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Polo bleu, carrure athlétique, jeans, chaussures à semelles antidérapantes pour courir après la délinquance, la criminalité et toute la méchanceté du monde. Pas de doute, ce sont des flics. Et non, vous n'avez pas la berlue, ce sont eux qui se déhanchent en rythme sur la scène du Dark Blue à Mimizan, pour les Festidays gay, festival lesbien, gay, bi et trans.

Et, si ces spécialistes de la contredanse entrent dans la danse - vêtus de chemises réformées de la police, s'il vous plaît -, ce n'est pas par passion des entrechats mais pour faire passer le message de l'arc-en-ciel. Entendez que ces fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, symboles s'il en est du maintien de l'ordre, sont homosexuels. Et ils le disent, au sein de leur association, le Flag ! comme Flagrant délit, mais aussi comme rainbow flag (arc-en-ciel en anglais).

Et même des commissaires

Une histoire qui se fout des tabous depuis 2001. À l'origine de cette association culottée, « une dizaine de collègues parisiens ». Sur une communauté Internet, ils appellent à se rassembler pour protester contre l'homophobie en interne. Ainsi naît Flag !, qui, dès 2002, ouvre sa porte aux gendarmes. Et aujourd'hui à d'autres uniformes : police municipale, douane, pénitentiaire... « Nous sommes 450 adhérents, 80 % de policiers et 20 % de gendarmes », commente l'actuel président, Jérôme.

Des adhérents qui arborent sur leurs épaulettes tous les galons de la hiérarchie. Les commissaires sont juste un peu plus discrets : plus difficile pour eux de s'exposer, en assumant par exemple un rôle relais régional. C'est d'ailleurs pour trouver un ambassadeur du Sud-Ouest que le Flag ! en visite à Mimizan a rencontré vendredi dernier le nouveau directeur de la sécurité publique des Pyrénées-Atlantiques (Thierry Alende), qui chapeaute les commissariats de Pau, Bayonne et Biarritz. Tandis qu'à Bordeaux, déjà, les jalons ont été posés et des affiches placardées au commissariat. D'ailleurs, une dizaine de policiers girondins ont d'ores et déjà rejoint les rangs de l'association.

Gyrophares et boîtes de nuit

« On ne fait pas de prosélytisme », tempère toutefois Pascal, major à Toulouse, dans la police depuis vingt et un ans et originaire d'Hagetmau, dans les Landes. Pas question non plus de devenir un rassemblement festif gay. « Ni un club de rencontres. » Parce que le Flag ! est une association très sérieuse, créée pour lutter contre l'homophobie entre collègues mais aussi soutenir toutes les autres victimes. « Nous sommes au service du public et tout le monde peut venir porter plainte au commissariat s'il est victime d'homophobie. Nous ferons tout pour qu'il soit bien accueilli. »

Et tant pis s'il faut user de moyens plus ou moins conventionnels pour porter ce message : de la très officielle conférence dans les écoles de police au module de formation dans les écoles de gendarmerie, en passant par le défilé à la Gay Pride et les shows dans les boîtes de nuit, gyrophares allumés. « On n'est pas des artistes. Les chorégraphies ne sont pas conçues pour amuser la galerie mais pour marquer les esprits : on se souvient de nous... » Mais attention, ils font les choses dans l'ordre. Pour utiliser les chemises réformées de la police floquées Flag !, une question a été posée à l'Assemblée nationale. « Nicolas Sarkozy lui-même a donné le feu vert. » « On n'est pas là pour emmerder le peuple ou notre hiérarchie, ni pour s'exhiber et faire les fanfarons. Derrière, il y a un vrai travail de fond au niveau du ministère », poursuivent-ils. « On est évidemment très vigilants : l'association garde un oeil sur les comportements des adhérents. Dans les festivals gays et lesbiens, vous ne verrez pas de policiers se trémousser à poil sur les chars. Flics avant tout, nous sommes respectueux de l'ordre républicain. À travers Flag !, nous représentons l'institution policière. »

Les yeux revolver

Jérôme, 35 ans, brigadier à Paris, se souvient encore de ses quatre premières années de silence. « À trois reprises, je suis allé à une réunion du Flag ! sans jamais oser entrer. J'avais tellement peur de tomber sur un collègue. » La quatrième fois, il ose. Et... « ce qui devait arriver arrive. La première personne que j'ai saluée : un confrère de ma brigade. »

Aujourd'hui, Jérôme, devenu président de Flag !, et Pascal, trésorier, ne se cachent plus.

Et s'ils craignent moins souvent une remarque indélicate de leurs collègues, en revanche, policiers et gendarmes gays ont un autre combat à mener. Plus inattendu. « On est parfois rejeté par la communauté homosexuelle elle-même, qui nous reproche d'être une force de police proche du pouvoir, à la solde d'un ministère de l'Intérieur qui peut faire usage de la répression. Ils ont du mal à imaginer qu'on puisse à la fois être policiers et gays... » Pas grave, les hommes du Flag ! n'ont pas l'habitude de se laisser abattre.

Contacts et renseignements : 06 64 76 65 42 ; flagasso@yahoo.fr
Photo David Le Déodic

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