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New Patchwork N°2 de janvier 2007

New Patchwork souhaite une fructueuse année 2007 à ses lectrices et lecteurs, avec tous nos voeux de santé et de bonheur.

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Regard sur le nouveau théâtre

New Patchwork n°2 - rubrique Théâtre - janvier 2007

S'il est un écrivain qui paraît incontournable au sein du courant littéraire ainsi dénommé Nouveau Théâtre, c'est bien Samuel Beckett. En fait, d'ailleurs souvent annexé par le Nouveau Roman et par le Théâtre de l'Absurde, Samuel Beckett n'appartient à aucune école. Son écriture, sa vision s'inscrivent en marge des mouvements contemporains. Grand penseur solitaire, il a toujours été indifférent à tout phénomène de mode. Son oeuvre, libre de toute influence, obéit à une nécessité intérieure: il crée au sein d'un isolement volontaire, sans chercher ni à plaire ni à convaincre. Avec Georges Bataille, Maurice Blanchot, Julien Gracq et Georges Pérec, il forme une catégorie d'écrivains originaux et inclassables qui, dans la seconde moitié du XXème Siècle, ouvrent à la Littérature des voies inédites.

C'est par le théâtre que l'oeuvre de Samuel Beckett s'est révélée au grand public. Dès sa première pièce, En attendant Godot, Samuel Beckett renonce définitivement aux règles, souvent rénovées ou transgressées, du théâtre traditionnel. Chez lui, pas de distinction de genre, des personnages à la dérive, une action qui se résume à une attente interminable, des lieux dépourvus d'identité, un dialogue terre à terre: Beckett met en scène la condition humaine contemporaine. Ainsi crée-t-il au passage des effets comiques tout empreints de douleur. Le changement fondamental qu'il provoque dans l'univers du théâtre n'aura pas eu d'égal dans l'histoire littéraire. A la même époque, Eugène Ionesco et Jean Genet participent à l'élaboration de ce théâtre d'avant-garde qui sera baptisé Théâtre de l'Absurde.

Death in March

Le vrai roman, refus des romans?

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Serge-René Fuchet Ecrivain, rédacteur en chef de New Patchwork

La main gantée

New Patchwork n°2 - rubrique Nouvelle - janvier 2007

Treize février de l'an deux mille sept. Hanke laisse sa main gauche se mouvoir, pousse légèrement la manche de sa chemise blanche qui camoufle sa montre Tag Heuer. Il est quatorze heures cinq.

Un de ses bras étendu en avant, tâtonnant dans le vide, Orion, le géant aveugle, avance lentement. D'un geste de la main, il creuse et crée l'espace: aucune perspective ne s'offre à lui, aucun but n'est fixé à sa déambulation dans le couloir du manoir. Ignorant tout du lieu où il se rend, attiré par un lointain dont il ne voit rien, et dont il sait, pourtant, l'existence, le géant doit se contenter du présent qu'il atteint dans l'immédiat, à l'extrémité de son corps.

Un stylo à la main droite, Hanke chemine, ligne à ligne, sur la feuille blanche. Main écrivant, stylo-plume fermement inséré entre le pouce, l'index et le majeur; plume frottant la feuille de papier avec une impressionnante régularité. C'est de l'encre noire qui coule. Soudain Hanke sent son index lâcher le stylo. Une goutte de sang se répand sur le mot " main ". Le rouge écarlate du sang se mélange à l'encre noire. Hanke relève la main et regarde son pouce. Il y a du rouge et du noir sur sa peau. Il sort son mouchoir et essuie de sa main gauche. Il remet l'étoffe à sa place dans son pantalon de velours noir et regarde.

Hanke lève les yeux et regarde le grand tableau accroché au mur de son bureau: une vieille toile du peintre suisse Paul Klee, peu connue. Les couleurs rouge et noire dominent dans la répartition des figures géométriques qui a permis à la main d'occuper l'espace. Le rouge et le noir font penser à Stendhal. Il a relu La Chartreuse de Parme il y a un mois. Mais il n'a pas envie de rêver. Son index ne saigne plus. Il a arrêté d'écrire. Le récit n'a pas pris forme, même s'il avait quelque vague projet initial.

Hanke allume une cigarette et tend la main gauche pour attraper le journal de la veille. Il y a un gros titre en première page: " L'hiver le plus long ". Il tourne les pages de la main droite. Il a brusquement un geste d'énervement: il ne retrouve pas son article. La chronique gastronomique, les mots croisés, les faits divers... Ah si... voici en dernière page un petit titre avec son article encadré, mais pas de photographie: " Une quinquagénaire étranglée dans sa chambre à coucher ". Hanke parcourt l'article et ressasse les quelques phrases clés. Une femme célibataire d'une cinquantaine d'années, dont la mère tient à ce que l'anonymat soit préservé, a été mystérieusement étranglée dans sa chambre à coucher. La chambre n'avait pas de fenêtre et la porte était fermée à clé de l'intérieur. Parvenue sur les lieux, la police, avertie par la femme de ménage, n'a pu que constater la mort de cette dame, réputée quinquagénaire. L'inspecteur s'est refusé à tout commentaire et a tout simplement confirmé qu'il n'y avait aucun indice, si ce n'est que la thèse du suicide est d'ores et déjà écartée par le médecin légiste. L'inspecteur est persuadé que l'assassin avait la main gantée. La femme de ménage, interrogée au commissariat, est sortie vers midi; son alibi l'épargne de tout soupçon.

Hanke se cure les ongles en méditant. Il n'en est pas à son premier fait divers. Il relit encore l'article, parcourt les autres faits divers, et se voit déjà en train d'écrire son prochain abstract: " la main gantée a encore frappé ". Il est quatorze heures cinquante-cinq. La sonnerie du téléphone le sort de sa torpeur. Il décroche, plaquant l'écouteur sur son oreille gauche. C'est Jean, son collègue de journal.

" Hanke?! Tu vas recommencer! Un pépé a été étranglé dans sa chambre à coucher fermée à clé de l'intérieur!

- Hein? Quand celà?

- On ne sait pas exactement. C'est son petit-fils qui a vu le premier le cadavre étendu sur le lit. Il a fallu qu'il défonce la porte auparavant car personne ne répondait, ce qui n'était pas dans les habitudes de son grand-père, qui s'enfermait assez souvent à double tour à ces heures là mais répondait systématiquement quand on tembourinait à la porte.

- Ca alors! Je me demande comment il a pu entrer!

- Qui?

- Et bien, l'homme à la main gantée!

- L'homme à la main gantée? Comment peux-tu savoir qu'il portait des gants?

- Parce qu'une dame quinquagénaire a été assassinée avant-hier par un tueur à la main gantée! Je viens de le lire dans les faits divers du journal local d'hier et comme par hasard l'événement a eu lieu dans le même village de Belmont. Il n'y a aucun doute: nous avons à faire à un tueur en série qui s'en prend aux habitants de ce bled, Jean.

- C'est quand même un peu fort! Ah! Attends deux minutes! Il y a un fax qui vient d'arriver et on me signale que l'assassin aurait été arrêté par la police!

- Les nouvelles vont vite, décidément. Bon, je te retrouves au commissariat et on fait le papier après pour la première page!

- Pourquoi en première page?

- Bien voyons! Parce que je sais qui est l'assassin! "

Serge-René Fuchet

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