Je vous propose de lire le témoignage de l'adjudant André Saint-Aubin, qui commandait le peloton qui fusilla Bonnier de la Chapelle, l'assassin de l'amiral Darlan, le 24 décembre 1942.
Ce témoignage a été publié dans "le journal des français" après la seconde guerre mondiale. Témoignage sans appel.
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Vendredi 25 décembre 1942, jour de noël, vers 20 heures, nous sommes réunis par le chef de corps du 19ème régiment du génie, commandant Garre. Il nous met au courant de la mission qui nous attend. La 4ème compagnie, dont je fais partie, est de grande semaine, c'est à dire chargée de tous les services de la caserne, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur.
C'est à nous qu'incombe la triste besogne d'xécuter à son tour l'assassin de l'amiral Darlan. Je suis chargé, en tant que sous-officier, de commander le peloton d'exécution. Cette tâche qui m'échoit me fait horreur. Volontiers, je m'en passerais, mais, en cette circonstance comme en d'autres, la discipline commande.
De très bonne heure, le lendemain matin, je me rends au magasin de la compagnie. Là, je perçois des balles pour mes hommes. Pour ma part, il m'est remis un sabre. M'en voilà bien embarrassé ! L'aube naît à peine, nous montons, mes hommes et moi, sur un vieux Laffy, le seul moyen de locomotion à peu près convenable du centre de mobilisation de Hussein-Dey, prenons la direction duchamp de courses. Nous arrivons au champ de tir d'Alger, situé à environ cinquante mètres de la plage. A cette heure matinale, le lieu est sinistre, le ciel est sombre. Nous ne sommes pas les premiers. D'autres véhicules nous ont précédés et sont à l'arrêt. Depuis longtemps sans doute, le service d'ordre est en place.
Arrive la voiture cellulaire. Elle est escortée d'autres véhicules. Bonnier de la Chapele en descend. Il est vêtu d'un complet sombre, noir peut-être. Deux gardes l'encadrent, le conduisent au poteau d'exécution. Alors seulement le jeune home comprend ce qu'il attend. Scène inoubliable, il jette ses gants, ne pousse qu'une exclamation : Ah ! merde, alors !
Une personnalité lit la setence de mort, très courte d'ailleurs. Bonnier de la Chapelle est placé contre le poteau, lié ; on lui bande les yeux. Je fais avancer mes hommes. Ils approchent jusqu'à cinq ou six mètres, s'alignent. Je dégaine mon sabre, l'élève. A l'instant où je le rabaisse, la salve crépite.Un corps s'affaisse. Je 'aurai pas à donner le coup de grâce, un autre sous-officier du 19ème le fera à ma place.
Trois sections en armes défilent devant le corps du supplicié. Ma mission est terminée. Avec mes hommes je regagne la caserne Lemercier.