Le Lucifer
dimanche 3 février 2008 :: Histoire :: Alerter la modération
Il s'agit de l'histoire de la frégate FNFL "La Découverte" qui fut l'un des premiers, voire le premier, bâtiments français à pénétrer dans le port de Cherbourg libéré.

Ce document figure en annexe du roman "Les saisons de feu" qui raconte le deuxième conflit mondial entre Toulon et Cherbourg (l'histoire du site du fort de Querqueville et du Lucifer y est relatée) Cf. les articles de ce blog consacrés à cet ouvrage.
FREGATE LA « DECOUVERTE »
La “DECOUVERTE” a été construite en Ecosse sur les bords du Firth of Forth à LEITH, port d’EDIMBOURG, dans les chantiers “Victoria Shipyard”. La “DECOUVERTE” est une Frégate de 1.325 tonnes de la série Riviéres et son nom, lors de la mise en chantier, était “WINDRUSH”. L’Amiral d’ARGENLIEU a désigné le 5 octobre 1943, pour commander cette Frégate, le Capitaine de Corvette RECHER. L’Equipage est arrivé à bord entre le 6 et le 20 octobre 1943 ; soit : 135 Officiers, Officiers Mariniers, Quartiers-maîtres et Marins. Très homogène en son esprit, il était dans son ensemble très jeune et composé d’éléments ayant suivi des chemins plus extraordinaires les uns que les autres avant de se retrouver sur ce navire. Il y avait ceux qui avaient connu, pendant l’hiver 1940-1941, les assauts répétés de l’aviation allemande sur LONDRES et sur le “COURBET” à PORTSMOUTH, et qui avaient fait depuis de nombreux convois en Manche, et surtout en Atlantique Nord et vers la Russie ; Ceux qui avaient connu les prisons espagnoles après le passage des Pyrénées ; ceux venant du Pacifique et particulièrement de Nouvelle-Calédonie ; ceux de DIEGO-SUAREZ et d’Indochine ; ceux qui à New York avaient déserté du “RICHELIEU” et du “TERRIBLE” ; ceux évadés des Antilles ou d’Alexandrie ceux qui traversèrent la Manche en “canoë” ou en petite embarcation de quelque 10 à 12 pieds ; ceux qui après avoir été “brûlés” dans la Résistance passèrent par la Maison d’ALPHONSE” à l’anse COCHAT, et ceux évadés de quelques bateaux marchands dans un port neutre ou ami, sans oublier deux “Malgré-nous” déserteurs de l’armée allemande en Italie. Venant de tous les points du Globe, tous avaient vaincu des difficultés sans nombre, souvent au péril de leur vie. Ayant tout abandonné, n’ayant qu’une seule ambition, un seul but : Servir sous le Pavillon à Croix de Lorraine, cet équipage unique, uni et soudé et animé d’une foi profonde dans la Victoire. C’est au tout début de novembre 1943 que la “DECOUVERTE”, après des essais satisfaisants, prend la mer et effectue son premier convoi. Entraînement à TOBERMORY sous la conduite d’une Amiral irascible. Le navire Amiral, le “WESTERN ILES” doit se souvenir encore de la visite inopinée de nuit rendue par un petit “Commando” de notre bord voulant se venger du traitement subi. Convois en Atlantique Nord puis vers le Sud, sur les Açores et Casablanca où un membre de l’équipage eut droit aux honneurs de la prison d’EL ANK. Par contre la sévérité de la Marine “CASA” n’empêcha pas l’embarquement à bord de deux “passagers” clandestins découverts après notre départ de ce port peu accueillant. Il s’agit de Jean LE GALL, 22 ans né à BREST et de Louis LE GOUIC, 27 ans né à KERYADO (Lorient). Puis ce fut GIBRALTAR où les Bâtiments F.N.F.L. mirent les Etats-Majors en effervescence en raison du comportement des “FREE FRENCH” vis-à-vis des bâtiments italiens à quai dans ce grand port. De retour à GREENOCK, la “DECOUVERTE” quittait définitivement la CLYDE fin avril pour la côte Sud de l’Angleterre en vue des opérations de débarquement. De PLYMOUTH, elle participe à des opérations diverses de convois, patrouilles, exercices de débarquement.
PARTICIPATION A L’OPERATION “NEPTUNE”
Le débarquement de Normandie ne comportait pas uniquement un assaut sur une côte ennemie avec l’appui de l’artillerie navale ; il réclamait au préalable, pour entretenir la tête de pont, la maîtrise de la mer et du ciel, une lutte permanente contre les sous-marins possibles, les mines probables, et les avions nocturnes. 4 Frégates et 4 Corvettes battant pavillon français en Manche lors du débarquement. Il s’agissait des Frégates 1’ «AVENTURE », la « DECOUVERTE », l’ « ESCARMOUCHE », la « SURPRISE » et les Corvettes « ACONIT », « RONONCULE », « COMMANDANT D’ESTIENNE D’ORVES » et « ROSELYS ». C’est de YARMOUTH (île de Wight) que la « DECOUVERTE » partira pour participer à « la Grande Croisade vers laquelle nous avons tendu tous nos efforts depuis de longs mois. » (EISENHOVER). La « DECOUVERTE » reçu, le 5 juin à 13h51, l’ordre de prendre la tête d’un convoi, le groupe II (comprenant le ML 347, 30 LCT, 1 LST remorquant un Rhinoferry et 7 LCM) à destination de la France. Mouillée le 6 juin à 8h50 à 4,2 milles dans le 005 de la Pointe de VER, la « DECOUVERTE » repartit quatre heures plus tard pour ramener dans le SOLENT la 15ème flottille de LCT qu’elle laissa, à 3h42 le 7 juin, devant HURST POINT. Les 8 et 9, elle escorta de nouveaux convois le long de la côte anglaise avant de quitter, le 10, FALMOUTH pour se rendre à GRANDCAMP. Le 10 juin appareillaient de Falmouth en direction de la zone OMAHA les quatre Frégates « AVENTURE » — « DECOUVERTE » — « ESCARMOUCHE » et « SURPRISE » en escorte d’un convoi de LST et de Liberty-Ships sans cesse augmentant en nombre. Elles se retrouvaient toutes les quatre au mouillage de Grandcamp, au Nord de la Pointe de la Percée, après un jour de mer aux aguets sur les flancs de l’énorme convoi. La « DECOUVERTE » et la « SURPRISE » repartirent le soir même, 11 juin à 17h30, escortant des transports de troupes avec le Chasseur 14 « DIELETTE ». La « DECOUVERTE » était revenue le 14 juin à Plymouth vers les zones UTAH et OMAHA où elle mouilla le 15 pour 5 heures, dans le 112 et à 10 milles de Saint-Marcouf. Réappareillé à 17h35, elle revint à PLYMOUTH le 16 et s’amarra à couple de la « SURPRISE ». Elle ne devait repartir en escorte que le 21 avant d’entrer en carénage -
La « DECOUVERTE » reprenait la mer le 12 juillet vers 18h45 en compagnie de trois escorteurs britanniques, dont le HART, Chef d’escorte, et mouillait le 13 vers 14 heures, à quelques distances dans le 118 du Phare de la Pointe BARF LEUR. Retour à PLYMOUTH le 14 vers 9h00. Nouveaux convois du 15 au 18, du 18 au 21, du 21 au 23. (le HART étant absent, c’est la « DECOUVERTE » qui était Chef d’escorte) Le 25, elle partait de YARMOUTH vers la baie de Seine avec le HART et le WIMBREL en escorte de trois gros paquebots et un plus petit, mais revenait le 26 vers PORTSMOUTH où elle devait prendre, le 29 juillet, Louis JACQUINOT Haut-commissaire de la Marine et l’Amiral d’ARGENLIEU pour les mener à CHERBOURG ; Le 30, elle quittait le port français pour regagner PORTSMOUTH . La « DECOUVERTE » a été le premier bâtiment français à pénétrer dans le port de CHERBOURG libéré, juste après le chasseur 42 « LARMOR ». Il est permis de dire que l’accueil réservé à l’équipage fut mitigé, bien que la boulangerie fut dévalisée de tout le pain blanc existant à bord et que la Coopérative fut vidée de ses cigarettes, tablettes de chocolat et autres frian-dises. Il est à remarquer que les hommes voyaient d’un mauvais oeil une mobi¬lisation imminente. C’est avec un peu de dépit que l’équipage de la « DECOUVERTE » après 4 ans d’exil pour la plupart, repris la mer. La « DECOUVERTE » continua ses opérations, en particulier en effectuant début août un convoi sur PLESTIN-LES-GREVES, pour ravitailler la 6ème Division Blindée du 8ème Corps d’Armée américaine qui se dirige, après avoir libéré RENNES, le 3 août, vers BREST qui sera libéré le 18 septembre. Puis ce furent les convois vers LE HAVRE et plus tard sur OOSTENDE. Début décembre elle faisait, avec son “Sistership” l’ « AVENTURE », son entrée à BREST. Et ce fut la première permission avec au départ de la gare de BREST une grande déception à la vue des wagons à bestiaux qui étaient réservés à ces hommes « qui ont maintenu notre pays dans la guerre et dans l’honneur » (Général DE GAULLE 01.09.45) Heureusement, le commandant remis avec vigueur les choses en place et c’est dans les wagons « voyageurs » que tout le monde parti, avec un certain retard toutefois, mais dans la joie générale ; les wagons à bestiaux restant au bout du quai à la disposition d’un Chef de gare pantois et à l’esprit douteux. L’occupation avait laissé quelques rares séquelles de ce genre, mais notre retour fut, pour tous, source de joie et partout d’accueil enthousiaste.
En Avril, La « DECOUVERTE » participe au nettoyage des poches de l’Atlantique. Elle arraisonna, au grand large, plusieurs chalutiers espagnols dont l’équipement radio très sophistiqué ne laissait aucun doute sur leurs activités dans ces parages. En escorte du Cuirassé LORRAINE, elle assiste avec tristesse à la destruction, par l’aviation américaine, de ROYAN. Le 8 mai 1945 la « DECOUVERTE » était mouillée devant PORT JOINVILLE à l’île d’Yeu, où le Maire et une partie de la population vinrent à bord, avec des fleurs, fêter la Victoire et nous exprimer toute leur gratitude. Reprenant la mer les 9 et 10 mai 1945, la « DECOUVERTE » patrouilla devant SAINT-NAZAIRE attendant la rédition de cette poche et si importante base de sous-marins, avant de rejoindre BREST.
La guerre en Europe était terminée.
La « DECOUVERTE » continua de porter haut nos Trois Couleurs particulièrement en INDOCHINE. Elle a été désarmée le 5 juin 1961 à Brest. -Actuellement ce merveilleux navire se trouve à QUERQUEVILLE au Centre d’Instruction Navale sous le nom de « LUCIFER ».
Ecrit le 5 Octobre 1993, à l’occasion du cinquantenaire de la frégate la « DECOUVERTE », "ex-WINDRUSH" devenue « LUCIFER II » au centre d’Instruction Naval de Querqueville.

Compléments historiques "La Découverte"
Etat-major 1944
Commandant : Capitaine de Corvette Jean RECHER
Officier en second : Lieutenant de vaisseau Georges SOLLIER
Enseignes de vaisseau de 1ère classe : Paul NORMAND, François FLOHIC, Albert LABBENS
Aspirants (durant la période de la Seconde Guerre mondiale) : Marc HERBECQ, Maxime RIVIERE, Yves LA PRAIRIE, Jean-Paul DEMARTEAU, Albert WACHE, Eugène BABOT
Commissaire de 3ème classe MAUZAGOL
Ingénieur Mécanicien MOMMEJA (puis Jean AUDIBERT)
Asp. Ingénieur Mécanicien : Louis SANDRET
Médecin : KOL (puis DAUNOY)
Liaison : British Naval Liaison Officer Donald DICK
Liste de ses commandants successifs (période d’après guerre)
10 08 1945 – 19 12 1946 : Capitaine de Corvette (CC) LE ME
09 12 1946 – 18 12 0947 : CC HUET
18 12 1947 – 31 12 1948 : CC VIGNEAU
31 12 1948 – 25 02 1950 : Capitaine de Frégate (CF) BARRELON (Nicolas)
25 02 1950 – 03 03 1951 : CF DIGARD
03 03 1951 – 19 12 1951 : CF MENVIELLE
19 12 1951 – 31 12 1952 : CF TANDONNET
31 12 1952 – 31 12 1953 : CF CHAPELLET
31 12 1953 – 31 12 1954 : CF LE CLOIREC
31 12 1954 – 31 12 1955 : CF BRIAND
31 12 1955 – 31 01 1957 : CF FATOU
30 01 1957 – 15 01 1958 : CF DUPRE (Alain)
De 1958 à 1961, La Découverte a été placée en « réserve » à Brest et n’a donc plus eu de commandant.
Résumé :
Le bâtiment « Lucifer 2 » a été construit en 1942 dans un chantier écossais sous le nom de « Windrush ». Confié aux Forces navales françaises libres (FNFL) et rebaptisée « La Découverte » en 1943, ce navire escorte les convois de l’Atlantique. En 1944, il participe au débarquement de Normandie (opération Neptune) et est l'un des premiers navires français à rentrer dans le port libéré de Cherbourg.
Désarmée en 1961, la frégate est alors échouée sur la plage de Querqueville pour servir de bâtiment d’instruction à la sécurité incendie. Elle est rebaptisée « Lucifer 2 ». Le « Lucifer 2 » est déséchoué en 1975, déplacé, puis ré-échoué à son emplacement actuel, après creusement d’une souille (enfoncement dans le sable).
En 1994, une perforation d’un ballast rempli d’eau de mer entraîne le soulèvement de l’arrière du bâtiment lors d’une grande marée, avec rupture de la coque entre les deux chaufferies. Il est alors rajouté du lest supplémentaire, notamment par bétonnage.
Depuis mai 2002 et le transfert de l’école de sécurité à Saint-Mandrier, le bâtiment n’est plus utilisé.
Il n'est pas accessible au public et va être démantelé en 2008.
Le Lucifer dessiné par monsieur Jacques de LOUSTAL (Cf. Billet du 6 avril 2008 : "Exposition Loustal")
LUCIFER Story
This destroyer named Windrush was built in Scotland, on the eve of the Firth of Forth at Leith, Edinburgh harbour, in the Victoria Shipyard.
She’s a 1,325 tons destroyer of the "Rivières" type. She has been given to the Free French Naval Forces in 1943 and was then named “La Découverte”. Her first captain was Capitaine de Corvette Recher, designed by admiral D’Argenlieu. Her crew was composed of 135 persons, officers, petty officers and crew. Those men were generally very young and their personal story was often extraordinary. Because of the war they had to follow different ways, all very dangerous, to join England. They stuck together and the atmosphere onboard was good.
"La Découverte" began to sail on November 1943 and protected her first convoy. She left definitely the Clyde on April 1944 to join the south coast of England to take part in D Day lading operations with the other French destroyers and warships. "La Découverte" left Yarmouth (Wight island) on June the 5th at 1:51 PM and took the head of the convoy. She traveled back and forth numerous times between France and England during this period.
On the 29th of July, she accompanied Louis Jacquinot (French Navy Governor (haut-commissaire ?)) and Admiral D’Argenlieu to Cherbourg. She was the first French ship entering the recently liberated harbour. Then, she patrolled and accompanied others convoys in order to help American forces.
"La Découverte" went on sailing over the world, holding the French three-coloured mark high, particularly in Indochina.
She was disarmed in Brest in 1961.
Now, renamed Lucifer II and after a long time passed as a security school in Querqueville near Cherbourg, she is being dismantled.

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1. Le mercredi 27 janvier 2010 à 18:25, par Anonyme