Jean évoque certains signes avant-coureurs de la fin du Monde, comme le retour des Juifs en Palestine, l’avènement d’Israël, l’incendie nucléaire «d’Armageddon», la dévastation et la désolation, le décès de millions d’âmes humaines, l’avènement du Christ le Sauveur, la conversion des juifs au Christianisme et l’instauration de la paix dans le royaume millénaire du Christ. Ce courant compte plus de quarante millions d’adeptes, dont l’ancien président Ronald Reagan, et contrôle une large partie des médias américains, notamment des chaînes de télévision. Ses leaders s’associent aux éminents responsables à la Maison Blanche, au Pentagone et au Secrétariat d’Etat pour concevoir les orientations politiques et militaires destinées à gérer le conflit arabo-sioniste. Les adeptes de ce mouvement ont la conviction que les juifs sont le peuple élu et que ceux-ci ont le droit de posséder les territoires palestiniens. Ce mouvement est ainsi le socle du sionisme chrétien(44).

Bien que nombre d’églises chrétiennes catholiques et d’autres évangélistes (en plus des Eglises orientales orthodoxes), réfutent le bien-fondé de telles idées qu’elles jugent en rupture avec les dogmes du christianisme(45),la prépondérance de ce mouvement est grande aux Etats-Unis d’Amérique. Son influence sert les desseins d’expansion sous des formes diverses. Dans le dernier chapitre, nous avons vu que le Vatican avait pris des décisions historiques en faveur des juifs, qui ont l’inconvénient de mettre à mal quelques fondements traditionnels de la religion chrétienne, servant ainsi les intérêts de la politique sioniste.

Pour ces raisons, il est important d’être vigilants pour éviter que la coexistence religieuse ne subisse les effets pernicieux de l’action de ces mouvements qui servent des desseins politiques en rupture avec les principes du christianisme et les valeurs humaines nobles. Toute doctrine ou groupe chrétiens qui tombent sous la coupe de ces mouvements risquent de porter atteinte aux efforts de coexistence, en les vidant de leur raison d’être .

Si la coexistence religieuse, synonyme de la coexistence civilisationnelle et culturelle, n’aspirait pas à servir les nobles desseins de l’humanité, elle risque de se vider de son sens et de se réduire à des slogans creux. A cet égard, les musulmans sont tenus d’être attentifs aux objectifs qui sous-tendent les appels de certaines parties au dialogue et à la coexistence entre les religions et les autres systèmes de valeurs. Cette précaution nous épargnera d’être victimes du brouillage culturel et religieux, forme la plus pernicieuse aux effets plusieurs fois plus nuisibles que ceux de la tricherie en matière de commerce et d’industrie.

Conscients que nous sommes des menaces qui guettent l’humanité, nous avons la certitude que la coexistence entre les religions est une des nécessités impérieuses qui garantissent la survie du genre humain.

Dans le proche avenir, ce besoin se fera plus pressant, la raison étant les multiples signes avant-coureurs du vingt et unième siècle. De profondes crises politiques et économiques, mais aussi civilisationnelles et culturelles, éclateront certainement. Dans ce contexte, le rôle des religions révélées et des croyants s’accentue davantage, notamment pour la promotion de la coexistence entre les religions sur la bonne voie, répondant ainsi au commandement divin : «Dis : «O Gens du livre, venez à une formule moyenne entre vous et nous: de n’adorer que Dieu sans rien lui associer, de ne pas nous prendre les uns les autres pour maîtres en place de Dieu. S’ils se dérobent, eh bien ! dites : «témoignez que nous sommes de ceux qui se soumettent»(46).

Ce verset coranique met à notre disposition une règle générale définissant la position de l’islam à l’égard de la coexistence entre religions. Le mot d’ordre lancé par Allah par «Formule moyenne» à son Prophète Mohammed, que la Prière et le Salut soient sur lui, consiste en trois points : si le dialogue avec les Gens du livre doit se faire sur la question de la reconnaissance de l’unicité de la personne divine, les Croyants doivent se mettre d’accord sur trois principes essentiels :

1- N’adorer que le seul Allah

2- Ne rien lui associer

3- Ne pas élever des êtres humains au rang d’Allah.

Ce verset donne la règle d’or de la coexistence entre les religions car il appelle à la reconnaissance d’Allah, à la foi monothéiste et au rejet des formes d’oppression. Dans cet esprit, les Croyants sont tenus de ne craindre qu’Allah et de refuser de se soumettre à la tyrannie de despotes. Ces pratiques excessives sont périlleuses car elles peuvent porter préjudice à l’ordre du monde. Il est, donc, nécessaire de vouer la coexistence religieuse à Allah l’Unique, au service de la vie humaine digne, le tout en s’inspirant des valeurs de la foi, du bien et de la piété.

Mohamed El jerroudi

Source: ISESCO.

ADN

Cobay

La protestation contre l’usage de l’ADN dans les procédures de contrôle de l’immigration enfle de jour en jour. Point d’orgue de l’émergence de ce front républicain, le rendez-vous du dimanche 14 octobre au Zénith à l’appel de SOS racisme, Charlie hebdo et Libération. Transcendant les critères gauche-droite, gouvernement opposition, on trouve aux coudes à coudes, dans ce combat citoyen tous les tenants d’une république éthique. Catholiques, francs-maçons, humanistes de tous bords, se sont retrouvés dans la pétition initiée par Dominique Sopo, Philippe Val et Bernard-Henri Lévy et beaucoup d’autres. La protestation vigoureuse d’une partie des ministres et de l’UMP, est un signe qui ne trompe pas, c’est une rupture dans la tradition des « droits de l’homme » dont il est question, et qui soulève justement l’indignation de tous.

Cet appel, dont l’écho s’amplifie, réunit, parmi tant d’autres, Bernard Thibault et François Bayrou, Dominique de Villepin et Ségolène Royal, Raymond Aubrac et François Hollande. Leur point commun ? Un certain humanisme intransigeant qui récuse, au delà des arguties techniques, le principe même de contrôle génétique. La France a judicieusement encadré l’utilisation de la génétique à des fins de surveillance et d’enquêtes judiciaires. La science est dans son application , étroitement limitée par le droit, et c’est tant mieux. L’humanité ne se réduit pas à un état éphémère des connaissances scientifiques. C’est une faute cardinale que d’annuler ces précautions au détriment des étrangers. Qui n’y voit un traitement discriminatoire à l’égard de l’étranger. Une brèche serait ainsi ouverte, qui permettait, entorse après entorse, le fichage légal de la population. Aujourd’hui l’étranger, et demain ? Non ! Les principes éthiques ne sauraient se diviser.

Si le soupçon est injuste, s’il ne s’agit que de l’amendement de quelques députés haineux et agités, le gouvernement doit lever le doute et doit reculer au plus vite. Car ce choix par le gouvernement français ne peux que creuser un fossé profond entre la france et ses amis .

Mohamed El jerroudi

Le sociologue de la misère

Pierre Bourdieu

Quand on parle de "nouveaux mouvements sociaux", on se réfère à l’invention ou parfois la réinvention, de formes d’action qui sont à la fois spécifiques - elles sont centrées sur un secteur particulier : l’emploi, le logement, les sans-papiers...- et à fort contenu symbolique.

L’occupation de lieux publics en est l’exemple le plus évident. Dans cette invention, la connaissance du fonctionnement du monde médiatique a, sans doute, joué un rôle décisif. Il s’agit, comme le montre Patrick Champagne dans son livre, Faire l’opinion, de créer l’événement, de dramatiser un enjeu pour focaliser le regard médiatique et, par ricochet, politique. Mais il ne faudrait pas croire que ces mouvements soient de simples artefacts, créés de toutes pièces par une petite minorité en s’appuyant sur les médias. En fait, cet usage réaliste des médias s’est combiné à un travail militant de fond qui, mené de longue date aux marges des mouvements "traditionnels" (partis, syndicats), et parfois avec la collaboration et le soutien d’une fraction (elle-même marginale et minoritaire) de ces mouvements, a trouvé dans diverses conjonctures l’occasion de devenir plus visible, ce qui en a élargi, au moins ponctuellement, la base sociale. Le fait le plus étonnant, et le plus encourageant, c’est que ces mouvements nouveaux, en partie par la seule vertu de leur exemplarité, en partie parce qu’il y a eu des inventions simultanées par-delà les frontières, comme dans le cas des luttes pour le logement, ont immédiatement revêtu une forme internationale.

La visibilité publique, dont les médias ont la clé, est un élément essentiel, qui fait sans doute la spécificité des nouvelles formes de luttes, qui se nourrissent en effet de leurs succès publics et de la publicité qui leur est ainsi donnée, parfois à contre cœur, par les médias. Le nombre de manifestants importe désormais moins que l’écho médiatique et politique suscité par une manifestation, une action (quelle qu’elle soit, cela peut être un texte dans un journal). Mais l’un des problèmes de ces mouvements vient du fait que la visibilité médiatique est par définition partielle et souvent partiale, et surtout éphémère. Les porte-parole sont interviewés, on passe quelques reportages pathétiques, voire misérabilistes, sur la vie des chômeurs, mais les revendications des mouvements sont rarement prises au sérieux dans les débats publics, du fait, notamment, des limites de la compréhension et de la retransmission médiatique. Les formes de pensée dualistes qui dominent le champ journalistique portent à opposer, sommairement, les chômeurs, rejetés du côté de l’irrationnel et du pathos, et les experts économiques (qui ont en tête la réduction des déficits publics, le coût du travail, etc.), rangés du côté d’une Raison abstraite et rigoureuse... C’est pourquoi il est indispensable de mener, dans la durée, et indépendamment des conjonctures médiatiques, un travail militant et un effort d’élaboration théorique, et de communiquer les résultats de ce travail, en permanence, aux journalistes. Ce qui supposerait que puissent se constituer et s’organiser, au sein même du monde journalistique, des réseaux travaillant en collaboration étroite avec les nouveaux mouvements sociaux

Les gouvernements sont composés, en France comme dans la plupart des pays d’Europe, par des partis de gauche. Pourtant les inégalités continuent à se creuser, et un processus massif d’exclusion et de précarité se développe partout. Qu’elles en sont les conséquences sur le jeu et sur l’image de la démocratie républicaine et des institutions politiques ?

La politique de flexibilisation du marché du travail, qui est présentée comme une réponse des États et des "partenaires sociaux" au taux de chômage élevé en Europe (cf. les lignes directrices du sommet de Luxembourg et, plus récemment, le PARE), a pour conséquence une forte dégradation de la qualité des emplois offerts aux chômeurs, aux jeunes, etc. Les qualifications scolaires sont dévaluées. La réduction du chômage s’accompagne d’une précarisation de masse. Ce nouveau régime économique de flexploitation n’est donc pas non plus contradictoire avec la montée des inégalités de revenus et de patrimoine mais aussi avec l’accroissement des différences dans l’accès à la culture, à l’information, et, plus généralement, pour tout ce qui constitue des ressources réelles face à la violence du système économique et social "mondialisé". Or, vous avez raison, cette politique est aujourd’hui menée le plus souvent par des partis qui portent encore le nom de "sociaux-démocrates" ou "socialistes", même s’ils ont depuis longtemps abandonné tout idéal de justice sociale au profit de l’insertion dans le marché mondial. C’est pourquoi je continue à en appeler à l’émergence d’une "gauche de gauche", capable d’entrer résolument dans l’opposition face aux gouvernements, "pluriels" ou non.

L’occupation de lieux publics en est l’exemple le plus évident. Dans cette invention, la connaissance du fonctionnement du monde médiatique a, sans doute, joué un rôle décisif. Il s’agit, comme le montre Patrick Champagne dans son livre, Faire l’opinion, de créer l’événement, de dramatiser un enjeu pour focaliser le regard médiatique et, par ricochet, politique. Mais il ne faudrait pas croire que ces mouvements soient de simples artefacts, créés de toutes pièces par une petite minorité en s’appuyant sur les médias. En fait, cet usage réaliste des médias s’est combiné à un travail militant de fond qui, mené de longue date aux marges des mouvements "traditionnels" (partis, syndicats), et parfois avec la collaboration et le soutien d’une fraction (elle-même marginale et minoritaire) de ces mouvements, a trouvé dans diverses conjonctures l’occasion de devenir plus visible, ce qui en a élargi, au moins ponctuellement, la base sociale. Le fait le plus étonnant, et le plus encourageant, c’est que ces mouvements nouveaux, en partie par la seule vertu de leur exemplarité, en partie parce qu’il y a eu des inventions simultanées par-delà les frontières, comme dans le cas des luttes pour le logement, ont immédiatement revêtu une forme internationale.

La politique de flexibilisation du marché du travail, qui est présentée comme une réponse des États et des "partenaires sociaux" au taux de chômage élevé en Europe (cf. les lignes directrices du sommet de Luxembourg et, plus récemment, le PARE), a pour conséquence une forte dégradation de la qualité des emplois offerts aux chômeurs, aux jeunes, etc. Les qualifications scolaires sont dévaluées. La réduction du chômage s’accompagne d’une précarisation de masse. Ce nouveau régime économique de flexploitation n’est donc pas non plus contradictoire avec la montée des inégalités de revenus et de patrimoine mais aussi avec l’accroissement des différences dans l’accès à la culture, à l’information, et, plus généralement, pour tout ce qui constitue des ressources réelles face à la violence du système économique et social "mondialisé". Or, vous avez raison, cette politique est aujourd’hui menée le plus souvent par des partis qui portent encore le nom de "sociaux-démocrates" ou "socialistes", même s’ils ont depuis longtemps abandonné tout idéal de justice sociale au profit de l’insertion dans le marché mondial. C’est pourquoi je continue à en appeler à l’émergence d’une "gauche de gauche", capable d’entrer résolument dans l’opposition face aux gouvernements, "pluriels" ou non.

Les discours sur l"Europe sociale n’ont eu jusqu’ici qu’une traduction insignifiante dans les normes concrètes qui régissent la vie quotidienne des citoyens : travail, santé, logement, retraite, etc. Quel contraste, alors que les directives en matière de concurrence bouleversent chaque jour l’offre de biens et services et défont à grande vitesse les services publics nationaux, sans même parler de la politique menée par la Banque centrale européenne hors de tout débat démocratique ! La construction européenne est pour l’instant une destruction sociale. On peut élaborer une charte tout à fait "progressiste" et dans le même temps conjuguer austérité salariale, réduction des droits sociaux, répression des mouvements de contestation, etc. Le double discours et l’hypocrisie atteignent des proportions inouïes chez les socialistes français et leurs alliés : ils participent activement à la mise de la France aux normes inhumaines du capitalisme anglo-saxon et n’ont à la bouche que les mots "social", "solidarité", "citoyenneté"... Ils tentent de faire une sorte de "blairisme à visage humain", mais ils font à peu près la même politique de destruction sociale que celle qu’impulsent en Grande-Bretagne et en Allemagne Blair et Schröder. Les seules mesures "progressistes" qu’ils peuvent prendre, et dont ils se targuent pour mieux mystifier, leur sont arrachées par les mouvements sociaux et une base qui reste encore un peu à gauche, comme en Grande-Bretagne.

L’alternative à la mondialisation néo-libérale ne sera pas livrée "clés en main" par les théoriciens de je ne sais quel parti d’avant-garde. Les responsables politiques sont en panne d’initiatives, mais aussi, plus encore d’analyse, de projet, de volonté. Les mouvements sociaux restent éclatés, peu cohérents, voire concurrents. Les relations entre les "nouveaux mouvements sociaux" (comme les organisations de chômeurs) et les organisations syndicales sont difficiles, chaotiques parfois. Dans ce contexte, les initiatives de rassemblement, pour si volontaristes qu’elles puissent paraître à certains (à ceux surtout qu’elles dérangent dans leurs combinaisons d’appareil), contribuent à faire émerger l’enjeu de l’unité par delà les différences de traditions, de sensibilités, d’objectifs. Les chercheurs ont ici un rôle à jouer, celui de promoteurs de l’unité des forces sociales de résistance à la mondialisation. L’appel pour des états généraux s’inscrit dans cette logique, parmi bien d’autres initiatives. Il ne vise aucunement à représenter l’ensemble du mouvement social européen, moins encore à le monopoliser, selon les plus belles traditions du "centralisme démocratique", mais il veut contribuer pratiquement à le faire exister ! Et l’immense écho qu’il a suscité dans toute l’Europe prouve qu’il a bien été compris ainsi.

Pierre Bourdieu, maintenant disparu, fut l’un des sociologues les plus remarqués de sa génération. Auteur, entre autres, de La Misère du monde et de Contre-feux, il fonda le réseau Raisons d’agir après les grèves de 1995.

ps: Ce regard de Pierre Bourdieu sur la misère n'est qu'une simple réponse sur un sujet cruel à Patrice Spadoni en 1993.

Mohamed El jerroudi

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