Etat policier, peuple opprimé, et la demande démocratique en Chine
mardi 9 septembre 2008 :: Débat, reflection :: Alerter la modération
Quand j'ai croisé les collègues après mon retour de Chine fin août, les échanges tournaient au tour des vacances de chacun. On me demande si je suis allé à Beijing pour voir le JO. Je leur ai dit "si, je suis allé finalement, et il y avait une super ambiance de fête dans les stades". L'une me regarde, toute étonnée, et m'interroge: "les gens ont vraiment fêté?". A mon tour, je suis étonné de cette réaction. Finalement, j'ai compris. Quand on lit les commentaires des internautes à propos de la Chine, voici les termes souvent évoqués: "travailleurs esclaves", "peuple opprimé", "état policier" etc. Donc, forcément, les gens devraient faire la tête tout le temps. En effet, en parlant de mon voyage prévu en Tchèque, un collègue me prévient de faire attention aux voleurs, et me dit que ce type de problème ne doit pas exister en Chine puisqu'il doit y avoir des polices partout. Ces discussions nous renseignent comment les Français imaginent la vie quotidienne en Chine.
Certes, la liberté d'expression reste à désirer en Chine, mais on oublie une chose fondamentale. J'emprunt la fameuse phrase de Clinton: "it is the economy, stupid". Sur ce plan économique, la Chine est vibrante. Il suffit de visiter la Chine à l'intervalle de 2-3 ans pour se rendre compte à quelle vitesse elle évolue. Tous les restaurants, les bars, sont toujours remplis tout le temps. Le niveau de vie de la plupart augmente depuis 30 ans à un rythme très soutenu. Pour le moment, ce formidable développement économique crée une dynamique de la société pour les classes moyennes.
On voit rarement la présence de police dans les villes en Chine. Un collègue français, à Beijing pour un congrès international, me demande si les policiers ne sont pas cachés quelque part, parce qu'il les attendait partout alors il ne les voyait pas. Peut-être il y en a qui cachent, surtout à des points sensibles, mais je pense qu’il est vrai qu'on voit beaucoup moins de police en Chine, encore moins ceux portant une mitrailleuse sur une épaule comme on voit en France. Cela dit, le gouvernement arrive toujours à bien contrôler, s'il souhaite, non pas à travers de la présence de police, mais grâce à des systèmes plus subtils: les réseaux d'organisation dans les quartiers et les lieux de travail. En cas de crise (comme lors de SRAS), le gouvernement central donne un ordre, et il est exécuté à travers les échelles de cette organisation.
La demande de la réforme démocratique a été très forte en Chine dans les années 80, avec le mouvement sur la place Tian An Men en 1989, réprimé. Ensuite, la Chine a vu l'effondrement de l'URSS et la réforme très douloureuse dans les ex-pays communistes en Europe et en Russie. En parallèle, le fort développement économique et le passage de pouvoir en douceur en Chine a incité beaucoup à la prudence pour la réforme politique. Il est aussi vrai, sans nier tous les problèmes existants, que le développement économique a ouvert beaucoup d'espace de liberté qu'ils n'existaient pas avant. Du coup, les demandes de la population est devenu plus concrètes: justice sociale, égalité de chance, meilleure éducation etc, signe d'une société civile en construction. On a l'impression que c'est la même logique appliquée pour la réforme économique et politique: traverser la rivière en touchant la pierre, la fameuse philosophie de Deng. Pour les spectateurs occidentaux, qui regardent la Chine de loin, le signe de progrès peut paraître lent et minime, alors de l'Intérieure, on voit la Chine progresser, doucement, mais sûrement.
Commentaires :: Ajouter un commentaire
Aucun commentaire pour le moment.