''Tous eussent voulu avoir Marie pour compagne de promenade, mais Marie n’avait point d’yeux pour eux, elle n’avait d’yeux que pour moi.
Je ne me le rappelle pas par vantardise, encore qu’à l’époque je fusse assez fiérot de ma chance; non, je m’en souviens avec une poignante douceur, je m’en souviens et j’y rêve, j’y rêve avec une mélancolie inexprimable, parce qu’il y eut là un moment de ma jeunesse, un dernier et fragile moment où ma jeunesse s’embrasait d’un feu que je ne devais plus retrouver et qui, maintenant, a le charme doux-amer des choses à jamais enfuies.''

Plusieurs auteurs africains, et pas des moindres, ont intenté un procès kabbalistique à Camara Laye pour avoir écrit ce livre: “Too sweet”, dira Chinua Achebe; “Oeuvre non-engagée” lui reprochera Mongo Beti; certains occidentaux, incrédules, parleront même de “fresque idyllique”.
Faudrait-il que tous les livres africains parlent toujours de la (néo-)colonisation, du racisme, des dictatures, et du choc des cultures, que tous les livres africains soient forcément le reflet d’un combat, d’une dénonciation? N’y a-t-il pas de place pour d’autres messages, pour d’autres approches, pour une autre Afrique qui elle aussi existe même si personne ne sait la voir?
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