L’Union européenne est une organisation politique et économique. Elle réunit 25 Etats , représente 455 millions d’habitants et s’étend sur une superficie de 4 millions de Km2.

Cet ensemble ne doit en aucun cas être confondu avec l’Europe en général.

Au sujet de l’intégration de l’Union européenne dans l’espace économique mondial, il est possible de se poser plusieurs séries de questions. Les premières sont destinées à évaluer le poids de cet espace économique. L’Union européenne est-elle une grande puissance économique ? Quelles sont donc les aspects de cette puissance et ses éventuelles limites ?

La deuxième série de questions porte sur l’organisation de l’espace économique européen et sur sa contribution à la puissance européenne. Quels sont donc les espaces centraux qui participent à la puissance européenne ? Quels sont les espaces périphériques ?



L’ensemble des espaces de l’Union européenne contribuent-ils à sa puissance ? Enfin, pour terminer, on peut s’interroger sur les conséquences de l’élargissement sur l’organisation de l’espace économique de l’Union européenne et sur la puissance de l’ensemble ?

I Les aspects de la puissance européenne. Une puissance essentiellement économique.

Comment se manifeste la puissance économique de l’Union européenne ?

a) Un système productif performant.

Avec un PIB annuel cumulé supérieur à 70 000 milliards de dollars, l'Union européenne dépasse les États-Unis et constitue désormais l'espace économique le plus puissant du monde. Industrie.

L'Union européenne arrive nettement en tête pour la valeur de la production industrielle.



Elle réalise 20% de l’acier mondial. La chimie européenne est la première du monde. Mais cette industrie est en cours de reconstruction. Dans certains cas, cette restructuration passe par des délocalisations vers des pays où la main d’œuvre est moins chère et moins protégée d’un point de vue social. Il y a dans l’Union européenne des firmes transnationales (Renault, Danone, Daimler) des grands groupes européens qui jouent un rôle majeur ( ARCELOR (Sidérurgie) ; EADS (Espace, Aéronautique et Armement), Altadis (Tabacs). Mais dans le domaine de l’industrie, il n’existe pas de politique commune. Agriculture.

L'Union européenne est la deuxième puissance agricole mondiale. Elle dégage des excédents importants pour l'exportation, ce qui la place en concurrence avec les États-Unis.



Pb : Cette agriculture subventionnée concurrence les productions des pays en développement. La logique productiviste connaît des limites ( coût des subventions, excédents, pollutions) qui expliquent la réorientation de la politique agricole commune.

Agriculture Productiviste : Une agriculture productiviste vise une production agricole maximale, les rendements les plus élevés, ce qui implique une forte mécanisation et un emploi massif d'engrais et de traitements chimiques.

Services.

L’Union européenne produit également des services 7 pays sont parmi les premiers exportateurs de services dans le monde . L’Union européenne est le premier pôle touristique mondial. Il représente 10 % des emplois en Espagne par exemple.

b) Une puissance commerciale.

L'Union européenne est le premier pôle mondial d'échanges commerciaux.

En 2002, (UE à 15) , elle réalisait 19 % des exportations et 18 % des importations mondiales de biens et de services contre 14 % et 23,2 % pour les Etats-Unis et 8,4% et 6,5% pour le Japon. Document 4 p 163. Ce constat doit être nuancé par le fait que les échanges intra-communautaires représentent une part importante du commerce de l’Union européenne. D’ailleur,s le commerce intra-européen s'est accru beaucoup plus rapidement que le commerce extra-européen. Cela semble logique dans la mesure ou l’Union européenne représente depuis l’élargissement un marché de 455 millions de consommateurs.



Les principaux partenaires commerciaux de l'Union sont les Etats-Unis (Les exportations dégagent ici un solde favorable à l'Europe), la zone asiatique ( solde commercial négatif). La part des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) dans le commerce européen a nettement diminué.

c) Une puissance financière réelle.

L'Union européenne est le premier pôle mondial émetteur d'investissements directs à l'étranger (IDE) 50 % de la masse mondiale des IDE en 2000. Les investissements européens ont considérablement augmenté dans les pays de l'Accord de Libre-Echange Nord-Américain (ALENA), de l'Asie industrialisée ou émergente et, dans une moindre mesure, en Europe de l'Est.

L'Union européenne est également le premier pôle récepteur de l'investissement direct dans le monde. Ces investissements proviennent en particulier des États-Unis et du Japon.

Mais il convient de noter que , la majorité des IDE des pays européens sont des investissements intra-européens. Cela permet de relativiser l’importance de la puissance de l’Union européenne. On trouve également des bourses importantes Londres, Paris,Francfort.

Conclusion : les aspects de la puissance européenne sont donc multiples. Cela contribue à faire d’elle un des pôles de la triade.

II Limites et incertitudes de la puissance de l’Union européenne.

a) L’euro en question.

La contribution de l’euro à la puissance européenne est ambiguë . En effet, la parité de l’euro témoigne de la confiance accordée à cette monnaie nouvelle. Elle permet également de réduire le coût de la facture énergétique puisque la plupart des transactions concernant les hydrocarbures se font en dollar. Cependant, le court élevé de l’euro par rapport au dollar pénalise les exportations européennes vers les Etats-Unis.

b) Qualité de la recherche développement mais insuffisance des investissements.

La recherche et développement de l’Union européenne est performante les programmes Eurêka (programme de coopérations transnationales industrielles et technologiques) et Galileo ( programme de lancement de satellites de positionnement et de navigation) en témoignent. Le conseil européen de Barcelone a décidé de consacrer 3 % du PIB à la recherche-développement. Cependant, les investissements dans la recherche développement sont insuffisants. L’UE risque de prendre du retard dans le domaine technologique. L’Europe est également victime d’un phénomène de « brain drain » en direction des Etats-Unis.

c) Les disparités régionales.

Remarque : Cette partie pourrait faire, à elle seule, l’objet d’un développement. Le parti est donc pris de l’intégrer dans cette leçon afin de démontrer que l’inégal niveau d’intégration dans l’espace économique mondial des régions européennes est une limite de sa puissance .

On observe, en effet en Europe de fortes disparités régionales. Ainsi qu’une intégration inégale des espaces dans l’économie mondiale.

Les espaces centraux de l’Union européenne : un ensemble multipolaire.

Des espaces.

Ils sont caractérisés par une population importante et un semis urbain denses, un niveau élevé d’industrialisation.

Localisation : Nord de la dorsale européenne, Sud de la dorsale européenne. Attention : le développement de cette dorsale est ancien. Certaines régions comme le Nord-Pas-de-Calais, La Lorraine, la Ruhr, le Lancashire en Angleterre ont connu des crises graves et sont donc en cours de reconversion.

Des métropoles.

Elles concentrent les hommes, les activités et les fonctions de commandement. Comme dans la plupart des aires de puissance et même ailleurs, on observe en effet un important phénomène de métropolisation. Dans le domaine des investissements, en Espagne par exemple, Madrid et Barcelone accaparent 80 % des IDE du pays.

Cette concentration des fonctions permet d’établir une hiérarchie urbaine. On distingue en effet, des métropoles de dimension mondiale qui participent à la puissance de l’Union européenne comme Paris, Londres voir Francfort ( Bourse et siège de la BCE). Il y a également des villes de dimension européenne, comme Munich, Rome, Madrid, Barcelone, Bruxelles et éventuellement Strasbourg (Parlement européen). Métropolisation : concentration des hommes et des activités dans les grandes métropoles .

Des réseaux :

Le long de la dorsale européenne les réseaux de communication sont particulièrement importants et complets. Mais dès qu’on s’éloigne de ce cœur économique des lacunes et des discontinuités apparaissent. Des projets sont d’ailleurs mis en œuvre pour relier les réseau nationaux. TGV-Est, Axe Lyon-Turin, TGV Montpellier-Barcelone-Madrid.

Des interfaces :

La façade de la dorsale européenne est l’une des plus actives du monde. Avec un trafic de conteneurs s’élevant à 6,5 millions d’Euros en 2002, Rotterdam (Pays-Bas) est l’un des premiers ports mondiaux. Cette façade maritime s’ouvre d’ailleurs sur l’axe maritime le plus actif au monde. Des régions transfrontalières actives :

Des périphéries plurielles.

Avant de réaliser une typologie de ces périphéries. Il convient d’effectuer deux remarques.

Premièrement, les périphéries ne constituent pas un ensemble homogène. Elles sont plus ou moins intégrées.

Deuxièmement même si dans l’ensemble le niveau de développement des nouveaux pays membres est en moyenne plus faible et même si les structures économiques et sociales sont encore différentes (secteurs primaire : 22 % de la population active ; industriel :33 % ; services 47% ) , c’est se tromper que d’assimiler l’ensemble des espaces issus de l’élargissement à une périphérie marginalisée .

Les périphéries intégrées.

A l’ouest : Ces périphéries qui peuvent être proches (Nord-Est de la France) ou éloignées (Irlande) sont fortement polarisées, caractérisées par un moindre développement et par une certaine dépendance vis à vis de décisions, d’investissements ou de marchés extérieurs.

Localisation : Sur la façade méditerranéenne, Catalogne, Région de Rome, Andalousie, Languedoc Roussillon PACA

Pour les régions intérieures : Périphérie de la Dorsale européenne ( Bassin Parisien- Est de la France, Bavière, Basse saxe , Thuringe en Allemagne) , Communauté autonome de Madrid.

On peut également citer l’Irlande. Qui a attiré des capitaux étrangers et a développé sont industrie électronique.

A l’est.

Il s’agit des capitales nationales de l’est et des régions intégrées récemment proche de la dorsale européenne. Ces régions ont un rôle important car, elles bénéficient de délocalisations en provenance de régions occidentales. Elles attirent donc les IDE.

On observe donc un phénomène d’attraction vers l’est avec peut-être une migration du centre de gravité européen.

Une région nordique apparaît autour de la Baltique avec l'intégration des pays Baltes et de la façade maritime de la Pologne aux économies de la Finlande, de la Suède et du Danemark. Une région centre-européenne se constitue autour de l'Allemagne et de l'Autriche avec, côté PECO (pays d'Europe centrale et orientale), la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et en partie la Slovénie. Un observe ici un comme effet d'axe : d'une part vers les Balkans, en direction de la Turquie ; d'autre part, vers la Russie via la Pologne. Ces deux axes se rejoignent en Allemagne à hauteur de Francfort. On a donc là une conséquence de l’élargissement sur l’organisation de l’espace européen. Deux exemples : Riga en Lettonie est plus équipée en bornes WIFI que Paris par exemple.

Réactivation de la région transfrontalière entre l’Allemagne et la Tchécoslovaquie.

Les périphéries marginalisées ou espace ultrapériphériques.

A l’ouest. Ces espaces sont caractérisés par un faible peuplement et par une longue dominante agricole. Ce sont des espaces qui bénéficient des politiques d’aménagement du territoire et des fonds structurels européens.



Fonds structurels européens : Fonds financiers européens qui permettent d’aider les régions en difficulté.

Localisation : Sud-ouest français , intérieurs espagnol et portugais, Mezzogiorno italien , régions septentrionales de la Scandinavie, Est Allemand.

A l’est.

Ce sont des périphéries nouvelles issues de l’élargissement . Au total, l’ensemble des nouveaux pays membres de l’UE devront recevoir 80 % des fonds structurels d’aide au développement. Localisation : 10 Nouveaux pays membres en dehors de leurs capitales et de leurs régions frontalières dynamiques.

Les régions ultramarines : Elles ont en commun d’être très éloignées des métropoles européennes et de souffrir d’une difficile mise en place du principe de continuité territoriale.

Conclusion : L’Union européenne n’est pas simplement divisée en trois zones ( la dorsale européenne, l’UE de l’ouest et l’UE de l’est) mais on peut distinguer trois types d’espaces : Les centres, les périphéries intégrées et les périphéries marginalisées, dispersés dans l’ensemble de l’Europe. De plus, on constate que l’espace économique de l’Union européenne est de plus en plus multipolaire. La carte des espaces économiques européens est donc plus complexe qu’il n’y paraît.

d) Elargissement et perspectives d’avenir.

L’intégration des nouveaux pays conforte donc les inégalités qui existaient déjà dans l’ensemble européen.

Le coût du développement de ces pays est élevé. Certains estiment que pour cela il sera nécessaire de tripler le budget de l’ Union européenne ( Aujourd’hui 1,27 % du PIB européen) pour permettre ce développement.

Par contre, l’intégration des 10 nouveaux pays permet l’extension du marché même si pour l’instant le pouvoir d’achat de leurs populations sont relativement faibles.

Conclusion :

La puissance économique de l’Union européenne est donc indéniable. Elle se manifeste de plusieurs façons. C’est un espace important de production de biens et de services, ses entreprises sont influentes dans le monde. C’est un pôle financier majeur. L’UE a en outre une place déterminante dans le commerce mondial. Cette puissance est cependant concurrencée par les autres pôles et par certains outils de leur puissance comme le dollar.

La contribution des espaces européens à la puissance de l’Union européenne est inégale. On distingue, en effet, des centres puissants et de dimension mondiale, des périphéries intégrées qui contribuent à la puissance européenne et des espaces marginalisés du fait de leur éloignement, de leur isolement ou de la crise qu’ils traversent. Ces disparités sont confortés par l ’élargissement de l’Union européenne qui entraîne l’intégration de régions en difficulté et en cours de conversion. Cependant, il serait caricatural de réduire les espaces issus de l’élargissement à cette seule situation. Certains comme les capitales des nouveaux pays s’intègrent bien dans l’espace européen voire mondial. Enfin, les 10 nouveaux adhérents peuvent renforcer le poids de l’Union européenne sur la scène internationale. Il s’agit maintenant de le vérifier dans d’autres domaines comme celui de la politique internationale où l’unité européenne est encore loin d’être réalisée.