La Grande Rivière
samedi 8 juillet 2006 :: blackitude :: Alerter la modération

Par une journée ensoleillée, des êtres en quête de détente, d’envie de fraîcheur, d’envie de nature ou d’envie de verdure, se retrouvent le temps de partager une fin d’après midi. Cela s’apparente juste une tranche de vie ordinaire, une sortie en famille et entre amis. Ils se réunissent aux abords rafraîchissants d’un cours d’eau, situé à l’entrée du bourg de Grand Rivière. D’ailleurs, la commune tire son nom de sa rivière aux eaux péléennes dénommée : « la Grande-Rivière ».
La foule y est, la bonne humeur y règne et les rires s’élèvent, accompagnant la douce aubade de l’onde, qui caresse les pierres. Les lieux sont verdoyants et frais, garantissant à ses hôtes une douce relaxation et un vivifiant bien-être, qui leur permet d’oublier, un tant soit peu, leurs soucis et d’évacuer les stress accumulés.
La vie s’anime sur les rochers, ils sont blanchis par le soleil et par le linge mis « alablanni », reflétant un temps du passé, celle des lavandières qui officiaient ici la même, et leur reflet enjôleur plane encore au dessus de la rivière.
Les enfants s’égayent et s’ébattent dans les eaux cristallines, leurs yeux pétillent de malice et d’allégresse. Des éclaboussures, des éclats de voix, des éclats de rires, des éclats de vie se font entendre et les enfants jouent et s’ébrouent dans les eaux mélodieuses de la Grande Rivière.
Et la Grande Rivière est chargée d’histoire, bon nombre de croyances ont pris naissance à travers les dires des Anciens. Folklores et superstitions, rien qui puisse être vérifié, mais seulement raconté aux enfants quand vient le serein, ou quand la magie de la nuit se fait ouïr. Ces légendes sont ancrées dans nos mémoires et dans nos coeurs, comme la Diablesse qui marche en plein midi sur la grande route, Manmandlo et autres créatures maudites, qui sèment la frayeur et la douleur dans nos corps, depuis les temps de Guinée.
Elles sont à craindre et à refouler.
L’atmosphère de la rivière a quelque chose de prenant, tout réside dans son âme, c’est inexplicable, inexprimable. Il faudrait y être pour ressentir et se laisser envahir par son silence et son bruit. On en oublierait même le chant et le gazouillement de l’eau. il y règne comme un mystère à la tombée de la nuit, l’eau se fait glaciale et l'intensité palie, juste un croissant de lune éclaire la nuit, une lumière pâlotte se réfléchit sur une eau translucide.
Et dans la nuit, les abords de la rivière paraissent lugubres et enchantés tout à la fois. Surgit des ténèbres, une forme ondine se déplace et s’installe sur une grosse pierre, elle se mire : on aurait dit qu’elle attend, mais elle attend quoi ? C’est une manmandlo, une nymphe des sources et des rivières, elle est belle, voire plus que belle, très très très belle, ses cheveux sont de varech, et la naïade se sait belle.
Les contes disent qu’à la tombée de la nuit, elle séduit et noie les êtres qui s’attarderaient auprès des eaux. Ma grand-mère m’en a raconté des histoires fabuleuses, une parmi tant d’autres, celle de « Nannie Rosette ». Cette fillette de nature gourmande s’était fait capturer par une manmandlo. Collée sur un rocher, elle devait être dévorée à la nuit tombée. Mais c’était sans compter sur la mère de Nannie, qui force d’amour pu sauver sa fille des visées de la manmandlo.
La rivière est un lieu magnifique, un lieu de détente et la rivière renferme tant de secrets. Ses eaux proviennent de la couche souterraine des Mornes Verts, avoisinant la Grande Pelée. La rivière chuchote sa romance douce et légère aux travers des gués et des rochers.
L’éclat du jour se miroite dans de petits clapotis, créant des argentés, tels des diamants, filant doucement le long du courant emporté. Pressée dans sa course effrénée, fétus de bambous et feuilles séchées, glissent, tournoient et virevoltent au gré du débit des eaux.
Par endroits, elle semble s’adoucir, offrant des petits tours et détours, aux réserves d’écrevisses à peine écloses. Parfois, on a la surprise de découvrir une anguille, qui remonte le cours d’eau ou des bancs de mulets qui le soir venu, chasse en bande.
Puis la rivière va la rencontre de la mer, un tendre mélange doux et salé annonce l'inéluctable hyménée. La rivière et la mer affectueusement s’entrelacent, elle tend ses bras à l’embouchure, et la rivière dit oui à la mer et elle se dissout dans l’océan.
Gaëlle Linfide
01/05/2006
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1. Le mardi 11 juillet 2006 à 13:30, par zephyrin :: site