LE CABINET DE CURIOSITÉS DES AMIS ET DES MOTS ET DES AMIS DES MOTS

Cher amis,
Je vous propose un nouveau jeu...

ENVOYEZ-MOI un poème - de vous ou d'un autre - , une citation, un titre de livre, une critique, une prose, des miscellanées, un morceau écrit, bref, un - ou des - "quelque chose" sous forme de mots que je rassemblerai sur le blog
LE CABINET DE CURIOSITÉS DE ÉRIC POINDRON.

Ce sera Le Cabinet de Curiosités des amis....
Je compte sur vous et sur ceux à qui vous ferez passer le message...
Ma contribution - parmi d'autres à venir :
"Ici nous vivons tous dans une ambitieuse pauvreté " Juvenal.
Eric Poindron
Vous pouvez déposer les mots sur :
Le Cabinet de curiosités de Éric Poindron
ou à : coqalane@wanadoo.fr

JE COMPTE SUR VOUS POUR ME CONFIER QUELQUES MOTS ET FAIRE PASSER LE MESSAGE AUX AMIS...
ENCORE MERCI

LE CABINET DE CURIOSITÉS DES AMIS ET DES MOTS ET DES AMIS DES MOTS

- ANOSMIE
– « “Ma grand-mère, qui perdait l'odorat, poussait la coquetterie jusqu'à prétendre n'aimer que les choses fades ; elle donnait ainsi le change en société, mais elle mangeait des tartines de câpres et de moutarde dans sa chambre.” » Robert Pinget in Graal Flibuste, (Danièle Momont, relativement traducRrice, JAMAIS JE N'AURAIS DIT çA)
- CITATIONS
– " Une femme du monde porte son manteau de drap comme si c'était son manteau de vison, et jette son manteau de vison comme si c'était son manteau de drap..." anonyme, (Mifa, ni vison ni drap, juste un vieux jean fané)
– « La réalité est une hallucination provoquée par la manque de rhum ». citation adaptée de Jibé Pouy (Nicolas Millet, écrivain, CARNET DE RHUM)
– "Seul l'amour sera toujours moderne." Jean-Luc Bitton, (Jean-Luc Bitton, écrivain, "maverick" & gardien de Jacques Rigaut, REVOLVER)
– "Voilà plus de cinquante ans que je suis dans les starting-blocks, et je viens tout juste de me rendre compte que je me suis trompé de course", Thierry Bourcy, (Thierry Bourcy, cinéaste, écrivain, THIERRY BOURCY)
– "Si les animaux n’existaient pas, ne serions-nous pas encore plus incompréhensibles à nous-mêmes ? Comte de buffon, (Aurélien Boilot, dit "Le Professeur", savant au Museum, CABINET DE CURIOSITÉS DU PROFESSEUR BOILOT)

– "L'homme inventa la roue. Puis, le monocle.", John Coolter, (Philippe Gindre, éditeur, LA CLEF D'ARGENT - LITTÉRATURE FANTASTIQUE)

– « Il vaut mieux de belles chimères qu'une réalité stérile », Chateaubriand, (Jean)
"Tout a déjà été dit, mais comme personne n'écoute, tout est toujours à redire" André Gide, Le traité de Narcisse., (Jean-Paul Fontaine, bibliomanographe).
– "Il faut sauvez les condors, non pas tant parce que nous avons besoin d'eux, mais parce que nous avons besoin des qualités humaines pour les sauver ; celles-là mêmes qui nous seront utiles pour nous sauvez nous mêmes...", Ian Mc Millan, 1870, célèbre ornitologue américain, (Benoît Coulin, étudiant en médecine, CARABIN)
– « Si le ciel dans sa bonté m’avait octroyé le bonheur d’avoir un fils, je lui aurais strictement interdit d’étudier la médecine. Il va sans dire que si il avais choisi une autre profession, je l’aurais étranglé ! » Seabury Quinn in Les Archives de Jules de Grandin. (Éric Poindron, L'ATELIER D'ÉCRITURE D'ÉRIC POINDRON)

– "Tout ce que je sais vient du noir" Jean Songe & "Celui qui ne danse pas ne connaît rien de ce qui se passe", Saint-Jean, (Yannick Bourg, écrivain, STRICTEMENT CONFIDENTIEL)
– "Si les héroïnes de Racine avaient eu leur permis de conduire, nul doute qu’elles auraient brûlé tous les feux, sur leur passage…", Clopine Trouillefou, (Clopine Trouillefou, CLOPINERIE)

- DÉFINITION
- EXTRAITS
– "vous ai-je raconté qu'au printemps dernier il m'a dit qu'il me fallait faire couronner toutes mes dents ou sinon les arracher toutes ? j'ai décider de les faire couronner parce que j'ai pris l'habitude d'avoir des dents. 84, Charring Cross rooad, de Helen Hanff, (Éric Poindron, L'ATELIER D'ÉCRITURE D'ÉRIC POINDRON)
- FEUILLETON
– On se souvient qu'en visitant en France un Musée du crime, Sir Arthur Conan Doyle s'écria devant la photo de Bonnot: "Mais c'est Jules, mon chauffeur !" Ce dépassement (autorisé et motorisé) de la fiction par la réalité ouvre un champ à l'imaginaire :

Gardons-nous de la facilité (Jack L'Eventreur secrétaire particulier de Fantomas !) pour explorer davantage l'ironie du sort...
Voyons, qui a une idée ? Monsieur, ici...Non ? Madame, alors, les femmes ont toujours une longueur d'avance en matière d'intuition... Prenez le micro s'il vous plaît, voilà, nous vous écoutons...
Tout en elle étourdissait. D'une voix grave teintée de malice, elle commença son récit.
" – Je suis cantatrice, mais pour Monsieur Sherlock Holmes, j'étais, je suis "LA" femme. Je m'appelle Irène Adler. Ce que j'ai a vous dire dépasse l'entendement et le cadre de mon métier. L'Opéra avait son fantôme, certes. Eh bien j'ose affirmer ici que ce n'est rien ou bien peu à côté de l'histoire dont j'ai été le témoin -très involontaire- il est vrai.
Tout a comencé à Manderley, propriété familiale dont Max de Winter m'avait laissé la jouissance durant son séjour à Monte-Carlo.
A suivre. (Jan-Paul Machetel, écrivain & piéton)
* INC(L)ASSABLES

- LIVRES
– Indispensables livres !
Mes premiers quatre sous gagnés grâce à mon premier poste, j'ai acheté une série de six livres magnifiques et depuis je n'ai pas cessé de le faire.
J'en ai partout dans la maison.
J'ai commencé à en donner à mes enfants pour leur chez eux. Je ne serai pas éternelle, mais les six premiers livres, un peu jaunis et sans aucun doute bien dépassés, je n'arrive pas à m'en séparer !!! (Viviane Dulac, LE MIROIR DU TEMPS)
- MISCELLANÉES
- POÉSIE
– "Connaissez-vous, vous qui avez l'accès des livres, connaissez-vous les grandes routes que de leurs nostalgies, de leurs souvenirs, les poètes ont tracées pour offrir à nos peines des chemins sans cailloux ni cantonniers ni gardes ? /Ce n'est pas péché que de s'attarder sans profit sur ces routes.", extrait d'un poème inédit de Jean de Boschère, (Benoît Virot, éditeur, LE NOUVEL ATTILA)
– Les dits de Nantes
« Vienne le nain / En ce jardin / Passe le temps / Passent les fleurs / Périssent les passants / Perdure le nain / En ce jardin. Le dit du nain de jardin japonais (© Jack Chaboud (inédit, de Nantes), Jack Chaboud, écrivain)
– Au pays des malices
Alice hélas glisse / Dans un pot de mélasse / Ou se prélasse la réglisse / Et tourne, hélice / Comme de la mélisse. / Malheur, / Tant de fausses douceurs / Pour un chapelier fou / Mol et lascif / Comme un lapin poussif. (© Jack Chaboud (inédit), Jack Chaboud, écrivain)

Ce poème là, que j’ai eu la chance de découvrir lu par l’auteur, sous les voûtes de la maison de l’architecture, salle de la chapelle, Paris Xème arrondissement… C’était un magnifique moment.
– Chaudement là
Finalement / Il n’y a que moi / En moi il n’y a que moi / C’est beaucoup / Ce qu’il y a en moi / D’inexploré / Je le sais il est à fleur de peau / Ce qu’il y a en moi / D’inexplorable / Je sais qu’il est à fleur de tête / Ou affleure-t-il au coeur ? / Qu’y a-t-il de plus facile à atteindre ? / D’où les mots sortent-ils ? / Projetés par l’inexplorable innommé / Pourtant s’écrivent / La nuit le jour. / Pas de différence la nuit le jour / Pas de différence dans l’extrafolie / Pas de différence dans la douleur / Tête coeur / Pas de différence / Poser la question. / La question se pose / la question seule se pose / Sur la page seule s’écrit se continue se lit / Seule. / Je me lis seule me continuant d’écrire / Je seule lis moi cette folie / Est-ce moi seule cette folie ? / Si je me lis ? / Si je m’écris ? / Creuser creuser si j’écris / Creuser creuser si je me lis / Quelle différence ? / S’écrit-elle la différence ? / Qu’y a-t-il entre / le différent inexploré et le différent inexplorable ? / Creuser creuser creuser / D’où les mots différents sortent-ils ? / Sortent-ils différents ? / Sortent-ils de la peau ? / Sortent-ils de la tête ? / Sortent-ils du coeur ? / Sortent-ils ? / Où creusent-ils ? / À quel endroit nommable ? / Creusent-ils ? Creusent-ils ? / Creusent-ils l’endroit ? / Creusent-ils l’envers ? / Creusent-ils l’envers de la peau ? / À l’envers de la peau / Le coeur la tête / De la tête à l’envers sortent /Les mots de la peau / Il faut en passer par là / À l’envers de la peau la tête / Le coeur repassera / Me lira le coeur / Le coeur repassera les mots / Bien chaudement le fer à repasser / Chaudement le coeur pour repasser /La tête froide des mots sortis /De la tête froide /Il faut en passer par là /La tête froide /Pour passer les mots /Aux différents /Ceux qui lisent /Ceux qui lisent /Ceux qui lisent /Ceux qui croient que / Je suis seule au monde / Ont raison / Et eux les mots ont raison / Et eux les morts ont raison / Seuls sous le coeur du moi / Seuls inexplorés sans moi froids / Moi toute inexplorable /Chaudement là / A creuser dans le froid / Dans le cratère du froid / Dans le froid Chalamov / Dans l’Est Chalamov / A l’Est du moi / A l’Est de moi / A l’aide de moi / Où ça creuse / Dans ceux qui lisent /Dans ceux qui lisent / Dans ceux qui lisent / A l’envers de moi / Il n’y a pas de moi / Que des mots qui traversent / C’est beaucoup /Finalement.
Dominique Dou, extrait du recueil L’Énergie de l’erreur, paru aux éditions Dumerchez, sept. 2007 (Ingrid Thobois, écrivain)
– Classé X
axe exaltant / ton exil de silex / exhausse chaque excès /son examen / me laisse exsangue /exonérée de l'exigence /luxe anxieux / tu excelles extrêmement / dans l'exotique onyx / du sphinx fuligineuse (Fuligineuse, SABLIER)
– "Debout dans la cuisine
Elle égrène / Un chapelet de groseilles
Le soleil a heurté ma vie / De cet éblouissement / J'ai retenu ton visage
Tu es belle / Comme une couleur qu'on a omis de vernir
Chaque matin / La veuve emplit deux tasses
Chaque matin / Elle vide le contenu d'une tasse / Dans l'évier
Il n'y a jamais assez de tendresse / Pour un homme rongé par l'idée du dernier voyage
Mettre le feu à notre vie / Pour que la partie qui ne brûle pas / Nous apparaisse"
Mathieu Gosztola, la musicalité du vide.
– Savoir guetter, / sans impatience, / les matins épris de rosée où le soleil, / déployant des scintillements joyeux, / dessinant un parfum d'inespéré, / fait frissonner l'impossible., (Katch, poète, KATCHDABRATCH)
– "Nous vivons dans l'oubli de nos métamorphoses.Le jour est paresseux mais la nuit est active. Un bol d'air à midi la nuit le filtre et l'use.", Paul Eluard, (CATHULU)
– Poème aux gardes des pousses
– Ce n’est qu’une occasion, je la retrouverais. / C’est ce qu’on dit quand on n’a pas beaucoup d’intérêt. / Une de perdue, dix de retrouvées, prédit le dicton / Ce n’était qu’une occasion, de toutes les façons. / Oui, mais si j’avais fait … C’est aussi ce qu’on se dit souvent après coup. /Avec des si mettre Paris en bouteille, pourquoi pas après tout ? / Cet échange de quelques minutes, qu’est-ce que c’est dans une vie ? / A peine de quoi se demander : qu’est-ce qui se serait passé si … / Ca peut ne rester qu’un souvenir, un moment quelconque parmi d’autres. / Ca peut devenir du remord, même si ce n’est pas de notre faute. Ca peut facilement s’oublier, pour peut qu’on le veuille. / De toutes manières, pas de quoi porter le deuil. / C’est notre propre vie, on en fait ce qu’on en veut. / On peut rêver aussi, ce qu’on veut ou ce qu’on peut. / Ca dépend de qui on est, de notre personnalité. / Nos pensées, personne peut vraiment à fond les déchiffrer. / Cette brève rencontre … est-ce que j’aurais loupé ma chance ? / Est-ce que je la raterais de nouveau si ça recommence ? / A quoi bon se questionner, se tourmenter l’esprit /Ce n’était qu’un moment, bon ou mauvais, il est parti. (Lucie, aka Miss Einsam)
Ô gardes des pousses venues du cœur / Ne criez pas tant / Je vous entends / Même là cachés comme vous l’êtes / Ô bêtes qui parlez comme nous / Mais plus clair / Continuez à tirer / Nos arbres/ vous suivront bientôt / Au séjour sombre où vous vous tenez / Ils marcheront / Ils danseront / Et nos morts avec eux / Sous les pavés sous les places sous les plages / Vous grignotez / Ce sont /vos pauvres mots / Que vous façonnez ainsi / Ils disent : / Grrr…Grrr…Grrr… / Gredins / Gradins / Gratins / Grondins / Gros poissons des souterrains / Qui ondoyez comme des seins / Ou des saints (disait El Greco), Bruno Montpied, poème inédit, avril 2008 (écrit durant une dérive individuelle quoique simultanée avec celles de divers membres du groupe de Paris du mouvement surréaliste), (Bruno Montpied, LE POIGNARD SUBTIL)
Quand nul ne la regarde / La mer n'est plus la mer / Elle est ce que nous sommes / Lorsque nul ne nous voit / Elle a d'autres poissons / D'autres vagues aussi / C'est la mer pour la mer / Et pour ceux qui en rêvent / Comme je fais ici., Jules Supervielle, (Christine Jeanney, écrivain, POSUTO)
– Le Monarque et les Folliculaires & Chemin de Canossa, (de O. R. À LIRE ABSOLUMENT sur le blog LE BOEUF QUI PLEURE)
– Baiser
Quand hors de tes lèvres décloses, / Comme entre deux fleuris sentiers, / Je sens ton haleine de roses,
Les miennes les avant-portiers / Du baiser, se rougissent d'aise, / Et de mes souhaits tous entiers / Me font jouyr, quand je te baise.
Car l'humeur du baiser appaise, / S'escoulant au coeur peu à peu, / Ceste chaude amoureuse braise, / Dont tes yeux allumoient le feu.
Ronsard (Viviviane Dulac, LE MIROIR DU TEMPS)
– « epsilon »
Je suis un homme sans enfance / Moitié remord moitié fumées / Dans ma tête dansent les nombres / Et je blanchis comme un été /Sur les crêtes du sable sombre
Je suis un homme du silence / Gris rangé sous les lois du temps / La mer mortelle offre ses chances / St je me hâte dans le vent / Nageant vers l’insignifiance
Je suis un homme solitaire / Que la douleur a dévié / Les vagues montent à la terre / Et moi je sombre décrié / Sous les mouettes qui délibèrent
Sœur la mort ô sœur difficile / Tu m’attends couche de la mer / Oubliez-les ainsi soit-il / J’étais un rire du désert
J’étais une bouche inutile
Jacques Roubaud, (Dominique, NUAGE ET VENT)
- PROSE
– Lucien
Une fois par mois, Lucien s'enferme dans la pièce qu'on lui prête. Il prend sa journée et la pose allongée à côté de lui sur un matelas de crin. Il passe sa journée sur le plafond, tord sa journée dans l'eau de la bassine, recoud ses trous de journée sur ses habits, car il sait coudre. Au bout d'un an, ça n'est plus le début, mais personne ne sait comment ça s'appelle, c'est l'après-début. Lucien prend sa journée et la fait marcher dans les environs ou l'assoit dehors s'il fait soleil." (extrait de Charlemoi de Christine Jeannney, éditions ArHsens, Christine Jeanney, écrivain, POSUTO)

– Vertige du sujet poétique
"(...) Maître des lieux et maître du jeu sans gain – mais combien mon implication intégrale sur ce tapis où s'abattent les cartes d'une bonne aventure me paraît nécessaire – je le demeure, même si ces gouffres qui se remplissent des effusions de ma perte me sont totalement inconnus. J'erre, c'est un fait; et pourtant, je sais plus que jamais où je suis mené… Passé sous l'écorce, mes ailes ont pris feu, volontairement, pour s'unir au mouvement embrasé qui conduit là-bas, au fond, où les flammes inclinées vers une lumière froide sont faites de neiges éternelles, et d'où ne parviennent à percer que les chants mélodieux des hydres qui me guident. Ma tête, la première, tenue becs et ongles, tournoie en tombant – vers quelle improbable ascension ? ne dirait-on pas qu'elle vole vers un ciel solide ? – et s'enivre des périphéries spectaculaires dans lesquelles l'histoire achoppe au mythe et s'immobilise dans l'espoir de trouver le courage de la défenestration. (...)" Mikaël Lugan, Vertige du sujet poétique, (Mikaël Lugan, poète et gardien de Saint-Pol Roux "le Magnifique" LES FÉES INTÉRIEURES)
– Au sud du sud
Au sud du sud, que je situe à l’instant plein ouest d’Ouessant, sous un ciel de plomb veiné de blanc de zinc qu’une bande de gris ombré sépare du vert bitumé de la mer, je me trouve, encore très petit, quoique je pense là encore avoir déjà sept ans et que c’est le seul sentiment de l’immensité de l’océan qui me minimise ainsi que le plus amenuisé Gulliver – plus exactement : nous nous trouvons là, le Président et moi, et mon grand-père me fait regarder la mer et me fait voir, me fait scruter et me fait observer, me fait observer et me fait scruter, me fait voir et regarder la mer où nous arrivent de partout des vagues et des vagues, et d’autres vagues encore, et d’autres derrière elles qui semblent naître d’elles pour se confondre à elles tandis que d’autres derrière elles les chevauchent soudain et les soumettent avant d’être chevauchées et soumises à leur tour, et chevauchant celles de devant avant d’être chevauchées se busquent et se renversent à la fois comme des piles de tuiles d’eau que le vent dresserait et ferait s’effondrer en même temps, ou comme des briques d’eau s’élevant en murs qui éclatent et nous aspergent jusque sur la berge, et toutes nous arrivant dessus, toutes nous faisant avancer et reculer en même temps en criant et en riant en même temps, le mur écroulé redevenant vague et vagues multipliées sur d’invisibles et mouvantes épaules où s’ébrouent et se répandent des chevelures d’écume sous le vent les ébouriffant et les soulevant, les traversant de son élan fou venu de Dieu sait où…
Regarde-les, me dit mon grand-père, regarde-les toutes et chacune, regarde ce qui les distingue et ce qui les unit, donne-leur à toutes un nom pour les distinguer et donne-leur le même nom si tu trouves ce qui les unit, ou alors donne ta langue au chat, et je pensais à Illia Illitch dans son antre de sous les toits de la maison de mon grand-père, et je regardais la mer, et je cherchais le nom des vagues, mais dès que j’allais en nommer une l’autre la chevauchait et la soumettait. Je ne savais rien encore de l’ondin qui chevauche l’ondine, je n’avais vu jusque-là que le cheval chevauchant la chevale, mais à présent c’étaient les vagues, qui n’ont pas de corps ou tous les corps, les vagues qui ont tous les noms ou rien qu’un seul que seul le chat à sept langues connaissait, qui l’avait dit en secret à l’étudiant Illia Illitch logeant dans les combles de la villa La Pensée, lequel étudiant russe l’avait répété à mon grand-père qui, finalement, ce jour-là, me dit voilà: voilà la secret des noms des vagues.
Regarde la mer, me dit mon grand-père et voici que sa main plonge dans la vague et en retire une main d’eau dont il me dit : voici l’eau de la vague qui est celle de toutes les vagues, voici une main de mer qui est toute la mer. Toi-même que j’aime, comme ton grand frère et tes sœurs que j’aime, tous nous sommes des poignées de mer mais à présent regarde-moi : je te bénis de cette main de vague. La mer t’a giflé et te giflera, mais avec la même main d’eau je te bénis et t’appelle par ton nom. (extrait de L’Enfant prodigue, récit en chantier, Jean-Louis Kuffer, écrivain, CARNET DE JLK)
– Voici mon "quelque chose" écrit pour le cabinet de curiosités (c'est ce que j'ai répondu pour la fin d'un roman ou d'une nouvelle étrange qui sortira bientôt) : "Alors s'ensuivit cet instant qu'elle connaissait si bien, mélange de douceur et de brutalité où le haut et le bas se confondent, délicieuse et étourdissante agonie. Mais Il était là cette fois, avec elle. Ses yeux bleus plongés dans les siens" (Marine)
– LA MUERTA.
"La recette c'est de la vodka. Tu ten fous plein la gueule et quand c'est débordé à quatre pattes pour lécher ce qu'est tombé par terre. Cette terrible grandeur qui grogne", signé Didier non, scor (Didier P., chercheur)

- RUINES
– Visitant Munich, Julien Green note dans son « Journal » du 20 août 1952 (la date n'est pas sans importance) : « Dans la Maximilianstrasse, une grande ruine sur laquelle se voit une pancarte avec ces mots : "Ruine à vendre" (/Ruine zu verkaufen/). », (Stéphane de Becker, chercheur, PRESQUE PARFAIT)
- VILLES
– « Si je te dis que la ville à laquelle tend mon voyage
est discontinue dans l'espace et le temps,
plus ou moins marquée ici et là,
tu ne dois pas en conclure qu'on doive
cesser de la chercher. »
Les villes invisibles d’Italo Calvino (Loïs de Murphy, BIFFURES CHRONIQUES)

Peinture de Remedios Varo.
- VRAC
– C’est tout frais d’hier, ce n’est pas une citation, c’est la vie des mots, c’est d’un ami consultant qui m’explique ceci :"Je viens de rentrer chez Business Project, ils ne savent pas encore ce qu’ils veulent faire mais ils vendent un produit d’aide à la décision.", (Llibert Tarragó, éditeur, LES TROTTOIRS DE BARCELEONE)

- (SOUS) X
Un matin pluvieux et morose de janvier à A. , la lumière blafarde de la pièce rendait encore plus jaune le visage des participants à ce petit remue méninge de rentrée. Notre Chef Bien Aimé à Tous tentait vaille que vaille de cacher un bâillement en un éternuement qui ne trompa personne, mais pudiquement tout le monde détourna les yeux se plongeant dans l'observation intense de son gobelet de café soluble trop amère. Subrepticement Notre Chef etc. etc. jeta un coup d'œil à sa montre, 8h43, en cochant mentalement une nouvelle case « réunion ou je me fais chier comme un rat mort ». Réunions pour le budget, les demandes diverses et variées, les récriminations, les projets, les gens que l'on rêve de virer mais qui seront encore la à la fin de l'année, ceux que l'on engage contraint et forcé, ceux qui savent-tout-parce-que-vous-vous-ne-savez-rien......De ses réunions d'ou il ressortait en psalmodiant le Dies Irae « Jour de colère, jour de deuil, ciel et terre seront réduits en cendres ».
Une fois tout le monde arrivé, Notre Chef Bien Aimé à Tous ouvrit les hostilités :
-Bon alors par quoi on commence ?
Il regarde soucieux son papier
-Ah oui ! A chaque fois j'oublie ! Bonjour à tous
Et il coche quelque chose sur son papier. En réponse il y eut un marmonnement du peuple, une réponse claire et sonore des fayots malgré les aphtes attrapés à force de trop de servilité. -Premier point : que propose t on de nouveau cette année à la bibliothèque ?
-Si je peux me permettre, je parlerais de bateau (l)ivre pour qualifier cette bibliothèque, ricana un participant à la réunion.
-Comment tu le sais tu n'y mets jamais les pieds ? lui rétorque une participante, d'ailleurs sais tu seulement lire ?
-STOP ! crie Notre Chef Bien Aimé à Tous, ne commencez pas ou alors...ou alors....Je me couche par terre !
Quelqu'un proposa :
- Pourquoi pas un club de lecture ?
Silence. Notre Chef etc. etc. regarde avec suspicion la personne qui a osé émettre cette idée.
- Sans vouloir avoir l'air agressif, vous ne seriez pas un agent double venus saboter le Centre ? Vous voulez nous rameuter toutes les Miss Marple de Amman ? Ou pire vous voulez nous faire un épisode du « Club des Cinq à A. » ?
Soudain il s'arrête en plein élan, une lueur d'effroi dans les yeux. Notre Chef ect.ect. se met à compulser fébrilement ses dossiers en marmonnant « buvez, ceci est mon sang, ils vont m'achever dans ce Centre ». Il finit par sortir triomphalement la fiche qu'il cherchait
- Jesus Marie Joseph l'ane et le boeuf ! Je vérifiais que dans le budget une demande de sandwichs au concombre servis par Jeeve n'avait pas été faite pour la cafétéria.
- Tiens ce ne serait pas un mauvais idée, parce que soit dit en passant à la cafétéria coté bouffe c toute l'année ramadan....
- On s'en fout ! rugit Notre Chef Bien Aimé à Tous, alors ça pour balancer des vannes pourries, des blagues de chambrés militaires qui puent vous êtes les premiers, ça y va, vous payez des royalties au Professeur Choron ou quoi ? Par contre pour avoir une idée potable, la il n'y a plus personne
- De quoi, se réveille un participant, Hara Kiri va être réédité en J. ?
Gémissement de Notre Chef Bien Aimé à tous
- Bande de drogués ! Douce Vierge délivre moi du poids de mes péchés, efface mes iniquités et donne moi la paix en Christ. Ite missa est, Amen !
Dans un coin, les glandeurs sans qui une réunion ne serait pas une vraie réunion, s'échangeait leurs souvenirs masturbatoires de Fluide Glacial et autres Gai Luron.
- Au fait, et ma demande d'abonnement à Charlie Hebdo ça en est ou ? lance quelqu'un
- Compte dessus et reçoit un abonnement à Telerama, soupire une bobo-révolutionnaire de salon en secouant la tête
- Et pourquoi pas Chérèque responsable syndical au Centre ? proteste un communiste refoulé.
- Ou alors on refait le Club des Hachichins, rêve un autre, en toute modestie je trouve que j'ai l'envergure de jouer Théo Gautier. Le problème risque d'être l'approvisionnement en substances diverses et variées.....
Il se murmure qu'à ce moment il a fallut retenir Notre Chef Bien Aimé à Tous qui tel une mater dolorosa voulait se coucher par terre pour ne plus se relever.
Toute ressemblance avec des personnes existantes n’est que pure coïncidence….
(Sofiya Aghouchy, professeur de FLE a l'universite d'Amman en Jordanie)

Avant cette révélation, on vous aurait dit qu'il existait à Paris en 1845, à cette époque d'agiotage et de chemins de fer, un ordre des hachichins dont M. de Hammer n'a pas écrit l'histoire, vous ne l'auriez pas cru, et cependant rien n'eût été plus vrai, -- selon l'habitude des choses invraisemblables (LE CLUB DES HACHICHINS, Théophile Gautier, 1811 - 1872, précision de l'éditeur)
10/04/08 :: LABORATOIRE :: aucun commentaire





