Quand je vois le merdier qu'il y a sur le
blog d'Anargala, au-delà du ridicule des chenilles, il y a une question que je me pose vraiment : sont-elles de bonne fois ou non en disant que je suis Arnargala ? Je crains que oui. Et cela nous indique à quel niveau d'opacité mentale elles se trouvent. En effet, il serait évident même pour un enfant de 10 ans que le style d'Arnargala est beaucoup plus universitaire que le mien, d'ailleurs il a des diplômes que j'ai loin d'avoir. Mon style écrit est un style parlé, avec une syntaxe approximative, un vocabulaire de 500 mots, de l'argot, des sujets qui s'éloignent clairement de la culture BCBG, puisqu'on y trouve les Sopranos, les BD Marvel et que sais-je encore... tandis qu'Anargala emploie un vocabulaire châtié, semble une personne d'un goût raffiné, traduit le sanscrit etc etc... Bref, c'est finalement assez flatteur qu'on me prenne pour lui. Flatteur pour moi, et inquiétant pour lui, parce que ça veut dire que tout le mal qu'il se donne pour écrire des choses intelligentes dans un beau style, n'est pas perçu par un tas de crétins qui sont capables de confondre ça avec mon style approximatif, ma pensée embrouillée, et mon manque de goût certain en de nombreux domaines.
Quoi qu'il en soit cela prouve bien que ces gens ont un cerveau pas plus gros qu'un cerveau de chenille : une dizaine de neurones mal connectés, à tout casser. Comme il est dit dans les textes, la précieuse existence humaine est vraiment rare.
Une autre idée qui me passe pas la tête, c'est qu'il faut être malade pour s'imaginer que les gens prennent des identités différentes en essayant de se faire passer pour quelqu'un d'autre. En fait, pour se l'imaginer, il faut être soi-même coutumier de cela. Pour ma part, si j'ai 2 commentaires sur mon blog signé de 2 manières différentes, j'en infère immédiatement qu'il s'agit de 2 personnes différentes, et apprendre le contraire me choquerait.
C'est ainsi que l'on reconnaît les psychopathes en psychologie. On leur décrit un comportement de psychopathe et ils trouvent ça normal. De même, les chenille supposent couramment chez autrui des comportement qui sont manifestement pathologiques. Ce qui pointe clairement leur propre pathologie.
8/02/06 :: Entomologie humaine ::
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Grâce au Lévrier (qui aura connu de nombreux surnoms), j’ai découvert que je pouvais faire germer des graines chez moi. Du coup, j’en ai tout un stock en fabrication sous mon bureau, à l’ombre et bien au chaud, à côté du radiateur. Aujourd’hui, j’ai acheté du blé, de l’alfalfa, du soja et différentes autres graines. Et comme j’en fais pour 4, j’en mange pour 4, un peu toute la journée. J’ai trouvé que pour les graines à risques, comme le lin, les petites barquettes dans lesquelles ils vendent les crevettes et le poisson sont une bonne solution. En effet, ces barquettes, en polystyrène, permettent à l’eau de s’évaporer lentement, ce qui fait que le lin, par exemple, n’a pas le temps de coller. Je pense que contre la moisissure, ça peut se révéler une solution intéressante. Par contre il faut mouiller plus souvent, ce qui veut dire qu’il faut être chez soi.
Sinon, il a ramené un de ses potes à la muscu. Le pauvre, on lui a fait faire une séance de jambes… s’il arrive à marcher dans les jours qui viennent, il aura de la chance. Mais après ça, il aura connu le pire.
La muscu c’est assez bien, parce que, d’une certaine manière, personne ne peut se la péter. Ce n’est pas comme le ping pong ou un tas d’autres sports, ou le mec plus balaise que les autres peut dire « bah c’est facile ». Si le mec est plus balaise, on lui rajoute du poids, tout simplement. On finira toujours par trouver sa limite. Dans un des clubs où on va, il y a des gros balaises qui mettent tous les poids sur la machine à pecs. Invariablement, je me ramène : « Tu veux pas essayer mes élastiques ? Tu vas voir, c’est top ». Les élastiques doublent quasiment le poids de la machine, et d’ailleurs si quelqu’un trouvait ça facile, j’ai des élastiques plus solides. Bref, les gars en chient un max avec mes élastiques, et d’ailleurs ils sont contents, après tout, si on fait de la muscu, c’est pour en chier. Le plus drôle, c’est quand un gars qui a essayé les élastiques appelle son pote « tiens, viens essayer ». Le pote essaie de se défiler, il se doute que pour une fois il risque de faire les frais du voyage, surtout s’il a la langue bien pendue le reste du temps, mais au bout de quelques minutes, comme tout le monde commence à rire de lui quoi qu’il en soit, il finit par essayer.
Les rivalités entre hétéros, c’est vraiment trop drôle. A chaque fois que j’en vois un troupeau sur la machine à pecs, je vais chercher mes élastiques. L’autre jour j’ai fait encore mieux, je leur ai fait essayer la gégène, un compex ultra puissant. La technique la plus amusante, c’est la potentiation. Le système nerveux peut envoyer des décharges volontaires de 60Hz environ, pendant une séance de muscu. Compex, lui, va jusqu’à 150Hz, ce qui est au-delà de ce que peut faire un système nerveux humain (120Hz). Une femme qui soulève une voiture pour sauver son gosse n’aura pas une contraction musculaire plus puissante qu’avec un compex. Autrement dit, l’appareil permet de court-circuiter temporairement les barrières habituelles du système nerveux. En effet, si on envoie 150Hz dans un muscle, dans les quelques minutes qui suivent, le cerveau, trompé, pourra envoyer par exemple 80Hz au lieu de 60. Il en résulte qu’on est plus fort. Maintenant, dites à un gros black « je te mets ça dessus, et tu verras, ça te rendra plus fort pour quelques minutes », il va vouloir essayer. « Mais attention, ça fait un peu mal ». Une minute plus tard, vous avez un gros black qui se tortille en ne sachant plus quoi faire, car, vu que tous ses potes le regardent, il aurait honte de faire sa chochotte. Mais ils ont de la chance, je ne suis pas sadique, je ne monte qu’à la moitié des graduations. J’ai un pote, lui, il vous le met à fond. Il y a quelques années, il avait essayé sur un pauvre gars, le type criait comme un cochon qu’on égorge, on l’entendait depuis la rue. Mais ça marchait réellement.
Maintenant, va-t-on me dire, quelle est l’utilité, à part bien rigoler ? En fait, la muscu, au bout d’un moment, ça ne marche plus très bien, parce que le muscle est immunisé contre l’effort quoi qu’on fasse. La potentiation permet de secouer un peu tout ça. J’ai un ami qui l’a testé avec d’excellents résultats. En plus, comme dit le Lévrier, le matin quand on a la tête dans le cul, ça réveille, là où tout a échoué. En effet, quand on a la tête dans le cul, c’est juste le système nerveux qui ne veut pas démarrer. Un bon p’tit coup de gégène, et il redevient opérationnel.
Je suis sûre qu’avec un compex on pourrait mettre au point des d’expériences psychologiques, comme dans le film dont j’ai oublié le nom. On file le compex à un mec, on lui dit de potentier une autre personne… Ce qui est certain, c’est que quand ça n’est pas soi qui se prend la décharge, on monte le courant plus facilement que si les électrodes sont sur soi. On ne sent rien, c’est juste des chiffres sur un écran. Bon, à ma « décharge », je l’ai déjà essayé à fond, je sais donc l’effet que ça fait. On n’en meurt pas. Mais la première fois, ce n’est pas comme quand on est habitué. Quoi qu’il en soit, on remarque d’ailleurs qu’il y a des mecs qui sont plus masos que d’autres, ou plus sensibles au regard des autres, ou plus douillets… Si j’étais recruteur à la légion étrangère, j’utiliserais un compex, ça permet d’en apprendre pas mal sur les gens.
4/02/06 :: Entomologie humaine ::
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C’est amusant de voir comme les gens séparent les personnes des situations. Par exemple, Fab qui dit que Ghostrider est suicidaire. Peut-être qu’il l’est, je n’en sais rien, en tous cas rien sur la vidéo ne permet de le dire. Et l’inférer de la situation, c’est considérer qu’il y a un individu d’un côté, une situation de l’autre. Et que l’on peut objectivement qualifier la situation, indépendamment de l’individu.
En fait de compte, tous les gens qui s’intéressent à la spiritualité sont d’accord pour dire que tout est relié, mais lorsqu’il s’agit de l’appliquer aux événements, ça ne marche plus, la vision séparatrice reprend le dessus. Ce qui permet de le voir vraiment, c’est la clarté.
La vision séparatrice fait que l’on perçoit tout en terme de victime, ou de coupable. Par exemple, les gens en retard sont toujours victimes des circonstances de leur point de vue. Et du point de vue de la personne qui les attend, elles sont coupables de leur retard. Tant que l’on s’imagine que la personne et l’événement sont séparés, on a 2 points de vue opposés et irréconciliables. La vérité, c’est qu’il y a une tendance karmique qui se manifeste et qui fait que la personne arrive en retard. La personne n’est pas coupable, mais elle est certainement « responsable », en ce sens que c’est elle qui va karmiquement répondre des conséquences. De plus, ce qui est sûr, c’est que tant que cette tendance n’est pas épuisée, la situation se reproduira.
Par exemple, j’ai un copain qui a karmiquement des problèmes avec les 2 roues. Il y a 10 ans déjà quand je lui prêtais mon scooter, il arrivait à se casser la gueule avec et me le ramenait tout râpé. Ensuite, quelqu’un lui a offert un scooter, qu’il a explosé contre une portière de bagnole, qui s’est « ouverte inopinément au moment où il passait ». Ensuite, on lui a offert un deuxième scooter qu’il s’est fait voler. Après ça il a acheté une TDR pour passer son permis, et comme il voulait pouvoir la revendre, il ne s’en est plus servi après le permis, trop conscient de sa tendance karmique à niquer les motos. Au lieu de ça, il m’a emprunté la mienne, et c’est vraiment là que j’ai pu voir la force du karma. Un jour il s’est ramené en me disant que le ressort de l’embrayage avait pété. Il l’a donc fait remplacer. Quelque semaines plus tard, c’est le sélecteur (je crois que c’est le nom) qui s’est démantibulé sur le pont d’Austerlitz. C’est encore lui qui était dessus. Quelque semaines plus tard, nouveau problème, avec le levier de vitesse. Et c’était encore lui qui était dessus. Je précise qu’il faisait environ le quart du kilométrage qui s’affichait chaque mois au compteur. A la fin, il a pris peur. Je précise que la moto est « neuve », puisqu’elle a 3000km au compteur. Fab va me dire que ce type est une brute, c’est certainement le cas, mais il est quand même intéressant que les pièces aient à chaque fois attendu qu’il soit sur la moto pour se barrer.
Là, il vient de s’acheter une ER-5, j’attends de voir le destin tragique de cette pauvre moto.
Quoi qu’il en soit, si je dis que je n’étais jamais très chaude pour lui prêter ma moto, que doit-on en conclure ? Que c’était personnel ? Non, puisqu’il ne l’a jamais fait « exprès ». Il n’empêche que tous ces événements lui étaient indubitablement liés, et qu’il aurait été stupide de l’ignorer.
Comme je l’ai dit ailleurs, nous créons les événements autour de nous – pas par la volonté, mais par nos tendances karmiques. Certains ne rencontrent que des fous, d’autres sont tout le temps malades, d’autres sont des victimes permanentes des événements… Mais en réalité, « ça » manipule les événements en sorte que personne ne puisse l’accuser de l’avoir fait exprès, y compris soi-même (« c’est pas ma faute si le TGV est tombé en panne »). Et au fond, personne n’est dupe. Tout le monde sait très bien ce qui se passe. On le sait tellement bien que dans le cadre du dharma, c’est parfaitement reconnu. Si vous dites : « Rinpoche je n’ai pas pu venir à la retraite parce que… (toutes les meilleures raisons du monde) », Rinpoche va vous regarder d’une telle manière que vous saurez parfaitement ce qu’il en est. C’est vos tendances karmiques, et il n’est pas question d’accuser les circonstances. Vous êtes « responsable », au sens où c’est vous qui en répondez.
Ceux qui raisonnent sur le mode victime le font en réalité pour pouvoir s’indigner, pour le cas où qui que ce soit en viendrait à les soupçonner de quoi que ce soit. En effet, vous ne voulez pas aller voir votre pauvre mère à l’hôpital. Pour maquiller votre forfait, vous crevez un pneu sur la route, et vous devez le changer sous la pluie. Et en plus, on vous soupçonne de l’avoir fait exprès ? C’en est trop ! Et si votre pauvre mère vous fait la moindre remarque, c’est parce que de toutes façons, elle vous a toujours persécuté.
Comme le dit si bien Ivan, dans mon roman : « Je jaillis de mon siège, d’autant plus furieux que j’étais de la plus pure mauvaise foi ». Ceux qui s’indignent d’être injustement accusés devraient donc se demander quelle est la part de mauvaise foi qui rentre dans leur indignation.
3/02/06 :: Entomologie humaine ::
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A chaque fois que je tombe sur des forums spirituels, j’y trouve des propos d’une insigne niaiserie. Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, la vie est belle, nous sommes tous un, bisous, merci de vos encouragements, peace and love etc… Ce qui est absolument étonnant, c’est que ces gens parfaits, qui vivent tous dans la lumière et l’amour, je peux en lire des centaines quand je veux, mais je n’en ai jamais vu un seul de mes yeux. Pire, quand je lis les propos d’un grand réalisé, comme par exemple Chagdud Rinpoche, il ne vit apparemment pas dans une tel lumière. A l’époque de son jeune âge, lorsqu’il était capable de faire des nœuds avec des épées, de voir à travers les murs et de se répandre sur la tête des charbons ardents, il nourrissait encore des perturbations émotionnelles que ces gens n’ont plus. Un jour qu’un type l’avait volé, par exemple, il a essayé d’envoyer ses moines pour lui foutre une râclée et récupérer ses biens. N’y parvenant pas, il a alors décidé de lui envoyer les Protecteurs, et cette affaire se serait mal terminée si son maître n’était intervenu. Alors même qu’il montrait des signes de réalisation dont nous, occidentaux, sommes loin, il avait encore des pensées négatives que nous, occidentaux, n’avons plus depuis longtemps, tant nous sommes parfaits. Mais il est étrange que notre perfection ne se traduise jamais en signes.
J’en suis venue à la conclusion qu’une telle perfection n’existait que dans notre tête. Ce que j’appelle la spiritualité mentale. Je me fais un petit film de moi qui aime tout le monde, je déclare bien haut que j’aime tout le monde, et que je ne nourris aucune émotion négative, histoire d’avoir quelques témoins quand même (comme le dit Eros, le frère de Thanos, quel intérêt à être Dieu s’il n’y a pas de témoins ?), et le tour est joué. Et s’il y a à l’autre bout du monde de pauvres méditants qui se gèlent les couilles dans des grottes depuis 15 ans, et qui sont moins parfaits que moi, c’est leur affaire.
Enfin, quand je dis « je », c’est une figure de style, parce qu’en ce qui me concerne, le niveau de mes tendances négatives se révèle inversement proportionnel à mes signes de réalisation. A savoir que je n’ai aucune signe de réalisation, et que, où que je regarde dans mon esprit, je ne vois que des pensées négatives, et que même les positives sont encore des négatives travesties - le mieux que je puisse atteindre, c'est la vacuité occasionnelle de ces pensées, et de leur auteur. Non que ça soit tellement gênant, d’ailleurs. Mais il faudrait que j’en arrive à un sacré niveau d’hypocrisie pour que j’écrive « bisous » à quelqu’un que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam et qui est de surcroît complètement crétin. Ça en arrive à un tel point que lorsque je lis ou j’entends « je suis content du bonheur d’untel », je comprends exactement le contraire. Quand ma grand-mère me dit « je suis contente si ta mère est heureuse », j’entends « j’emmerde ta mère », ce qui est d’autant plus facile que 3 secondes plus tard, elle dit « et je ne veux rien en savoir ». Et quand je lis sur un forum « bisous, paix à toi etc », mes yeux papillotent, et je vois simplement quelqu’un qui n’a aucune notion de l’existence d’autrui. Ils vivent seuls dans leur petite bulle. La preuve, c’est que certains m’ont envoyé de ce genre de mots alors que ça m’horripile – du fait du manque de sensibilité que ça implique. S’ils avaient la moindre sensibilité, ils auraient évité. Ils me font penser à ces chiens qui vous bavent dessus en essayant de vous passer leur langue gluante sur le visage sous prétexte qu’ils vous aiment bien. Le même chien qui vous bouffe la main si par hasard vous touchez sa gamelle. Enfin bon, comme le dit Chepa « il ne faut pas en vouloir aux chiens, ils ne maîtrisent pas leur esprit ». Sauf qu’il ne parlait pas des chiens.
Sur un forum de muscu, il y a un type que j’aime bien. Il n’arrête pas d’insulter tout le monde et ne sait dire à peu près que des choses désagréables. Genre tu publies une photo, et il dit « on voit ton slibard ». Il a toujours le mot pour plaire et d’ailleurs, pas mal de gens en sont venus à lui vouer une haine inextinguible. Cependant, j’ai rencontré ce type, ainsi que quelques uns de ses confrères du forum. C’était apparemment l’un des plus équilibrés. Dix-sept ans, très mature, intelligent, 1m90, beau gosse, avec une copine charmante, d’un tempérament calme et posé… La plupart des autres, plus « gentils », semblaient finalement beaucoup plus mal dans leur peau. Ça donne à réfléchir. La méchanceté rend-t-elle heureux ? Mauvaise question. La bonne question serait plutôt : le mensonge rend-t-il plus malheureux que la méchanceté ? Au moins, ce type dit ce qu’il pense, et il en assume assez bien les conséquences. Ça sera un warrior.
La vie de Chagdud montre que mieux vaut un tempérament de chiotte qui s’assume que faire semblant d’être gentil. Vers 10 ou 11 ans, alors qu’il présidait déjà des cérémonies en tant que tulkou et avait une bonne reconnaissance de la nature de son esprit, il a décidé qu’il ne supportait plus son beau-père. Précisons que le beau-père en question était un tertön qui plantait n’importe quoi dans les rochers comme dans du beurre, et qu’il avait toujours été bon avec lui. Seulement, au lieu de lui donner les bonbons que sa mère recevait en offrande, il avait décidé de les mettre dans un sac pour les offrir aux divinités. Le petit Chagdud, bien sûr, avait le droit d’en avoir, mais il devait demander, alors qu’avant cela, il n’avait pas à demander. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, et pour cela, il a décidé de tuer le beau-père en question. Pendant sa méditation, il lui a tiré une flèche dans la tête. Par chance, la flèche a ripé sur le crâne et s’est plantée ailleurs. Et le gamin a eu honte. Pas d’avoir essayé de le tuer. De l’avoir raté. Voilà le bois dont sont faits les tulkous. « Despite my being a tulku – or perhaps because of it – I was a terror as a child. Tibetans sometimes say that tulkus are wild and willful as children, but that this same energies propels them toward spiritual accomplishement if it is properly harnessed ».
Vu le nombre de terreurs que je vois sur les forums de spiritualité, il y a de quoi s’inquiéter.
Bon, vous l’aurez deviné, j’ai été très malhonnête dans ce post. Les peace and love dont je parle montrent tous de nets signes de dérangement mental qui n’échapperaient à aucun psychologue compétent. La question n’est donc pas de savoir s’ils sont vraiment aussi parfaits qu’ils le prétendent, mais de savoir comment ça se fait qu’il y ait autant de menteurs de ce domaine où le mensonge est une garantie d’échec (contrairement à la plupart des activités mondaines) ?
18/01/06 :: Entomologie humaine ::
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En voyant les Sopranos, je me disais qu’il est tout à fait logique qu’on devienne méchant en devenant vieux. Sous ce rapport, la mère de Tony est un modèle. Elle essaie de faire tuer son fils par l’intermédiaire de l’oncle Junior, et quand ça rate, elle simule (apparemment) l’Alzheimer. A chacun elle révèle les choses les plus susceptibles de foutre la merde, de l’air le plus innocent. « Artie, tu es un brave homme d’avoir si bien pris que Tony ait mis le feu à ton restaurant. D’autres l’auraient plus mal pris… ». Evidemment le pauvre Artie tombe des nues et pète un plomb. Il prend son fusil à lunette pour aller s’expliquer avec Tony. Et après, quand Tony demande à la vieille si elle a vu Artie, elle fait l’Alzheimer. « Artie ? De qui parles-tu ? Qui est-ce ? ». Trop bon. Quand elle voit l’un elle dit du mal de l’autre. Quand elle voit l’autre elle dit du mal de l’un. Et la question n’est pas « pourquoi le fait-elle ? ». La question est : « Pourquoi ne le ferait-elle pas ? ». Quelqu’un dans les commentaires de ce blog a dit que ma grand-mère, qui souffre elle aussi de ce travers, n’était pas le cas commun. C’est étrange, parce que tous les gens que je connais ont la même dans leur famille. J’ai un ami dont le père a 85 ans, tout ce qu’on peut en conclure c’est qu’il est comme le scorpion que la tortue prend sur son dos pour traverser la rivière et qui la pique en plein milieu. Il ne peut pas s’en empêcher. Sa sœur est très semblable elle aussi. Mon autre grand-mère était pire. Sa propre sœur était connue pour être « méchante ». Elles avaient certes une autre sœur qui était « gentille », mais gentille comme une victime. Et si ma mémoire est bonne, elles avaient encore d’autres sœurs qui valaient leur pensant de gratons, style je te fais signer une procuration quand tu n’as plus toute ta tête, et je vide ton compte quand tu seras crevée, ni vue ni connue.
De toutes façons, il suffit de voir la tête des vieux dans le métro, pour voir que 9 sur 10 sont méchants. Et le dixième est une victime.
Si on y réfléchit, il n’y a rien de plus normal. Quand je me demande ce que je deviendrais sans la pratique, c’est sûr que je deviendrais comme ça. La vie t’enlève tout ce qu’elle t’a donné, petit à petit. Tes jambes, tes yeux, ta tête, éventuellement. Plus personne ne veut te voir parce que tu deviens chiant à force de te vanter sans cesse de tes exploits de jeunesse, ou de ta grande sagesse de vieille personne qui a tout compris. Et comme tu as effectivement compris un peu plus que les jeunes (tes enfants et leurs petits-enfants), tu peux les manipuler comme bon te semble, parce que, naïfs qu’ils sont, ils n’ont pas compris comment on pouvait devenir méchant avec l’âge. Ils te croient sympa, et tu en profites pour foutre la merde en toute impunité. Mais hors de la famille, les gens y voient clair. C’est pour cette raison que les belles-filles s’entendent si mal avec leurs belles-mères. Elles ne sont pas aveuglées par l’amour filial. La belle-mère, c’est juste une vieille, une étrangère, les belles-filles n’ont rien à gagner à les voir meilleures qu’elles ne sont. Du coup, elles y voient clair, et les belles-mères le savent. Au milieu, il y a évidemment le fils qui est la marionnette de tout le monde, qui n’y voit rien, le pauvre niais.
Bref, j’en reviens à mon propos, quand on n’a plus rien, ne reste plus qu’à dépouiller les autres de ce qu’ils ont, afin que tout le monde soit égal dans la merde. Or soyons honnêtes : quel avantage pourrait-il y avoir à être vieux quand on n’est pas un pratiquant sérieux ? On est plus savant que les autres ? Mais qui s’en soucie ? Ni le génie ni la science n’ont rendu heureux qui que ce soit. Contrairement au fait d’avoir des bonnes jambes pour faire du vélo et courir dans les bois, un bon estomac pour manger n’importe quoi, et une bonne mine pour se faire plein d’amis. Quand on est jeune et déprimé, il reste quelques recours. Vieux et déprimé, quand on peut à peine sortir de son lit et aucune perspective d'avenir, c’est autre chose.
18/01/06 :: Entomologie humaine ::
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Hier j’ai eu une conversation un peu effarante avec la Mère-grand. Apparemment il y a un démon dans ma famille, qui saute de tête en tête, et donc ces temps-ci il loge chez la Mère-grand.
Comme c’est le nouvel an, je l’appelle pour lui souhaiter bonne année et prendre des nouvelles. Elle me raconte qu’elle a passé Noël avec tel et tel, qu’elle fait des peintures absolument fabuleuses, qu’elle offre à tel ou tel membre de la famille, jusque là tout est normal. Et puis bien sûr elle me demande pourquoi j’ai arrêté de dessiner, moi qui étais « très douée ». Je lui réponds que dans la vie il faut choisir, et que si on devait faire tout ce pour quoi on est soi-disant doué, on ne serait pas sorti de l’auberge. Et que pour ma part la pratique est la priorité n°1, pour le reste on voit ensuite. Si je lui dis ça, c’est parce qu’elle lit les livres du dalaï-lama, que c’était elle qui me parlait du Bardo thödol quand j’étais jeune, et qu’elle vient encore de m’écrire dans sa dernière lettre qu’elle parle tous les jours à Padmasambhava. Là, elle me demande à quoi ça sert de passer son temps à méditer, et je lui réponds que c’est la seule chose qu’on emporte avec soi quand on est mort. Que n’avais-je pas dit : « Oh là là ! Mais pourquoi as-tu besoin de penser comme ça à la mort !
- Ben, parce que ça va bien m’arriver un jour.
- La vie c’est pas fait pour penser à la mort, c’est fait pour en profiter, et être bien !
- Ma foi, tu as lu les mêmes livres que moi, tu sais très bien ce que les tibétains en disent.
- Ouais non mais tout ça, franchement… Moi, à mon âge, j’ai beaucoup de sagesse, et je sais que tout ça c’est des histoires. Personne ne revient.
- Il n’est pas question de ça. En attendant, j’ai vu ces gens de près, et ils sont sérieux.
- Ben moi je ne veux même pas les approcher ! Je veux garder ma liberté !
- Pas de problème, chacun sa liberté. Toi tu dessines, moi je médite.
- Dans la vie il ne faut pas être égoïste. Il faut être bon avec les gens, avoir de la compassion. S’occuper toujours de soi, ce n’est pas bien.
- Tu as parfaitement raison ».
End of conversation. Chacun aura compris que la méditation est une activité égoïste, puisqu’elle dessine « pour les autres », et que je médite « pour moi ».
Cela m’inspire 3 commentaires :
1) Offrir un dessin à quelqu’un n’est pas exactement un cadeau, c’est beaucoup plus complexe. En fait, le peintre représente toujours son corps énergétique. Si ce n’est pas un pratiquant, il nous offre simplement un paquet de ses névroses. C’est pour cette raison que j’ai autrefois refusé un dessin qu’elle voulait m’offrir. Inconsciemment, je savais que je l’aurais toute la journée à côté de moi, et que ce n’était pas ce qu’il me fallait.
2) En ce qui concerne la compassion, quand je lui dis qu’elle pourrait songer à se raccommoder avec sa fille (ma mère), qui semble avoir changé un peu, elle ne veut pas en entendre parler. « Et si tu t’entends bien avec ta mère, c’est bien. Chaque mère veut retrouver sa fille ». Alors que 30 secondes plus tôt elle prétend ne plus rien vouloir savoir de sa fille. Mais, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas de le folie. C’est de l’arrogance. Elle a raison, point. Il faudrait que sa fille vienne se traîner à ses pieds pour qu’elle condescende à bien vouloir lui reparler. Tout cela bien sûr en clamant bonté et compassion.
3) Pour le reste, pas besoin d’être devin pour voir où se situe le problème quand on sait qu’elle a 87 ans, et qu’elle n’a évidemment pas la moindre idée de comment ça se passe quand on est mort, surtout que ce ne sont pas les commentaires de Sogyal (du Bardo thödol) qui le lui auront appris. On voit également l’arrogance sus-citée qui ressort dès qu’on parle des maîtres. Personne n’a rien à lui apprendre, elle a tout compris. D’ailleurs, un peu plus tôt dans la conversation, elle m’a dit « Mon fils m’a proposé de m’offrir un beau livre, mais que ferais-je d’un livre ? J’en ai tellement lu, je sais tout ce qu’il y a dans les livres, ils ne peuvent plus rien m’apprendre ». Si c’était une pratiquante, je comprendrais. Il y a un moment où la clarté devient plus importante que ce qu’elle éclaire - et là encore, il reste encore quelques livres intéressants, des biographies de maîtres, par exemple. Mais de la part de quelqu’un qui n’a pas la moindre idée de la nature de son esprit, prétendre à l’omniscience relative, c’est une autre affaire… enfin bref, je crois que pour ma propre édification je devrais l’appeler plus souvent.
Je me doute que tout le monde a cela dans sa propre famille, puisque c’est la nature humaine. Et si j’en parle, c’est précisément parce que c’est universel.
Ces gens souffrent vraiment mais il est absolument impossible de les aider en quoi que ce soit, parce que ce qui les fait souffrir, c’est leur arrogance. C’est l’arrogance qui empêche de se réconcilier avec ses enfants alors que ce serait peut-être le moment d’y songer. C’est l’arrogance qui empêche de s’intéresser aux enseignements, qui sont la seule chose qui pourra nous aider une fois qu’on sera mort. C’est l’arrogance qui fait que si on rencontre quelqu’un qui pourrait nous aider, ça ne marchera pas. Comme le dit un ami : « Si tu mets la tasse au-dessus de la cafetière, c’est forcé que ça te tombe sur les pieds ».
10/01/06 :: Entomologie humaine ::
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Dans son blog,
Jeepy porte à notre attention une interview très intéressante (et qui va énerver Basilus).
http://news.stcom.net/modules.php?name=Downloads&d_op=getit&lid=136%20
28/12/05 :: Entomologie humaine ::
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Je sens que je vais me faire des amis. Mais, continuons la tournée.
Hier, en allant sur le blog d’un cyber-dépendant qui essaie de se soigner (blog qui semble avoir disparu aujourd’hui), j’ai noté un fait étrange. C’est au moment où le type commence à se sentir mal de son sevrage que sa femme commence à lui faire des sketches de la mort.
Imaginez que vous ayez un ami accro à l’héro, et que la seule personne qui pourrait le soutenir se met à le charger au moment où il commence à se rouler par terre. Qu’en concluriez-vous ?
Personnellement, je me dis qu’une nana qui vit avec un mec qui est cyber-dépendant depuis 20 ans, c’est qu’elle y trouve son compte. A-t-elle envie que ça change ? C’est une question certes très insolente, mais qui mérite d’être posée. J’espère en tous cas que les psys qui s’occupent de ces gens s’occupent aussi de leur conjoint. De même que les psys pour enfant s’occupent des parents. Il ne faut pas me dire qu’une femme qui vit avec un mec comme ça n’a pas sa part de responsabilité. Et si cette responsabilité n'est pas mise en lumière, quelle chance a le gars de s'en sortir ? Comme chacun sait, certaines nanas sont championnes pour charger le baudet, et moins il tient sur ses pattes, mieux ça leur va.
27/12/05 :: Entomologie humaine ::
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Depuis quelque temps, je retourne au gym pour faire de la
muscu avec Calimero (l’ex-Homme au Lévrier, mais Calimero ça lui va mieux
depuis qu’on s’est mis sérieusement à faire les jambes), et je découvre
un monde nouveau. Un monde que je fréquentais depuis 20 ans et que je n’avais
jamais réellement vu. Un monde de fous et de psychopathes – qui n’est bien
entendu pas spécifique à la muscu.
L’autre jour, par exemple, je vois un type avec un bras
dans le plâtre, que je ne connais pas, d’ailleurs : « Salut,
qu’est-ce qui t’est arrivé ?
– Une chute en scooter.
– Ah bon ? Et tu en as pour combien de temps ?
– 3 mois.
– Merde, c’est chiant pour la muscu, tu vas perdre.
– Non, je resterai pareil. Mon corps est immortel ».
Quelques jours plus tard, autre conversation, avec un
moniteur cette fois : « ça n’a pas l’air d’aller.
- Non, je suis nase aujourd’hui.
- Qu’est-ce qui t’arrive ?
- Je n’ai dormi que 3 heures cette nuit.
- Ah bon, ben faut te reposer.
- Je refuse. Je suis un robot ».
Un moniteur, c’est quelqu’un qui est censé conseiller
les autres.
Pour ce qui est du reste, je passe maintenant mes temps de
repos à regarder les gens, comment ils travaillent, comment ils marchent,
comment ils sont assis, ce qu’ils racontent quand ils discutent entre eux.
C’est édifiant.
Il y a plusieurs groupes :
- Les psychopathes : le regard vide, le teint hâve,
avec une absence totale de sensibilité. Apparemment, les autres les jugent
dangereux parce qu’ils s’en approchent avec réticence et restent méfiants.
Ils évitent de faire de l’humour avec eux.
- Les « gros » (minimum 100kg). En général
anabolisés jusqu’aux yeux, ce sont les rois de la salle, à tel point
qu’ils peuvent même se permettre d’être polis, parfois. On les voit
rarement bosser (miracle des anabos), et quand ils bossent, ils piquent tous les
poids.
- Les blacks, qui souvent sont des gros, et qui ne se mélangent
pas des masses avec les autres.
- Les moyens (environ 80kg) qui se prennent pour des gros,
et qui font beaucoup de bruit en reposant leurs poids pour que tout le monde
voie comme ils sont forts.
- Les maigres. On les remarque à peine, ils rasent les
murs.
- Les vieux : le matin, ils envahissent le Club Med
Gym Nation.
- Les homos, qui restent entre eux, et que les autres
regardent avec horreur et détestation. (Là où ça se complique, c’est quand
on a un gros black homo. Les autres lui parlent avec déférence, mais au fond,
ils lui en veulent. Je m’en suis rendue compte le jour où j’ai dit à un
gros black : « Dis-donc, tu commences à ressembler à machin »,
machin étant un gros black homo. Mon propos n’était pas de l’insulter,
plutôt de le complimenter en fait, mais si je lui avais dit « tu es un bâtard »,
ça n’aurait pas été pire).
- Et, pour finir, il y a les gens « normaux » :
sympas, ouverts, avec un regard parfois intelligent. Mais, si on discute avec
eux, leur normalité n’est qu’apparente (voir plus haut).
- Enfin, il y a les filles. On se demande ce qu’elles
foutent là au milieu, et de toutes façons, elles ne sont pas nombreuses. Mais
elles ont toutes quelque chose d’inquiétant.
20/12/05 :: Entomologie humaine ::
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Suite à ma replongée dans l’univers Marvel, deux personnages émergent simultanément de toutes ces trames d’histoires enchevêtrées à la mords-moi-le-nœud (comme pour les séries, il faut inventer des trucs de plus en plus délirants) comme étant les deux qui touchent chez moi des aspects émotionnels. Thanos et Galactus. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils ne sont pas moins compliqués que des personnages de Dostoïevski. La BD, comme la série télé, est un genre mineur, prise sur un volume. Mais pris sur 20 ou 40 ans et une centaine d’apparitions, un même personnage finit par devenir extrêmement complexe. Pas tous. La condition de la complexité, c’est que le personnage oscille entre « bon » et « méchant », et plus l’oscillation est forte, mieux c’est.
De ce fait, les super-héros ne deviennent jamais complexes, car, bien que les scénaristes trouvent des moyens de les transformer temporairement en méchants (Thor qui devient fou, Superman et la kryptonite rouge), il s’agit d’une subpersonnalité qui ne fait pas partie de l’ensemble. C’est juste une branche pourrie dans l’arbre. Inversement, les méchants toujours méchants ne sont pas intéressants non plus.
Non, le mieux, c’est le mec qui ne sait pas où il en est.
Galactus subit des oscillations d’autant plus intéressantes qu’elles sont très rapides. Dans FF257, on le voit prêt à se laisser crever de faim parce qu’il ne veut plus tuer un seul insecte (hanté par le « spectre de la compassion »), et puis tout à coup raser la planète des Skrulls et ses quelques milliards d’habitants (il faut dire que dame Mort lui a rendu visite entre-temps). Dans FF243, il arrive sur Terre pour la raser, le Dr Strange lui jette un sort qui lui ramène toute ses victimes en mémoire, et là, plaf, il tombe raide. Bref, il ne veut pas avoir d’états d’âmes, mais il en a périodiquement. Et puis il y a aussi les épisodes où il se rallie à des armées de super-héros pour éradiquer de l’univers une menace pire que lui-même, du genre… Thanos par exemple.
Les voici d'ailleurs face à face (Thanos #5) :
Thanos est un caractère très opposé. Galactus est un dieu, ou presque, il est grand et beau avec des pouvoirs qui le mettent sans problème au sommet de la chaîne alimentaire. Pratiquement personne ne s’oppose à lui, car personne n’en a les moyens (sauf depuis la création des BD Marvel. Là, en 30 ans, il a plus d’emmerdements qu’il n’en a jamais eus en 20 milliards d’années). Thanos pour sa part est un vilain petit canard avec des ambitions disproportionnées, car il y a un tas de gens qui sont aussi puissants que lui et qui pourront lui faire la peau si nécessaire. Par contre, c’est sûrement l’un des types les plus intelligents de la galaxie, ce qui fait que, malgré tout, il parvient 4 fois (si je compte bien), au pouvoir absolu. Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas le seul à y être arrivé si souvent et si complètement, puisque la 4ième fois, il surclasse toutes les entités cosmiques connues, et devient Dieu.
C’est là qu’on remarque de curieuses incohérences chez les scénaristes. Thanos, apparemment, a une vie en dehors de ses créateurs, dont ces derniers ne sont pas conscients (c’est d’ailleurs tout l’intérêt des personnages complexes). En fait, il est plus réel que ce qu’ils croient avoir créé.
En effet, par l’intermédiaire d’autres personnages, et de manière assez tardive (2002), il se fait accuser d’être vide, et sans émotions – un peu comme moi, d’ailleurs. C’est là qu’on réalise que les scénaristes n’ont pas la moindre idée de ce que peut être une émotion, et que l’on déterre une croyance intéressante, et très commune. Une « émotion », dans la bouche des gens, c’est quelque chose de positif. C’est presque synonyme de « valeur ». Quand on parle de quelqu’un qui peut éprouver des émotions, on veut dire par là quelqu’un capable d’aimer des choses belles et nobles. Le fait que Thanos soit « fou d’amour » pour dame Mort n’est pas une émotion. Le fait qu’il soit passionné dans ce qu’il fait n’est pas une émotion, tant que ce qu’il fait est « mal ». On nous dit qu’il est vide (et les scénaristes en sont apparemment persuadés), en fait il est plein de vie, plein d’humour, toujours plein de nouveaux projets. Alors que le vide a pour résultat la dépression. C’est là qu’on voit la confusion des scénaristes. Ils créent un personnage qui a pour vocation le « nihilisme » et donc la destruction, cependant ce personnage est plein de vie. Si son nihilisme était réel, ça ne serait pas le cas. Le mal qu’il fait n’est pas réel non plus – d’ailleurs, il sauve l’univers encore plus souvent qu’il n’a manqué de le détruire. Le fond du personnage n’est à l’évidence pas le nihilisme, c’est le jeu. Et un dynamisme assez peu courant.
Ceci pour dire quoi ? En face d’un tel personnage, si on a une position conceptuelle, on est mal. Mais si on en retient la « réalité », c’est-à-dire le dynamisme et le côté ludique, il est psychologiquement très positif. En fait, il nous montre que « penser tuer son voisin », et « tuer son voisin », ce n’est absolument pas la même chose, sauf si l’on veut les faire entrer artificiellement sous la même catégorie de « mal ». Ce qui libère, ce n’est pas de cesser de vouloir tuer son voisin, c’est de se rendre compte qu’il s’agit principalement d’un fantasme, qui n’a jamais demandé à être réalisé, et dont la nature profonde est le dynamisme. Thanos représente la vérité de nos mauvaises tendances : quelque chose qui n’est pas gênant et même plutôt sympathique, sauf si nous voulons les nier, et les juger. Si nous les nions, nous les refoulons, et là, elles agissent à notre insu : nous tuons réellement notre voisin, quoique pour des motifs vertueux. Ce qui est amusant, c’est que les scénaristes refoulent ces tendances, en jugeant mal le personnage, mais que le personnage lui-même échappe à ce jugement en étant drôle et plein de vie.
(Vu la complication du post, je doute que qui que ce soit y comprenne quoi que ce soit… mais bon, ce qui est fait est fait).
Repassons à Galactus, dont la leçon est toute différente. Lui, c’est le mâle alpha et prédateur par excellence. Une sorte de King kong évolué. Et comme chacun sait, King kong est un personnage tragique. Il n’est pas adapté au monde dans lequel il se retrouve, et personne ne peut l’aider. Quand bien même voudrait-il échapper à son sort que ce n’est pas possible. Il est d’ailleurs difficile d’imaginer la rédemption d’un tel personnage. D’un côté, il n’a pas le droit de mourir (je parle de Galactus) sous peine que l’univers entier y passe avec lui. D’un autre côté, il n’a pas le droit de développer de la compassion, sous peine de devenir fou. Par conséquent, il ne peut même pas avoir d’amis, puisqu’avoir des amis développerait son empathie, ce qui le rendrait fou. C’est le cercle vicieux par excellence. Maintenant, la question se pose de savoir comment un tel cercle vicieux a pu naître dans l’esprit des scénaristes.
Une phrase est intéressante. Une entité cosmique dit à un moment donné : « Galactus est le seul être de l’univers à qui la liberté de choix a été déniée ». En somme, c’est un cyclone qui aurait malencontreusement hérité d’une conscience. Dieu (ou Destin) et Homme en une même personne, en ce sens qu’il est l’auteur et la victime de la catastrophe. Personne et Quelqu’un en même temps.
Mais, est-ce que ce n’est pas notre lot à tous ? Ne sommes-nous pas tous auteurs et victimes de ce qui nous arrive ? Personnellement, quand je regarde autour de moi, c’est ce que je vois. Partout, des gens qui n’ont pas le choix. Yogi des Grottes me contait encore récemment l’histoire d’un tulkou à qui on avait prédit que s’il ne faisait pas un pèlerinage à tel endroit, il mourrait jeune. Quand on sait comment on considère les prédictions dans ce milieu, on imagine qu’il a dû essayer. Mais il n’a pas pu et il est mort à 27 ans. Moi-même, je me suis rendue compte que si j’étais atteinte d’une maladie mortelle et qu’il y ait un moyen de guérir, je ne suis pas du tout sûre de pouvoir l’appliquer. Y compris quand il est question de vie et de mort, je n’ai pas le choix. Ça donne à réfléchir.
Bref, en étant à la fois conscient et non-libre, Galactus nous montre la vacuité du « moi ». Et, de ce côté, une seule rédemption possible : reconnaître cette vacuité. En somme, c’est leur propre histoire qu’ont écrit les scénaristes, et leur propre impuissance à en sortir, car c’est pas demain la veille que Galactus aura un entretien avec le Karmapa (et les scénaristes non plus). Vu sa tournure de caractère, il estime que personne n’a rien à lui apprendre de toutes façons, ce qui est quelque chose d’extrêmement répandu. Régulièrement, j’entends des gens me dire « aucun maître n’a rien à m’apprendre, j’en sais autant qu’eux ».
(Il faudra d’ailleurs que je fasse un post sur les Immortels du Gymnase Club).
18/12/05 :: Entomologie humaine ::
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