Anton Tchekhov .
L'oeuvre d'Anton Tchekhov n'a pas pris une ride plus d'un siècle après la mort du célèbre écrivain russe, et c'est donc avec joie que les professionnels du théâtre russe remettent en scène les pièces de ce dramaturge visionnaire à l'occasion de son 150e anniversaire vendredi.
En décrivant dans ses ouvrages la quête du bonheur dans un pays traversé par de profonds changements, ce médecin s'est assuré de décennie en décennie la révérence de ses concitoyens, alors que la Russie continuait de chercher sa voie depuis la révolution bolchevique jusqu'au choc de la chute de l'URSS.
Et dans ce pays en perpétuelle ébullition, des professionnels du théâtre n'hésitent pas expliquer que la popularité de l'oeuvre de Tchekhov tient à ce que le lire rend heureux.
"Lorsque je me sens fatigué de la vie, je vais vers lui, comme on va chez le docteur. A la place d'une ordonnance, il me donne l'une de ses pièces. Et lors des répétitions, je me sens de nouveau bien", explique ainsi Rimas Touminas, du théâtre Vakhtangov de Moscou.
"Il te dit de respirer l'air pur, de prendre soin des autres, de respecter la nature. Tu regardes tes problèmes plus calmement et tu peux dire merci à la vie", poursuit ce directeur artistique dont la mise en scène audacieuse de l'"Oncle Vania" a suscité un concert de louanges.
Né en 1860, un an avant le décret du Tsar Alexandre II mettant fin au servage qui est à l'origine de la turbulente histoire moderne de la Russie, Tchekhov a peuplé son oeuvre de personnages désorientés par les changements.
Et bien que le dramaturge n'ait vécu ni la révolution bolchevique et la fin de l'empire tsariste, ni les traumatismes du système soviétique puis son remplacement par le capitalisme sauvage, ses personnages restent d'actualité.
Ainsi, dans sa dernière pièce, La Cerisaie écrite l'année de sa mort en 1904, le marchand Lopakhine, un ancien serf dont le comportement n'est pas sans rappeler les nouveaux Russes des années 1990, ces hommes d'affaires qui ont su profiter, jusqu'à l'excès, des bouleversements de leur époque.
Il achète ainsi à la famille Ranevski, propriétaires terriens ruinés, leur cerisaie, pour y construire des maisons. Résonnent alors ces mots: "J'ai acheté le domaine où mon père et mon grand-père étaient des esclaves, où ils n'étaient même pas autorisés à pénétrer dans la cuisine".
Et quel Russe, dépossédé sous l'URSS ou contraint de vendre ses biens pour survivre aux difficultés des années 1990, ne peut s'identifier à Lioubov Ranevskaïa, privée de sa terre, lorsqu'elle s'exclame : "Ma douce, tendre, belle cerisaie! Ma vie, ma jeunesse, mon bonheur! Adieu! Adieu!".
Pour le directeur du théâtre dramatique Maly de Saint-Pétersbourg, Lev Dodine, l'un des traits marquants de l'oeuvre de Tchekhov est justement ce caractère visionnaire.
"Si l'on lit intelligemment Tchekhov, nous pouvons comprendre un grand nombre de choses sur la société contemporaine", insiste-t-il.
Comme ses pièces et ses nouvelles se penchent sur des thèmes toujours d'actualité comme la pauvreté, le respect de l'autre ou l'environnement, les Russes ne seront qu'enrichis de redécouvrir Tchekhov.
Parmi les multiples festivités prévues en 2010 pour le 150e anniversaire de la naissance du dramaturge, le métro de Saint-Pétersbourg diffusera ainsi vendredi des citations de l'auteur dans cet univers souterrain agité : "Les hommes polis respectent l'individualité des autres et sont donc toujours indulgents, doux, gentils et accommodants".
28/01/10 :: Littérature :: aucun commentaire
