Statues de bronze et de marbre du sire de Joinville - illustration représentant le château d'en-haut ainsi qu'un portrait imaginaire dessiné pour la sortie du timbre consacré à Jean de Joinville en (1957)

Dans son célèbre récit de la 7ième croisade, vers 1309, intitulé : "Livre des saintes paroles et des bons faits de notre roi Louis".

C’est lui qui révéla, entre autre, à l’occident moyenâgeux l’étymologie du mot biscuit  : "ces pains que l'on appelle besquis parce qu'ils sont cuits deux fois".

Fils de Simon de Joinville et de Béatrice d'Auxonne, il appartenait à une famille de la haute noblesse champenoise . Il reçut une éducation de jeune noble à la cour de Thibaut IV , comte de Champagne : lecture, écriture, rudiments de latin. À la mort de son père, il devint sénéchal de Champagne (et fut donc attaché à la personne de Thibaut IV).

Les foires de Champagne furent parmi les plus célèbres, situées à la croisée des chemins entre les Flandres et l'Italie, régions d'origine de nombreux marchands, elles se succédaient, sous la protection du comte de Champagne puis du roi de France, dans quatre villes (Bar-sur-Aube, Provins, Lagny, Troyes ) et duraient ainsi toute l'année. A l'époque Rutebeuf, Le grand poète champenois, se signale en composant « le Dit des Cordeliers», oeuvre de polémique locale, à Troyes. ( A lire aussi de Rutebeuf : Le miracle de Théophile).

En 1241, notre trés jeune, Jean de Joinville accompagne son seigneur, Thibaud IV de Champagne, à la cour du roi de France, Louis IX (futur saint Louis). En 1244, lorsque celui-ci organisa la septième croisade, Joinville décida de se joindre aux chevaliers chrétiens tout comme son père l’avait fait 35 ans plus tôt contre les Albigeois. Lors de la croisade, Joinville se mit au service du roi et devint son conseiller et son confident.

Statue du sire de Joinville par Bra (1836) -La prise de Damiette - Troisième sceau de Jean de Joinville (1258)

En 1250, quand le roi et ses troupes furent capturés par les mamelouks à Mansourah, Joinville, parmi les captifs, participa aux négociations et à la collecte de la rançon auprès des templiers. Joinville se rapprocha probablement encore du roi dans les moments difficiles qui suivirent l’échec de la croisade (mort de son frère Robert, mal entouré par les autres seigneurs...). C’est Joinville qui conseilla au roi de rester en Terre sainte au lieu de rentrer immédiatement en France comme l'y poussaient les autres seigneurs ; le roi suivit l’avis de Joinville.

Pendant les quatre années suivantes, passées en Terre sainte, Joinville fut le conseiller très écouté du roi. Celui-ci s’amusait des emportements, de la naïveté et des faiblesses de Joinville, et il le reprenait parfois, mais il savait qu’il pouvait compter sur son absolu dévouement et sur sa franchise.

En 1270, Louis IX, bien que physiquement très affaibli, se croisa de nouveau avec ses trois fils. Joinville refusa de le suivre, dans cette 8ième croisade, conscient de l’inefficacité de l’entreprise et convaincu que le devoir du roi était de ne pas quitter un royaume qui avait besoin de lui. De fait, l’expédition fut un désastre et le roi mourut devant Tunis le 25 août 1270. Joinville quant à lui, décéda le 24 décembre 1317, âgé de plus de 93 ans, près de 50 ans après le saint roi.

Le fameux écu d'or à fleurs de lys de Saint-Louis

À partir de 1271, la papauté mena une longue enquête au sujet de Louis IX, qui aboutit à sa canonisation, prononcée en 1297 par Boniface VIII. Comme Joinville avait été l’intime du roi, son conseiller et son confident, son témoignage fut très précieux pour les enquêteurs ecclésiastiques.

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La vie de saint Louis

Commanditaire

Jeanne de Navarre, petite-fille de saint Louis et épouse de Philippe IV le Bel, demanda à Joinville d’écrire la vie du saint roi. Il se mit alors à rédiger le livre des saintes paroles et des bons faiz de nostre saint roy Looÿs (ainsi qu’il le nomme lui-même), aujourd'hui désigné comme la Vie de saint Louis. Mais Jeanne de Navarre mourut le 2 avril 1305, alors que l’ouvrage n’était pas encore terminé. Joinville le dédia donc en 1309 au fils de celle-ci, Louis le Hutin, roi de Navarre et comte de Champagne, futur Louis X.

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Composition et date

le livre n'était pas achevé à la mort de Jeanne de Navarre, en 1305. Par ailleurs, le plus ancien manuscrit conservé (non autographe) s’achève en ces termes : « Ce fu escript en l’an de grace mil .CCC. et .IX. 1309, ou moys d’octovre ». Il ne peut s’agir de la date de rédaction de ce manuscrit précisément, car il est visiblement postérieur. C’est donc soit la date de l’achèvement de l’œuvre par Joinville, soit la date de rédaction d’un manuscrit ayant servi de modèle à celui dont nous disposons. L’œuvre a donc été écrite entre 1305 et 1309. Par divers recoupements, on peut également affirmer qu’un passage situé à l’extrême fin du livre, relatant un songe de Joinville, n’a pu être écrit avant 1308.

Joinville a donc terminé son œuvre peu de temps avant de la remettre à Louis le Hutin.

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Tradition du texte

L’éditeur moderne dispose essentiellement d’une seule copie ancienne du texte et de deux états tardifs du texte. On n’a pas conservé le manuscrit qui fut offert à Louis le Hutin.

Le manuscrit conservé est manifestement très proche de l’original. Il est repris dans l’inventaire de 1373 de la bibliothèque de Charles V. En outre, d’après les peintures, on peut estimer sa réalisation aux années 1330-1340, soit une vingtaine d’année après le manuscrit original. Cette copie resta dans la bibliothèque royale puis passa entre les mains de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, avant d’atterrir à Bruxelles, où on l’oublia. Il ne fut redécouvert qu’en 1746, à la prise de Bruxelles par les troupes françaises. Ce manuscrit, dit « de Bruxelles », est conservé à la Bibliothèque nationale de France. C’est un volume de 391 pages de 2 colonnes. La première page est décorée d’or et d'enluminures, et d’une peinture représentant l’écrivain présentant son livre à Louis le Hutin. Le texte est découpé en paragraphes commençant chacun par une initiale dorée.

On dispose en outre de deux éditions d’une traduction (elle-même non conservée) du texte de Joinville, réalisées respectivement par Antoine Pierre en 1547 et par Claude Ménard en 1617. Si la première édition est entachée par des modifications du texte original et des ajouts fantaisistes, la seconde est un excellent travail d’érudit.

Enfin, un troisième état du texte est constitué par deux manuscrits qui paraissent remonter au deuxième quart du XVIe siècle. Ce sont des transcriptions modernisées (rajeunissement systématique de la langue) d’un manuscrit antérieur au manuscrit de Bruxelles.

Joinville est un chevalier. Ce n’est ni un clerc habile à composer des livres, ni un chroniqueur formé à la recherche d’informations écrites ou orales. Néanmoins, sa démarche est sincère et désintéressée. Il raconte surtout ce qu’il a personnellement connu du règne de saint Louis, essentiellement la croisade en Égypte et le séjour en Terre sainte. Son récit est plein de vie, d’anecdotes et même de traits d’humour. C’est plus un témoignage personnel sur le roi qu’une histoire du règne.

La fraîcheur et la précision de ses souvenirs impressionne, surtout quand on sait qu’il a écrit son récit plusieurs décennies après les faits. Certains médiévistes ont expliqué cela en supposant que Joinville avait souvent raconté oralement son passé aux côtés de saint Louis ou qu’il l’avait consigné par écrit.

A l'école vers 1850, aprés 10 bons points on recevait une image, une chromolithographie...de Jean sire de Joinville par exemple, que l'on collait dans des albums, ou bien troquait à la récré.

Mais Joinville parle presque autant de lui-même que du roi, le sujet de son livre, mais il le fait d’une manière si naturelle qu’il ne donne jamais l’impression de vouloir se mettre en avant. Nous avons ainsi un éclairage incomparable sur les façons de penser d’un homme du XIIIe siècle. Pour cette raison, les éditeurs modernes ont parfois hésité à désigner son œuvre comme ses Mémoires ou plutôt comme l’Histoire ou la Vie de saint Louis.

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Les saintes paroles

(Version originale du livre des saintes paroles et des bons faiz de nostre saint roy Looÿs rédigée dans une langue intermédiaire entre le français de l'Île-de-France et le lorrain)

Merci à l'érudie Antoine Mechelynck pour ses travaux sur Jehans de Joinville

La première partie de l’ouvrage de Joinville est consacrée aux saintes paroles du roi. Joinville rapporte les propos édifiants du roi et ses vertus chrétiennes. La parole est très importante chez saint Louis. Sa parole est morale et didactique, à l’image des prédicateurs (dominicains et franciscains) dont il s’entoure. Elle transmet un enseignement moral et religieux et vise souvent à fortifier la foi de l’interlocuteur. Il existait une intimité entre le roi et ses proches (familiers, confidents, conseillers, parmi lesquels figurent Joinville et Robert de Sorbon) qui s’exprimait particulièrement dans la conversation : le roi invite ses interlocuteurs à répondre à ses questions, souvent en vue de les instruire sur les plans moral et religieux. Cette importance de la parole royale est particulièrement bien rendue par Joinville, qui fait très souvent parler ses personnages. C’est un des premiers mémorialistes à intégrer le dialogue reconstitué dans un récit. Il utilise le plus souvent le style direct et marque les interventions des personnages par des annonces comme « dit-il » ou « fit-il ». Et Joinville ne fait jamais tenir de longs discours monologués à ses personnages : les enseignements découlent toujours du dialogue.

D’autre part, c’est à travers les paroles du roi que ressort sa foi profonde et sa sainteté. Pour Joinville, Louis IX incarnait l’idéal du prud’homme, à la fois pieux, courageux, bon, intelligent et sage, un homme qui défend la foi chrétienne par son courage. Et de fait, dans l’œuvre de Joinville se dessine l’image d’un roi aimant ardemment son Dieu, bienveillant pour son peuple, humble, modéré et courtois, sage et juste, pacifique, loyal et généreux. Sous certains aspects, Joinville n’est parfois pas très loin de l’hagiographie.

Sur un fond de musique médiévale

"Je me partis et je ne voz onques retourner mes yeus vers Joinville, pour ce que li cuers ne me attendrisist du biau chastel que je lessoie et de mes deus enfans."

traduction

"En partant, je ne voulus jamais retourner mes yeux vers Joinville, de peur que mon cœur ne s’attendrisse du beau château et de mes deux enfants que je laissais".

Joinville, comme son roi, était manifestement très attaché à la religion chrétienne, à ses doctrines, à sa morale et à ses pratiques. On en a pour preuve un petit ouvrage d’édification qu’il composa en 1250, intitulé li romans as ymages des poinz de nostre foi, où Joinville fait un bref commentaire du Credo. Mais sa foi profonde et sincère contraste avec l’héroïsme chrétien presque exalté du roi. Le christianisme de Joinville est plus terre à terre, plus proche de celui du commun des mortels.

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Les croisades : 1304-1309 Joinville.

Joinville raconte également les hauts faits de saint Louis, en particulier le déroulement de la septième croisade et le séjour en Terre sainte qui suivit, qui occupe la plus grande partie de son livre.

Les armoiries de Joinville, qui remontent à la première famille régnante, ont une histoire glorieuse. D’azur à trois morailles alias (broyes) d'or, au chef d’argent, chargé d’un lion issant de gueules, c’est le roi d'Angleterre, Richard Coeur de Lion, qui fit, à Geoffroy V, l'honneur de partager avec lui le lion figurant dans les armes d'Angleterre en témoignage de reconnaissance pour lui avoir sauvé la vie lors de leur Croisade.

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Valeur du témoignage du sire de Joinville

Si Joinville ne fait pas œuvre d’historien, il est cependant tout à fait sincère. Quand il doit mentionner des faits dont il n’a pas été témoin, il exprime des réserves au sujet de ce qu’il rapporte par ouï-dire et il reconnaît les emprunts qu’il fait à d’autres chroniqueurs. Certes, lorsqu’il parle du début du règne de saint Louis, ne pouvant avoir de cette période des souvenirs personnels, il fait certaines confusions mais, à partir de la croisade de 1248, on ne le prend en défaut, sauf erreurs de détails, sur aucun des faits pour lesquels un recoupement est possible.

Cela posé, on peut se demander si la présentation générale des faits n’est pas conditionnée par sa propre personnalité, par ses conceptions et par son admiration pour le roi. Peut-être sa position de noble et sa méfiance pour le gouvernement de Philippe le Bel ont pu l’amener à donner de la manière de gouverner de saint Louis une image proche de celle qu’on se faisait du souverain idéal. Mais il ne s’agit pas d’un enseignement organisé, qui envisage les diverses qualités et les divers devoirs du souverain. Il part de la personne du roi, l’objet de son livre, et il exprime clairement que les successeurs de celui-ci feraient bien d’en suivre l’exemple, mais il ne va pas plus loin ; il n’écrit pas un ouvrage de morale.

L’œuvre entrait dans les vues d’une politique capétienne soucieuse d’exploiter au mieux le prestige du roi mort à la croisade. Mais le recul du temps et, surtout, le désintéressement de Joinville et sa naïve rudesse donnent à ses souvenirs une exceptionnelle valeur.

La transmission de la Maison de Joinville vers la Maison de Loraine.

Jean Sire de Joinville épouse à l'âge de 77ans, en 3ième noce, Marguerite, la fille d'Henri II, comte de Vaudémont. Un de ses fils, d'un autre lit, Ansel ou Anceau selon les prononciations se marie, lui, à Marguerite la fille d'Henri III, comte de Vaudémont, frère de la femme de Jean de Joinville et époux d'Isabelle (fille de Ferry III duc de Lorraine). Marguerite hérite de son frère Henri IV tué en 1346. Ansel et Marguerite ont un fils qui prend le nom d'Henri V. Ce fils aura une fille, du doux prénom de Marguerite, qui épousera Ferry de Lorraine avec qui elle aura un fils Antoine 1er, qui aura lui même un fils Ferry II, qui aura un fils René II, qui aura un fils ...Claude dénommé Claude de Lorraine...voilà !

Recherches et compilations historiques Yves RENAUD

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