HOMMAGE À LA VOYANTE

Helen Keller est née en 1880 à Tuscumbia, Alabama. À 19 mois, elle est atteinte d'une maladie qui la laisse sourde, muette et aveugle. En 1887, Anne Sullivan, du Perkins Institute for the Blind de Boston, devient son éducatrice. À l'âge de 10 ans, Helen Keller maîtrise le Braille et sait se servir d'une machine à écrire.
Elle consacrera sa vie au service de l'humanité, luttant pour les droits des femmes, des ouvriers, des minorités, et recevra de nombreuses distinctions internationales, notamment la Légion d'Honneur en 1952. Elle meurt le 1er juin 1968.
En dehors de son livre le plus connu, The Story of my Life (Histoire de ma vie), qui inspira The Miracle Worker (Miracle en Alabama) d'Arthur Penn en 1962, elle a écrit 11 ouvrages et de nombreux articles sur la cécité, la surdité, la condition féminine et divers sujets sociaux.
Dans son essai 'Sense and Sensibility', plus encore que dans son autobiographie, Helen Keller se révèle un écrivain incomparable, à l'acuité exceptionnelle – à tel point que je ne suis pas éloigné de croire que nos cinq sens s'emploient davantage à nous obscurcir le monde, qu'à nous le révéler. C'est pourquoi je la tiens pour l'une des rares VOYANTES de notre temps ; à côté d'elle, nous ne sommes décidément que des atrophiés de la perception : notre vision du monde est si fragmentaire et si fuyante qu'à chaque instant sa réalité même s'émiette et se dissout presque instantanément sous nos doigts.
« Ceci est, réellement, un corollaire de la vérité philosophique, que le monde réel existe seulement pour l'intelligence. C'est-à-dire, je ne peux pas toucher le monde en sa totalité ; à la vérité, j'en touche moins que les autres n'en voient ou n'en entendent. Mais toutes les créatures, tous les objets passent entiers dans mon cerveau et y occupent la même étendue que dans l'espace matériel. Je déclare que, pour moi, les pensées ramifiées, sinon les rameaux des pins, ondulent, dominent, bruissent et rendent harmonieuses les crêtes des montagnes s'élevant sommet sur sommet.
Si j'ai la velléité de me représenter le monde comme un tout, il devient vision immédiate : homme, bête, oiseau, reptile, mouche, ciel, océan, montagne, plaine, roc et galet. La chaleur de la vie, la réalité de la création est sur tout. La pulsation des mains humaines, la douceur des fourrures, les souples ondulations des longs corps, le piquant bourdonnement de l'insecte, la raideur des escarpements quand je les gravis, la liquide mobilité et le grondement des vagues sur les rochers.
Étrange à dire, j'ai beau l'essayer, je ne peux pas astreindre mon toucher à pénétrer cet univers en tous sens. Dès que je le tente, tout s'évanouit ; seuls de petits objets demeurent, d'étroites portions de surfaces, de simples indications tactiles, un chaos de choses dispersées au hasard. Aucun frisson, aucun plaisir n'en est excité. Rendez à l'artistique et compréhensif sens interne son légitime domaine, et vous me donnez la joie qui, mieux que tout, prouve la réalité. »
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Le Taxidermiste vous recommande la lecture de l'autobiographie d'Hellen Keller : Sourde, muette, aveugle ; histoire de ma vie (éd. À vue d'œil, 2008 ; à défaut, l'édition de poche chez Payot).
Les anglophones retrouveront 'Sense and sensibility' dans le recueil The World I Live In d'Helen Keller, qui reprend divers essais et articles parus dans le Century Magazine, ainsi que son très beau poème 'The Chant of Darkness'.
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15/03/10 :: REMINISCENCES :: un commentaire










