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4 TAMIS INVERSÉ

 

07/08/09

 

Le monde des lettres est un parcours d’obstacles.

            Écrire d’abord avec sa propre ironie, voire ses sarcasmes sur cette prétention à produire un texte original, alors que tout a été dit, écrit, et qui possède des qualités poétiques et littéraires pouvant rivaliser avec les meilleurs. Heureusement l’artisan écrivain que je suis est un lecteur forcené qui peut vérifier que dans le lot de ses découvertes les perles sont rares. C’est donc un encouragement à poursuivre.

            Etre édité ensuite. Les tapuscrits renvoyés ( désormais mis au pilon si vous n’envoyez pas les timbres de retour ) et les lettres des maisons d’édition manifestant leur intérêt pour votre oeuvre qui ne s’inscrit pas malheureusement dans la politique éditoriale, sont autant de pavés jetés dans votre mare pour éclabousser votre ego.

            Trouver une audience enfin. Les services presse adressés aux revues, aux périodiques, aux radios et télévisions restent sans réponse. Normal puisque la « pipeulisation » ( horrible mot qui ne signifie pas transformer en Peul, tribu africaine d’hommes et de femmes d’une grande beauté qui ne méritent pas qu’on les traite aussi mal !!!) mais phénomène de société qui n’accorde de prix qu’à celles et ceux qui passent sur toutes les radios et chaînes TV, qui connaissent donc la notoriété. Pourquoi donc parler de Maurice Lévêque alors qu’on n’a pas eu le temps de lire ce livre qui gît dans une pile parmi d’autres anonymes ? Mais quoi ! Guy Bedos vient de publier un roman. Vite ! Vite ! Il faut tout de suite l’inviter au « Fou du roi » , quel symbole !

            Je garde à l’esprit Patrick Modiano, dont j’aime l’écriture, tenter péniblement de parler de son dernier roman à la télévision. Timide, maladroit, bafouilleur, hésitant parce qu’il cherche le mot juste, il ne « PASSE » pas à la télévision. C’est bien cela : Il ne passe pas bien. La télévision est un tamis inversé. Ses mailles laissent passer les plus grossiers et interdisent les plus fins.

 

À bientôt.

 

ML

3 DÉDICACES

 

07/08/09

L’écrivain inconnu (méconnu) dans un salon ou dans une librairie vit l’expérience de la solitude du coureur de fond ou celle du gardien de but. L’exercice est difficile. Sourire mais sans insister de peur d’être racoleur, regarder mais sans insister de peur d’être arrogant, dire bonjour mais par politesse et non par intérêt, bref la posture du cow-boy qui jette un lasso pour agripper sa proie ou pour poursuivre dans la métaphore tenter de ne pas effrayer le chaland par une invite qui vous fait penser à la courtisane dans une devanture d’Amsterdam.

Parce que l’objectif est là. Faire prendre votre « oeuvre » dans la menotte d’un passant, l’inciter à lire la dernière de couverture où figure le résumé, et lui parler de vos mérites. Une opération commerciale donc pour un produit qui n’a pas grand chose à voir avec un épluche patates fut-il sophistiqué.

Un couple s’est arrêté. Ils m’expliquent qu’ils n’osaient pas s’approcher de peur de ne pas oser refuser le livre si le sujet ne leur plaisait pas. Je les rassure. Les visiteurs effleurent le livre ou ma présence du bout des yeux de peur d’accrocher.

C’est ainsi une occasion de grande humilité. Parce qu’au regard des colonnes de bouquin qui s’exposent sur chaque table ou les rangées énormes de livres au garde-à-vous sur les rayonnages, vous vous apercevez très clairement qu’il n’y a vraiment aucune raison de venir vers vous et de vous acheter votre roman. Au milieu de ces milliers de livres, votre petit ouvrage se ratatine, devient couleur de la nappe, et l’auteur se sent insignifiant ce qui est le comble pour quelqu’un qui aligne des signes sur la page blanche.

Quel intérêt d’avoir la signature d’un écrivain inconnu ?

Il me prend alors un désir fou d’être ailleurs, loin, seul.

Une journaliste m’interroge. Elle aime les livres, me conte son dégoût de voir la queue pour Musso et dix personnes pour Sepulveda. Cela me réconforte au fond, le succès n’est pas le signe du talent. Mais l’insuccès non plus. Ne nous trouvons pas d’excuse du côté des poètes maudits.

Une lectrice s’arrête, feuillette quelques pages et me sourit. Cela suffit pour que je sente à nouveau le goût, le besoin du partage. Je dis lectrice, ce pourrait être aussi bien un lecteur, mais ce sont les femmes qui constituent l’essentiel du public des salons.

 

À bientôt

 

ML

LES CERCLES DU DIABLE

2 LES CERCLES DU DIABLE

06/08/09

On raconte que dans des contrées lointaines du côté du Tadjikistan lorsqu’on enferme un enfant dans un cercle dessiné par un bâton, il ne peut plus en sortir, physiquement tétanisé par la croyance que le diable va le tuer s’il tente d’échapper à l’enfermement. Dans ces jeux d’enfant, la seule issue pour libérer le prisonnier est de briser le cercle en effaçant un segment d’un coup de pied. Les croyances religieuses ou des superstitions fonctionnent comme des suggestions hypnotiques qui annihilent la volonté. On retrouve le même phénomène dans la transe shamanique, vodou ou santeria.

 

J’évoque ce phénomène alors que je me trouve dans un Salon du livre. Pourquoi ? Parce que les cercles du diable existent aujourd’hui à notre insu de notre plein gré comme le disait si bien un vélocipédiste. Chacun d’entre nous vit ainsi coincé dans un cercle qui a été dessiné et un diable nous empêche d’en sortir.  Un diable qui n’a point de cornes ni de queue fourchue mais très efficace, il s’appelle MEDIA. Il définit les normes, les modes, les lieux du pouvoir, les espaces réservés, les IN et les OUT des cercles fermés du succès, l’enfermement dans l’échec. En matière de création, qu’elle soit théâtrale, plastique, littéraire, musicale, il faut appartenir à la poignée d’individus désignés par la fourche de MEDIA. Comment être élu, choisi, enfourché ? Debord dans « La société du spectacle » qui a des accents prophétiques le dénonce. Par l’exaltation des scandales, la provocation, la présence permanente à la télévision, à la radio. Et par les réseaux d’influence. Il s’agit avant tout de disposer d’un carnet d’adresses.

 

Les piles de livre s’entassent sur les tables. Comment faire son choix ? Les files d’acheteurs se pressent du côté des noms connus, s’approcher d’une étoile, toucher ce qui n’était que virtuel, vérifier si le réel ressemble à l’image sans le maquillage, et recevoir la récompense d’une dédicace.

 

S’agirait-il alors moins d’écrire que d’être photogénique ? Nietzsche me susurre à l’oreille en rigolant: te voilà en plein ressentiment, l’énergie des médiocres, tu crèves de jalousie, tu voudrais que le diable t’ait choisi.

 

Il a peut-être raison parce qu’on écrit dans la mesure où personne ne vous écoute.

 

À bientôt.

 

ML

 

 

DÉBLOGUER À PLEIN TUBE

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05/08/09

Je vis à Cuba depuis trois ans, j’y écris, je mets en scène en travaillant avec des compagnies théâtrales professionnelles de Santiago.

Inscription récente, lors de mon séjour en France, sur Facebook parce qu’il est difficile de l’utiliser via internet cuba. Et je saute le pas en créant à mon tour un blog. Je ne l’ai pas fait sans réticence dans la mesure où je me méfie des modes en général, de celle-ci en particulier qui consiste à essaimer aux quatre vents ces impressions et ces petites affaires du quotidien comme s’il fallait donner du prix à l’insignifiance. Besoin de COMMUNIQUER.

En lieu et place de mon portrait, j’ai donc installé la couverture de mon dernier roman « La sentinelle » publié par une maison d’édition courageuse « ELAN SUD ». À la fois pour ne pas sacrifier au narcissisme et pour assurer la promotion du livre. Je suis venu en France pour deux mois pour approcher de nouveaux lecteurs. La publication d’un roman est un chemin montueux puisque chacun se pique de littérature à en juger par le nombre de manuscrits que reçoivent les éditeurs. Mais la vente du livre n’est pas moins ardue. J’en ai fait l’expérience lors de ce séjour en courant les librairies et les salons.

 Et c’est ainsi que je me suis résigné à utiliser cet outil pour des chroniques

            qui évoqueront cette expérience étrange d’être devenu le propre bateleur de son écriture,

            qui tiendront le journal d’un roman graphique en cours d’élaboration avec la complicité d’un peintre dessinateur cubain de Santiago, Dennis Gallardo Castro,

            qui diront les joies et les peines des mises en scène prévues en 2009-2010 : « Direccion Gritadero » de Guy Foissy et un monologue « Ellas »,

            qui témoigneront du vécu quotidien dans cette ville d’Oriente, qui se trouve dans la queue du « crocodile » et garde quelques traces des français.

 

J’espère qu’elles auront un intérêt pour le lecteur et qu’elles permettront de donner envie de lire « La sentinelle ».

 

A bientôt

 

ML

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