Pour le plaisir de relire ce passage.
Pourquoi lui plus qu’un autre ? se dit-il …
Il quitte la vitrine des yeux, pour diriger son regard vers le Batéguier et la pointe du dragon. Vers ces îles qui conservent tout leur mystère.
Puis reprend son chemin en direction du Carlton.
A hauteur de la rue Commandant André il oblique à nouveau vers la gauche, ce sera son chemin de retour.
Dès les premiers pas effectués, une foule de souvenir lui revienne, c’était là qu’habitaient ses grands-parents, au-dessus du « Bon-lait » qui, fait extraordinaire de nos jours, est resté une épicerie artisanale presque semblable au « Bon-lait » d’en temps. Et les prostituées dans le quartier, qu’il prenait malice à regarder, il y en avait plein à l’époque, quatre par croisement de rue dans les bons jours, même plus des fois ! Il se rappelle… Pas très loin dans la rue Hoche, c’était pareil. Même que quelques années plus tard dans l’adolescence qui s’attardait il descendait en ville avec son meilleur pote de l’époque Régis, son aîné d’un an. Privilège en ce temps là Régis avait une 204 cabriolet, pour voir les filles c’était quand même mieux que sa petite 125 qui faisait un bruit d’enfer. Toujours fidèle au poste à l’angle de la rue Hoche et de la rue Hélène Vagliano elle était là leur préférée. Souvent habillée d’une robe orange moulant son buste, avec un volant dans le bas qu’elle prenait plaisir à faire voler en tournant sur elle-même. Un soir ils avaient osé l’aborder mais a part son prénom Caroline c’est tout ce qu’il avait pu récolter, le reste était trop cher pour leur bourse. Paul se demande s’il n’était pas un peu amoureux d’elle à l’époque…
Par contre les prostituées ce n’est pas comme le « Bon-lait » elles, elles ont disparues ! Sauf une, Viviane, on pourrait l’appeler l’indestructible, depuis toujours elle arpente la rue des Fréres Pradignac, enfin maintenant avec l’âge elle arpente moins, elle s’assoit, oui elle s’assoit. L’été elle descend son petit fauteuil pliant et s’installe à l’ombre de la toile de store du restaurant qui avoisine sa porte d’entrée. Mais elle est toujours là, elle fait partie du décor et honnêtement se dit Paul, elle est encore bien pour son âge, âge qu’il ignore d’ailleurs.
Le temps de replonger dans ses souvenirs d’enfance, l’enquête lui est sortie de l’esprit, il prend simplement la mesure du chemin parcouru depuis…
Extrait de "Prise en eaux troubles".
22/01/07 :: D/ Les extraits :: aucun commentaire


