la maison mahoraise
mardi 13 décembre 2005 :: mila :: Alerter la modération

- une valeur symbolique...en métamorphose

La mutation sociologique consécutive à l'évolution économique, juridique, sociale et culturelle récente de Mayotte a engendré une société duale tiraillée entre la tradition encore prégnante dans certaines familles et en milieu rural et le modernisme en cours d'installation dans les zones urbaines. Ce qui n'a pas changé c'est la valeur symbolique accordée à la maison. Avoir une maison c'est être reconnu socialement. Pour une femme mahoraise il n'est pas exagéré de dire que la possession d'une maison est le premier pas vers le seul statut social que lui reconnaît la société traditionnelle et qui ne peut exister hors du menage : le statut de mère. Car la tradition fait obligation aux parents de construire une maison pour chacune de leurs filles et souvent lorsque celles-ci sont encore dans l'enfance, l'adolescence. Cette coutume locale(pour ne pas dire religieuse) est une résurgence des apports africains puisque dans la tradition islamico-arabe les parents doivent construire la maison de leur fils qui y amènera son épouse. A Mayotte, on n'a tendance à croire strictement le contraire, ce qui fait que d'une part les parents inversant cette coutume sur leur fils, on leur reproche...et tout de suite des mots comme "djaoula" apparaîssent dans leur propos, ce qui est tout à fait faux. Et d'autre part, pour "caser" leurs filles des parents se compliquent la tâche, surtout s'ils ont plus de 4 dans leur livret de famille...alors que de simples conceptions rituelles et légales en religion existent...
- pivot stable de la famille

Le premier logement d'un couple sera donc le plus souvent la maison qui appartient à la femme et dont il prend possession au moment des cérémonies rituelles du mariage traditionnel. La possession d'une maison est également une garantie pour la femme mahoraise, considérée comme un individu de second ordre, dans la prise des décisions familiales, d'avoir un toit ou loger ses enfants après une répudiation souvent arbitraire. On a constaté au cours de ces dernières années et ceci du fait de l'entrée des femmes dans la vie active, un bouleversement profond dans la pérennité de coutumes bien établies. Ainsi il est de plus en plus courant que les jeunes filles salariées entreprennent de construire elles-mêmes leur maison(avec l'aide de leurs parents). Elles sont suivies en cela par les jeunes gens qui, indépendamment du fait que ceux qui en ont les moyens continuent à construire la future demeure de leur sœur, se saignent pour la construction d'une deuxième maison destinée à la location. Contexte économique oblige. Eux-mêmes, comme l'exige la tradition, continueront à loger au domicile de la femme. En cas de répudiation ils retourneront chez leur mère, ne serait-ce que pour y déposer leurs effets personnels et être assurés du couvert et du blanchissage, même s'ils n'y passent pas leurs nuits. Conséquence: Vous ne trouverez aucune Mahoraise qui ne soit propriétaire de son logement ; la situation de locataire étant d'ailleurs considérée dans la société traditionnelle comme un état de déchéance qui ne peut être que provisoire, Cette maison, bien de la femme, constitue le pivot stable de la famille.
- l’habitat traditionnel!

A Mayotte, la classification est très marquée entre les constructions "en dur" et les autres. Le dur est représenté de nos jours par le béton, le parpaing, la pierre, la tôle et la brique. Autrefois seule la pierre incarnait l'idéal, le haut de gamme, les matériaux d'accompagnement étant la chaux et même le corail incrusté dans la maçonnerie, qui entraient dans les techniques de construction pré coloniales. Les ruines de mosquées datant de l'époque shirazienne (Domwéli par exemple dans ma ville de Sada) et de très vieilles maisons d'habitation en témoignent(voir dans les médinas). L'aspiration de la quasi-totalité de la population a toujours été de pouvoir assez épargner pour se construire une maison en pierre ou en doter les filles. Mais jusqu'au milieu des années 80, rares étaient ceux qui parvenaient à réaliser leur rêve. Les candidats à ce type de construction étaient d'ailleurs très influencés par une architecture de style arabe fort répandue à la Grande-Comore et dans l'île d'Anjouan.
Mais en 1978, sur dix mille logements recensés à Mayotte, quatre-vingt-dix pour cent étaient constitues de cases construites avec des matériaux traditionnels d'une extrême fragilité selon les procédés traditionnels ne permettant pas d'obtenir une construction durable. Ces matériaux étaient d'origine végétale, certains d'entre eux pouvant aussi bien servir pour la couverture que pour les murs. La terre brute entrait également dans les composants de ces habitats traditionnels. C'est après le passage du redoutable cyclone Kamissi(8/04/1984) ayant tout dévasté, que la question de l'habitat était au centre des préocupations. Ainsi on a vu disparaître peu à peu la typologie traditionnelle de la case(terre,brique,chaux,bambou et le célèbre "mbambo" qui d'ailleurs était en voie d'extinction à Mayotte) et l'emmergence d'autres "architectures" avec les briques en terre...cuite, qui sera bien abandonnée une décennie après(comme le témoignent "l'usine" hantée de production à l'entrée de Tsimkoura, et dont sont issues "les maisons alsaciennes locales", cette architecture nostalgique unique à Mayotte, à Kamicase, comme son nom l'indique, un quartier de mon 97640 où j'ai d'ailleurs grandi...à visiter!). Quant aux clôtures elles étaient réalisées à partir de deux techniques, l'une utilisant la feuille de cocotier et offrant une grande opacité ; la seconde étant constituée de lattes de bambous taillées en biseau, enfoncées dans le sol et reliées entre elles par des tiges transversales pour offrir une plus grande résistance.
Personnellement, ma maison sera d'un exotisme traditionnel intense...stop au béton!:car certes Mayotte se trouve dans une zone cyclonique, mais n'oublions pas aussi tropicale donc 30° du 1/O1 au 31/12!

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