La Chambre de l'instruction a autorisé vendredi l'ouverture d'une information judiciaire pour favoritisme, visant le ministère de l'Intérieur en général et l'un des anciens locataires en particulier : Nicolas Sarkozy. Une plainte avait été déposée en mars 2007 par le casino de Gujan-Mestras (Gironde), sa gérante, Frédérique Ruggieri, étant victime de l'ostracisme de la place Beauvau, délivrant à tout va les autorisations de machines à sous aux cadors du secteur (Partouche et Barrière), mégotant ses délivrances aux casinotiers indépendants.

Barde. En Gironde, la différence de traitement est caricaturale. Le casino de Bordeaux (Barrière), dont le patron, Dominique Desseigne, est partenaire de jogging de Nicolas Sarkozy, a obtenu peu à peu 300 machines à sous. Avec le casino d'Arcachon, présidé par le chanteur Enrico Macias, barde de la sarkozie, et celui d'Andernos, le groupe Partouche culmine à 200 bécanes. Pendant ce temps, celui de Gujan-Mestras plafonne à 50 machines, au nom d'une prétendue «offre excessive de jeux»... La plainte souligne que «ces faits du prince, fut-il républicain, ne peuvent s'expliquer que par la volonté de nuire à un casino indépendant pour le seul bénéfice de groupes puissants».

Longtemps, le parquet de Paris, le doigt sur la couture du pantalon, s'est opposé à l'ouverture d'une information judiciaire pour favoritisme, au motif que la délivrance de machines à sous ne relèverait pas d'un marché public. Le ministère de l'Intérieur a pourtant été censuré à trois reprises par le tribunal administratif (juge de la décision publique), saisi par Frédérique Ruggieri, en des termes de plus en plus sévères : «Décision prise en vue de protéger des casinos existants contre la concurrence», «atteinte à l'égalité de traitement des candidats à l'exploitation de jeux».

Suprême humiliation, le dernier jugement du TA, en mars 2008, faisait «injonction au ministre de procéder à un réexamen de la demande d'extension de machines à sous». Il visait les récentes décisions de la Commission supérieure des jeux (CSJ, dépendant de l'Intérieur, dont l'avis n'est que facultatif), dignes d'une république bananière : 50 machines de plus pour Barrière, 30 pour Partouche, rien pour Frédérique Ruggieri.

Immunité. L'obstruction du parquet n'a pu que retarder l'échéance d'un an : la juge d'instruction Françoise Desset va enfin pouvoir enquêter. Sauf qu'entre-temps Nicolas Sarkozy a été élu Président. Si les hauts fonctionnaires de la place Beauvau (le directeur des libertés publiques, le directeur des courses et jeux.) pourront être entendus sans entrave, le cas Sarkozy sera suspendu le temps de son mandat, immunité élyséenne oblige.

Le 7 mars 2007, en pleine campagne présidentielle, Sarkozy, retardant au maximum son départ du ministère de l'Intérieur, signifiait un ultime bras d'honneur au casino de Gujan-Mestras. Quatre ans plus tôt, il signait avec le lobby casinotier un «relevé de conclusion» accordant aux plus méritants d'entre eux un minimum garanti «en vue de répondre aux périodes de forte affluence».