Les Karèzes Afghanes
jeudi 4 février 2010 :: Le saviez-vous ? :: Alerter la modération
L’Afghanistan, pays mystérieux, pays qui se cherche, pays qui souffre et qui, maintenant, fait peur...
Eternelle question : pourquoi y sommes-nous engagés ?
Une chose est sûre, notre engagement nous coûte cher… en vies humaines.
Certains de nos monuments aux morts devront trouver un peu de place sur leur fronton pour qu’y soient inscrits les noms de nos valeureux soldats morts au combat, car s’en est un et même un de plus en plus sévère. Ces derniers (39 à ce jour) méritent d’y figurer et de recevoir l’hommage de la Nation lors des fêtes nationales et autres commémorations.
Mais l’Afghanistan, ce n’est pas que ça !
C’est un pays chargé d’histoire, un pays où vivent des hommes et des femmes épris de liberté et de paix, un pays à la culture millénaire…
Une minorité d’Afghans voudraient établir un régime totalitaire fait d’obscurantisme et de fermeture au monde. La réponse à notre présence est là.
Comme pour les autres pays engagés, il nous est impossible de laisser faire.
Rendre l’Afghanistan fréquentable, le purger de ses démons, est de plus un gage de stabilité et de développement dans cette région du monde.
Conquérir les cœurs et les esprits de ceux qui veulent s’en sortir, aider ce peuple fier qui n’a cessé de lutter pour vivre en paix sur son sol est un but plus que louable qui finira bien par payer.
Pour ce faire, les armées, les ONG et autres bailleurs de fond financent et mettent en œuvre des projets de développement.
La restauration et l’entretien des karèzes en fait partie.
Mais qu’est-ce qui se cache sous ce vocable inconnu de la plupart d’entre nous ?
Karèzes est, en fait, le nom donné à un système d’irrigation vieux de plus de 3000 ans, vaste réseau traditionnel de canaux souterrains, né dans le nord ouest de l’Iran et exporté hors de ses frontières originelles lors de l’expansion de l’empire Perse.
Des profondeurs du sol aux surfaces arides à irriguer, l’eau pure et fraiche est transportée sans effort par simple gravité. Un puits initial est creusé jusqu’au niveau de la nappe, en général à moins de 60 mètres de profondeur, à l’apex d’un lit (fan) alluvial. Le point où le tunnel en pente douce transportant le précieux liquide rejoindra la surface est alors savamment calculé et ce dernier, d’une longueur en général comprise entre 0,5 et 5 kms (certains tunnels en Iran fond près de 50 km), est alors creusé à partir du puits initial. Il ne faut pas que la pente soit trop raide ni trop douce et certains aménagements sont parfois ajoutés à l’intérieur des tunnels (comme des barrages ou des genres de moulins souterrains) pour en régulariser le flux.
Des conduits d’évacuation et d’aération sont aussi creusés tout le long du trajet du tunnel. Les constructeurs de karèzes appelés « muqannis » sont de fins géomètres.
Une karèze peut irriguer en moyenne 10 à 20 hectares de terre. Les karèzes représentent un énorme investissement et leur construction peut durer plusieurs années. Elles ne sont, en général, pas les seuls moyens d’irrigation utilisées dans un endroit donné à l’exception des zones les plus arides. Bien que dépendant des saisons, le flux produit par les karèzes est relativement stable et partagé entre tous les bénéficiaires.
Leur entretien est du ressort du "Kareze khan" lequel est généralement désigné par la population du village. Cette charge peut aussi se transmettre de père en fils. C'est sous son autorité que la population procède à la restauration des Karèzes durant la période hivernale dans les villages. Des karèzes bien entretenues procurent de l'eau aux villages, un bien précieux dans ces contrées très arides.
Au milieu du XXème siècle, on estimait à près de 20 000 le nombre de karèzes en fonction en Afghanistan. Il paraitrait que la plus longue karèze d’Afghanistan mesure 70 kms de long. La plus ancienne connue se trouve dans le district de Jalrez dans la province de Wardak, à 2 heures et demi de route à l’ouest de Kaboul. Elle aurait plus de 300 ans et fonctionne toujours, approvisionnant en boisson et irrigation près de 3000 personnes. Son puits principal descend à plus de 60 mètres et la longueur de son tunnel atteint les 8 kilomètres.
L’un des avantages de ce système est qu’il ne souffre pas trop des désastres naturels comme tremblements de terre ou inondations, ni des dommages causés par les guerres.
Bien que parfois considérées comme démodées, ce système rend encore de grands services et leur réhabilitation a un impact plus que positif.

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