J’ai lutté autant que j’ai pu contre mes peines passées, ma seule hâte était de voir les fêtes se terminer. Mais la vie qui nous met à l’épreuve chaque jour, que se soit face au malheur ou au bonheur, nous apprend que rien n’est éternel, sauf les souvenirs que nous faisons vivre au travers nos cœurs sur ce chemin du temps qui nous porte. Quotidiennement, comme beaucoup de monde, je regarde le journal télévisé. Je reste sensible à l’actualité et reste profondément touchée par ses gens que je ne connais pas, à qui la destinée leur a ôté tout battement de cœur. Tous ces hommes, ces femmes, qui loin de chez eux, loin de leur famille donnent leur temps, leur savoir, leur soutient au travers leur métier. Des métiers qui les entraînent quelquefois vers d’autres horizons, au cœur de pays lointains. Des pays touchés par la guerre, la maladie, les catastrophes naturelles. Certains d’entre eux-mêmes, partent sans savoir qu’ils ne reviendront jamais, car bien qu’ils puissent sauver des vies humaines, il n’en reste pas moins qui ne sont pas abrités de perdre la leur. J’étais loin de me douter qu’un jour, l’information me frapperait d’une profonde douleur, loin d’imaginer qu’elle puisse m’affecter directement, personnellement. Le 05 Janvier 2004 j’ai su par le journal télévisé que l’un des deux démineurs tués en Irak ce jour là était Max. Je ne sais pas pourquoi Max et son confrère ont été tués, et même si je le savais, je ne le comprendrais sans doute pas. La seule chose dont je sois sûre, c’est qu’il est parti là-bas pour faire son métier. Un métier qu’il aimait. C’est du bout de ses trente-sept ans que la vie qu’il chérissait lui a été enlevée. Lui autant que son collègue ne méritaient ses balles meurtrières. La douleur que j’ai ressentie au fond de moi je la connaissais sous toutes ses coutures. Cette souffrance de voir les êtres que l’on aime partir du jour au lendemain me révolte comme une vrai mutinerie intérieur qui me piétine sans lâcher prise. Il y a toujours des mots, des confidences, des sentiments que l’on n’a pas eu le temps de dire parce qu’on pense jamais que demain sera trop tard. Aujourd’hui Max n’est plus là, il est parti sans penser qu’il ne reviendrait jamais. Je savais qu’il allait me falloir beaucoup de temps pour accepter cette réalité qui me dépassait, mais le plus dur était de savoir que Max ne vivrait plus que dans mes souvenirs. Cette nouvelle m’a prise de plein fouet, j’étais exténuée par le déchirement. Je n’arrivais pas à en parler. La blessure était dissimulée, je l’avais enfermée quelque part en moi. En mémoire de Jean-Jacques Tison Décédé le 05/01/2004