Il n'y a pas eu école ce matin
Il n'y aura plus d'enfance au jardin
Un oiseau de plus
Un oiseau de moins
Tu sais, la différence c'est le chagrin
(Michel Polnaref)

Ca n’arrive qu’aux autres…
Mais c’était la nôtre,
C’est vrai la différence c’est le chagrin.

Pour Ewa, de la part de sa mam’ange (Céline), voici ton histoire qui fera toujours partie de la nôtre.

Cela m'a fait énormément de bien de pouvoir écrire tout ce que je ressens à ma fille, Ewa, et de savoir que son histoire est à jamais écrite...

Début de semaine très angoissant car nous savons que les résultats vont arriver... Mercredi 30 mai 2007, le téléphone sonne, je réponds, je ne comprends pas bien sauf une chose "vôtre enfant est malade de la mucoviscidose". Je m'effondre, je ne veux pas y croire, je pleure. Papa est là, impuissant et malheureux de cette nouvelle. Nous nous serrons fort, je pleure à sanglots, je touche mon ventre pour te rassurer. Le ciel nous est vraiment tombé sur la tête et nous devons maintenant réfléchir à ton avenir, à ce qu'il y a de mieux pour toi, c'est très dur...

Nous parlons beaucoup avec Papa et nous avons fait notre choix, ce qui n'est pas un réel choix. Nous avons décidé de te laisser t'envoler au ciel rejoindre les anges, car nous ne voulons pas que tu souffres. C'est terrible, je n'arrête pas de pleurer, je t'aime tellement, tu fais partie de moi. Vendredi après midi tatie Wiola m'appelle pour me demander que j'aille la voir à l'hôpital. Elle est au courant de notre histoire.Je passe donc un moment avec elle. Au moment de partir, elle me parle de toi, je lui explique puis elle me fixe droit dans les yeux, son regard veut tout dire, je sais que c'est la dernière fois que je la vois ; je sais qu'elle s'occupera de toi là-haut, c'est dur, je l'embrasse, la serre fort, puis je sors bouleversée.

Le week-end se passe. Lundi rendez-vous avec le Dr C., qui nous explique. Nous allons donc revenir demain pour une piqûre qui arrêtera ton coeur puis je retournerai à Pertuis, là ou je veux que tu naisses. De retour, nous allons au magasin avec Papa pour te choisir un petit pyjama et un doudou, moment très douloureux.

Le soir, je ressors un petit lapin doudou que je t'avais acheté et que je devais broder à ton nom. Je le brode donc à ton nom "EWA", pour qu'il puisse toujours être près de moi. Ton prénom m'est venu naturellement et il a plu à Papa ; nous l'écrivons avec un W pour Wioletta. Je ne dors pas beaucoup cette nuit, je ne pense qu'à toi, qui es là dans mon ventre, innocente, qui bouge, qui vit...

Dur réveil, Marraine et Mamie Marion nous accompagnent. Nous arrivons à l'hôpital pour 9h, mais nous attendons longtemps, c'est dur, stressant ; je sais que ces moments sont les derniers que nous allons partager. Puis vers 11h45 on vient me chercher, je descends au bloc, je suis en larmes, je ne veux pas que tu partes, c'est si injuste. Papa n'a pas pu m'accompagner ; c'est difficile ce moment, si dur, je suis seule avec toi, il me manque...

Juste avant l'anesthésie locale tu n'arrêtes pas de gigoter, c'est affreux, j'ai envie de partir en courant, de dire "Non je la garde!!!"; mais je sais que c'est mieux ainsi.

Puis le Dr C. arrive, anesthésie locale effectuée, je ne sens plus rien. 12h30, elle me dit "Ca y est, son petit coeur ne bat plus"... On me remonte rejoindre Papa, nous pleurons. Vers 14h le portable sonne, c'est Tonton Joseph ; Tatie Wioletta est décédée à 13h30. Le 5 juin 2007, je m'en souviendrai toute ma vie de cette date !! La vie est étrange quand même, je ne saurai jamais si c'est toi mon ange qui est allée la chercher ou si c'est toi ma soeur de coeur qui est allée rejoindre ma fille pour la protéger. Mais dans tous les cas, je sais Wiola que tu prendras soin d'Ewa comme une maman et je te promets de veiller sur Olivia, ta fille...

L'ambulance me ramène ensuite à Pertuis. Papa dort avec moi à l'hôpital, ça me fait du bien et me rassure.

Mercredi il ne se passe rien, la famille et les amis nous rendent visite.

Jeudi 7 juin 2007, on nous réveille à 6h pour commencer le protocole du déclenchement. C'est aussi aujourd'hui que nous enterrons Tatie Wiola, nous y serons malheureusement que par la pensée, la vie en a décidé ainsi... C'est Valérie qui s'occupe de nous, je l'aime beaucoup, c'est elle qui devait te mettre au monde donc elle est là. Vers 12h les contractions commencent à me faire mal, donc direction la salle d'accouchement où on me pose la péridurale. Le travail se fait très lentement. La journée passe ainsi, 22h toujours rien, on décide donc de me remettre en chambre et de reprendre demain. Je ne dors pas beaucoup les contractions continuent et me font mal.

7h, le 8 juin 2007, retour à la salle d'accouchement. Le travail reprend. Je crois qu'inconsciemment je ne veux pas la laisser partir, je veux la garder, la protéger... Vers 11h, le Dr G. vient voir ta position; tu as la tête en bas, il décide donc de percer la poche des eaux. C'est Mireille qui s'en occupe, elle a pris le relais de Valérie qui a travaillé 24h pour nous ! 11h15, la poche des eaux est rompue. Ton papa ne me quitte pas, il est merveilleux, rassurant, je crois qu'on ne peut pas trouver meilleur mari et papa, on s'aime tant, et nous t'aimons encore plus. Vers 12h il va quand même manger un bout, c'est tatie Leyla qui vient près de moi. Cela ne fait même pas 10 minutes que je sens que ça pousse, je lui dis "je crois qu'elle est là, que je vais accoucher".

Elle sonne, tout le monde arrive, on m'examine, effectivement tu es là, tu vas naître.

Papa et Mamie Marion sont là, j'ai peur, je ne sais pas ce qu'il faut faire. Mireille me guide et m'aide, puis je te sens passer, sortir de mon ventre, tu es née, à 12h37. Evelyne t'emmène pour te préparer ; je ne t'ai pas encore vue.

Je pleure, je t'ai laissé sortir de moi et c'est un moment très difficile. Une heure après, je vois Tonton Joseph et Renata venir me voir. Ils m'embrassent. Je sais qu'ils veulent te voir, donc je leur propose. Ils y vont avec Mamie Marion. Ils reviennent heureux, me disent que tu es magnifique, mon ange, ça me fait du bien...

Nous retournons à la chambre, nous mangeons un peu. Puis je dis à Papa que je veux te voir, nous allons donc à ta rencontre. Moment plein d'émotions, je te vois si petite, si belle. Tu mesures 37 cm et pèses 1,110 kg. Je t'embrasse. Tu as le nez de Papa, ma bouche, la fossette de Mamie Marion au menton. Tu as plein de cheveux, bruns comme Papa et moi. C'est dur, je pleure, c'est injuste, tu es si belle, si innocente, si pure...

Nous te laissons, nous reviendrons plus tard. La famille et les amis qui le désirent peuvent aller te voir, te dire Adieu. Tu es bénie par Mireille et Tonton Joseph.

Le soir nous retournons te voir, pour te dire Adieu. Je te prends dans mes bras, moment très fort, je te berce, t'embrasse, te sens. J'ai envie de te garder... Je te donne ensuite à Papa. Que ça lui va bien, il t'embrasse à son tour. Nous regardons tes petites mains qui sont les mêmes que celles de Papa ; tes petits pieds, tu as les mêmes orteils que Maman. Tu es vraiment à nous, de nous, issue de notre amour.

Tu seras à jamais notre enfant, notre fille chérie, notre Ewa, notre ange que l'on n’oubliera jamais... Nous te disons Adieu, c'est dur de te laisser là, toute seule; j'aurai tant aimé pouvoir te garder, te serrer contre moi, te rassurer, te dire à quel point je t'aime...

Le lendemain nous rentrons à la maison, je me sens vide, perdue, il me manque quelque chose, c’est toi bien sûr, tu me manques c'est horrible ! Ma fille, mon ange, nous serons à jamais tes parents, même si personne ne le voit, nous resterons à jamais ton Papa et ta Maman. Je te promets que nous allons nous battre pour te donner un petit frère ou une petite soeur. Cet enfant à venir ne te remplacera jamais, il sera notre deuxième enfant et toi tu seras toujours notre premier bébé.

Nous lui parlerons de toi, il saura ton existence et à quel point nous t'aimons et il t'aimera. Il pourra par la suite lire ce journal et te découvrir.

Je t'aime tant mon Ewa, tu me manques chaque jour d'avantage. Tu seras à jamais gravée dans mon coeur. Quand tu es partie, un bout de moi s'est envolée avec toi. Sois heureuse parmi les anges, je sais que là-bas tu ne souffriras pas et cela me réconforte. Je ne t'oublierai jamais, je t'aime pour l'éternité...

Adieu... _ _ A mon petit ange, Ewa, née le 8 juin 2007, à 28 SA, tu me manques terriblement, je t'aime...